‹ Les apotres: Essai d'histoire religieuse d'après la méthode des sciencesChapitre 35 sur 113 · G. BoissiER, Religion romaine^ t. II, p · texte numérisé non relu

G. BoissiER, Religion romaine^ t. II, p

passer, sans dislocation, la plus difficile des périodes, celle du premier établissement; d'où est né le catholicisme et qui a ainsi changé la face du monde ; ce fait est une superstition grossière : c'est la croyance à la fin prochaine du monde.

Matthieu, XVI, 28 ; XXIV, 33-34 ; XXIII, 36 f Marc, XIII, 29.-30 I Luc, IX, 27; XXI, 31-32 | Paul, I Corinth,, X, 11 ; I Thessalon.y IV, 17; V, 2; Romains, XIII, 11-12, etc.; | Apocalypse, partout.

Cette croyance était si bien le fait dominant que la préoccupation de tous les convertis était de chercher à calculer quel jour aurait lieu la catastrophe, I Thessalon., V, 1-7. Gomme il arrive dans les époques terribles où les imaginations populaires s'exaltent jusqu'à l'hallucination, certains illuminés prétendaient avoir reçu divinement communication du jour de l'échéance fatale : il y avait des Apocalypses, mot grec qui signifie révélations (II Thessalon,, 11,1-3)*.

Aussi, quelques décès qui eurent lieu dans l'Église de ïhessalonique firent-ils sur l'esprit des Fidèles une étrange impression. Quoil c'est du vivant de leur génération que doit apparaître le Christ; et voilà que plusieurs d'entre eux meurent avant l'heure solennelle? Quel sort leur est donc réservé? Seraientils exclus du royaume de Dieu? On comprend quels doutes effrayants devaient agiter ces pauvres gens. Pour les rassurer, Paul leur écrit comment les choses se passeront au jour suprême : ceux qui sont morts avec la foi en Jésus ressusciteront d'abord;

1. Renan, Scmit Paul, p. 249 et suivantes; les Apôtres, p. 97 et suivantes.

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puis, de concert avec ceux qui sont vivants, ils prendront leu7* essor dans les airs, et par ce chemin rejoindront le Seigneur. C'est Jésus lui-môme qui a fait à Paul cette révélation!!

« I Tàessaloniciens, IV, 15.-- Nous vous déclarons, comme l'ayant appris du Seigneur, que nous qui serons vivants et serons restés jusqu'à son avènement, nous ne devancerons point ceux qui sont endormis dans le sommeil de la mort. — 16. Car, aussitôt que le signal aura été donné par la voix de l'archange et par la trompette de Dieu, le Seigneur lui-même descendra du ciel ; et ceux qui sont morts ayant la foi en Jésus-Christ ressusciteront tout d'abord. — 17. Puis, nous autres, les vivants, les réservés, nous serons emportés avec eux dans les nuées pour aller audevant du Seigneur au milieu de l'air!! » Paul clôt son apocalypse parce trait, digne de la haute comédie : — « 18. Consolez-vous les uns les autres par ces pensées-là!! »

Conséquences. — A. Puisque la fin du monde est proche et que le jour du jugement est imminent, il est clair que tout croyant sensé ne peut plus avoir qu'une pensée, c'est d'être prêt, à l'avènement du Christ. Le salut! tel doit être l'unique mobile des actions.

Jésus l'avait enseigné, et les Apôtres l'enseignaient d'après lui : rien n'est aussi pernicieux que la richesse, rien n'est aussi utile que la pauvreté, pour entrer au royaume de Dieu. En tous les cas, les biens deviennent inutiles, puisqu'on est à la fin des temps (I Connth., X, 11, etc.). Par conséquent, le premier soin du croyant doit être de vendre ses biens et d'en remettre le prix à la Communauté.

L'avantage sera double : on se débarrasse du plus grand obstacle au salut; puis, la répartition journalière en proportion des besoins permettra à chacun d'accomplir les cérémonies religieuses et de se maintenir en état de pureté. Le communisme, comme principe de l'Église des Apôtres, recevait donc une grande force de la croyance à la fin du monde.

B. La croyance à la fin prochaine du monde produisit un second effet : la fainéantise et le désordre. A quoi bon travailler, puisque la catastrophe est proche? La paresse entendre fatalement le désordre; le désordre est loin d'être une déchéance irrémédiable pour le salut. Gomme des signes terribles annoncent le' jour fataP, l'homme déréglé espère toujours avoir le temps d'accomplir les purifications expiatoires. Et puis, n'ont-ils pas la foi au Christ? Or, « Titey I, 15. Tout est pur pour ceux qui sont purs (c'est-à-dire pour ceux qui ont la foi), tandis que rien n'est pur pour les infidèles. » Cette fainéantise et ce désordre se sont produits dans l'Église de Thessalonique. Il Thessalomciens, III, 6-12*.

C. Puisque la fin du monde est proche, il est bon de rester dans l'état où l'on est; car tout changement d'état, amenant un changepaent dans les mœurs, pourrait exercer une influence dangereuseau point de vue du salut, I CorintL, VII, 20-24. Par conséquent, l'esclave, même s'il peut devenir libre, fera bien de rester esclave, I Corinih., VII, 21; la

1. Matthieu, XXIV, 29-33 | Marc, XIII, 24-30 î Luc, XXI, 25-32.

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