Hist, du Concile de Trente, t. II, p
les instructions données aux jeunes clercs, tant sur la doctrine que sur les mœurs, les examens et le choix pour les ordinations et la collation des bénéfices. Enfin, on ne voit plus ce scandale public du XV* siècle, et si quelques ecclésiastiques ne sont pas fidèles à leurs vœux, ils s*en cachent tant qu'ils peuvent, n
Concile de Freysingen, en U40. — Canon 5*. Contre les clercs concubinaires.
Concile de Sens, en 1460. — Article II, Canon 3'. Contre les clercs concubinaires.
Addition au sujet des prôtres qui se mariaient en plein XVI* siècle :
•1* Histoire du Concile de Trente, t. II, p. 712. En Allemagne : « Le Nonce se plaignit auprès de la Diète que beaucoup de prêtres osaient se marier. »
2® Histoire du Concile de Trente, t. Il, page 752. « En Angleterre, les prêtres se mariaient, avec la condition qu'ils ne diraient plus de messes. »
Siècle. — • Le xvi* siècle est Tun des plus extraordinaires de l'histoire. Il a vu quatre faits d'importance inégale, sans doute, mais qui ont puissamment influé sur l'évolution de l'humanité. Ces quatre faits sont :
1** La Réforme de Luther en 1517 ;
2^ La Renaissance des lettres;
3* Le Concile de Trente (1545-1563) qui, en fixant la doctrine d'une manière immuable, enleva pour jamais à l'Église romaine toute chance d'entrer dans le concert humain ;
4" La fondation de l'Ordre des Jésuites en 1537 par Ignace de Loyola, Ordre destiné à devenir, au
XIX* siècle, le plus redoutable ennemi de la morate et de la civilisation.
Par une rencontre singulière, lorsque commença le XVI® siècle, sur le Saint-Siège était assis un Pontife, personnification complète de la papauté, l'Espagnol Alexandre VI Borgia, mort en 1503. L'histoire, en effet, nous montre la papauté travaillant, avec une infatigable persévérance, à imposer sa suprématie aux évoques et aux princes, ainsi qu'à se créer un puissant royaume temporel. Le mobile était l'assouvissement des trois passions les plus violentes, la soif de la domination, la soif de l'or, Ja soif de la luxure. La tâche entreprise exigeait intelligence, habileté, énergie. Or, chez nul autre pape, autant que chez Alexandre VI, ces qualités et ces vices ne se trouvèrent réunis à un degré aussi haut et ne formèrent un système aussi solidement équilibré. Il y joignit dans toute son étendue ce qui est le trait caractéristique du catholicisme romain, l'hypocrisie.
Quand Alexandre Borgia monta sur le trône, les États de l'Église étaient livrés à l'oppression des grandes familles italiennes qui les avaient usurpés. Alexandre VI reprit tous les États et toutes les villes, soit par la ruse, par la force ou par l'assassinat; soit seul ou avec le concours de l'étranger. Ce que par ses rapines et par ses forfaits il avait acquis de richesses est inouï; mais ces trésors, criminellement amassés, suffisaient à peine à ses débauches.
D'une prostituée nommée Vanozza, il avait eu quatre fils et une fille, la célèbre Lucrèce Borgia. Son second fils. César, fut créé par lui archevêque, puis cardinal, avec le titre de duc de Valentinois. On pourrait regarder César Borgia comme le plus
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grand scélérat qui ait existé, si son père Alexandre VI, vicaire du Christ et « Dieu terrestre », ne lui disputait cette primauté. Tous les deux firent servir à leur lubricité Lucrèce Borgia, fille de Tun et sœur de Tautre. Un troisième amant devint leur rival, c'était Jean Borgia, duc de Gandie, iils aîné de Tun et frère de l'autre. C'en était trop! César, archevêque et cardinal de la Sainte Eglise apostolique et romaine, assassina son frère.
