IV. Concordance de l'assassinat avec les moeurs
POPULAIRES DU TEMPS ET AVEC LE CARACTÈRE DES APO- TRES. — Un assassinat perpétré si audacieusement au sein d'une Confrérie excite en nous un étonne-
i. Voir aussi Jules Simon, Hist de l'École d'Alexandrie, t. II, p. 82.
ment qui va jusqu^à rihcrédulité. Habitués comme nous le sommes dans les grandes villes à la douceur générale des mœurs, nous ne pouvons comprendre cette facilité à verser le sang. Nous ne réfléchissons pas que cette horreur du sang est le fruit de plusieurs siècles d'éducation et d'hérédité. Et puis, nous qui lisons et qui par conséquent vivons dans le milieu le plus civilisé, nous avons peine à penser que dans les couches infimes, là où l'instruction n'a jamais porté ses bienfaits, fermentent les instincts sauvages ; et parce que nous les ignorons, nous nous laissons aller à croire que la barbarie est éteinte. Mais si la civilisation des villes dérobe à nos yeux ce triste spectacle, il n'en est plus de même lorsqu'on s'écarte des grandes cités du Continent. La Corse, par exemple, suffit à nous donner une idée assez fidèle, quoique très-afi'aiblie, de cette promptitude à tuer son semblable. « En Corse, ce qui frappe le plus, c'est la multiplicité des meurtres et le peu d'indignation ou même de surprise qu'ils excitent dans l'opinion publique. L'habitude de verser le sang et de se faire justice soi-même y est profondément enracinée. Il est évident qu'ici la vie humaine n'a pas autant de prix que sur le Continent*. » Il en était de même et pis encore en Judée, alors que depuis un demi-siècle le délire mental de la classe populaire allait croissant, et que le sang coulait tous les jours sous le poignard des fanatiques ou sous le sabre des Romains.
A cette raison tirée de l'état des mœurs populaires en ces temps malheureux se joint une raison