Alexandre VI, pour assurer l'orthodoxie, déploya un zèle qui ne se lassa jamais ; les hérésies furent pourchassées; les livres entachés d'erreurs furent saisis et brûlés, aucun ne put désormais être imprimé sans la permission des évoques. Savonarole, excommunié, périt sur un bûcher. « C'est le Pape Alexandre VI qui rétablit la pieuse coutume, instituée par Calixte III, de faire sonner les cloches à midi pour appeler les fidèles à redire la prière dominicale et la salutation angélique^ » Mais le trait le plus original peut-être de ce Pape sodomite, incestueux, exécrable amant de sa fille, fut l'ardente vénération qu'il eut pour la Très-Sainte Vierge. Avec la perspicacité du génie, il avait compris quelle force immense la Papauté puiserait dans cette restauration, sous un nom nouveau, du culte de Vénus. Aussi, quand il échappe aux suites d'un accident, c'est à la sainte Vierge qu'il élève un autel enrichi de dons précieux; quand il parle d'elle, c'est avec un lyrisme attendri; quand il écrit sur elle, « ses lettres exhalent le plus suave parfum de piété » . Une reine veut-elle fonder un Ordre de saintes Filles,
1. Voir à, r Appendice, n» 18, la petite notice sur V Angélus. •
c'est au Pape Alexandre qu'elle s'adresse. Peut-être est-ce en sortant de l'épouvantable orgie des cinquante courtisanes nues * qu'il écrivit à la reine de France cette lettre parfumée de piété : « Nous désirons de tout notre cœur la propagation de la religion, l'accroissement du culte divin, le salut des âmes, surtout aux temps où nous vivons; mais c'est à la très sainte Vierge que nous avons toujours porté et que nous portons tout particulièrement notre ardente dévotion. » Et de la main qui venait de distribuer le prix aux vainqueurs du tournoi le plus infâme, il composait pour l'Ordre des religieusesqu'instituaitJeanne de Valois, femme de Louis XII, ce Capitulaire, prescrivant la chasteté, où il faisait de cette veii-u le plus magnifique éloge.
Un Pontife si jaloux de maintenir la pureté de l'orthodoxie, zélateur si fervent du culte de la Sainte Vierge ; un Pontife dont la constante pensée fut d'agrandir le pouvoir temporel, et qui, continuateur de Grégoire VII, s'efforça d'acquérir à la Papauté l'hégémonie universelle; un tel homme a dû et doit occuper un rang élevé dans l'estime des catholiques ultramontains. C'est précisément un fait accompli. L'éclat des scandales de sa vie est sans doute gênant; il n'est guère possible de les nier, quoiqu'on l'ait hardiment tenté. Mais quelles atténuations! Le soleil a des taches; en est-il moins le soleil?... « Bien que Burchard et d'autres accusent Alexandre d'avoir assisté à des spectacles obscènes, dit le continuateur de Baronius, cependant la Divine
1. Voir à r Appendice, n» 19^ le Banquet des cinquante courtisanes.
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Providence n'a pas permis que, tout corrompu qu'il était, il corrompît les bonnes mœurs par une doctrine erronée. Car c'est un fait avéré qu'il donna tous ses soins à faire régner la chasteté dans le clergé et à réformer le dérèglement des moines. » « Il est manifeste que^ dans la solution des questions de foi, Dieu a prêté son secours à Alexandre ; car, dans son zèle à maintenir Torthodoxie, Alexan* dre s'est maintenu à la hauteur de ses prédécesseurs les plus saints : c'est ce que prouvent plusieurs actes, véritables monuments, dont l'un des plus illustres est le suivant : il valida le baptême des Ruthènes et déclara qu'aucune objection ne pourrait être élevée contre un peuple qui du schisme rentrait au giron de l'Eglise romaine. » Tant il est vrai que l'orthodoxie est tout, et les vertus humaines à peu près rien * !
Alexandre YI eut une mort digne de sa vie ; voulant un jour empoisonner un cardinal, son intime ami, il se trompa et but le poison. Ainsi périt Alexandre Borgia qui, par sa rare intelligence, son habileté et son énergie, par sa rapacité, son hypocrisie et sa monstrueuse luxure, ne fut pas simplement un Pape, mais la Papauté elle-même, « Je suis homme, disait Ghrémès , rien de ce qui est humain ne m'est étranger. » A rencontre du personnage de Térence, Alexandre Borgia eut le droit de s'écrier : « Je suis Pape; tout ce qui est humain m'est étranger! » Rome a vu sur la chaire de saint Pierre,
1. Tous les faits cités dans ce paragraphe et le précédent sont empruntés aux Annales ecclésiastiques, t. XXX, p. 326, 366, 369, 373.
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après Alexandre VI, plus d'un Pontife charnel et scandaleux, entre autres ce vieil Innocent X (1644- 1655), qui passa les onze années de sa Vice-Divinité terrestre dans les bras de deux Olympia, Tune princesse Maidalchini, épouse du frère môme dlnnocent X, Tautre princesse de Rossano, de la noble niaison des Aldobrandini. Mais pas un n'égala l'Espagnol Alexandre Borgia; c'est en lui que l'Église romaine a trouvé son expression adéquate , son idéale incarnation. Quel admirable spectacle et quel précieux sujet d'étude pour le philosophe! Il a fallu douze siècles pour que le catholicisme, implanté par le Concile de Nicée, produisît ce fruit achevé de sa politique, de son génie et de sa morale. Une chose peut-être a manqué à ce type de l'ultramontanisme : c'est la gloire d'avoir fondé l'Ordre célèbre, héritier de son âme et de ses desseins, l'Ordre des Jésuites. Il est aisé de comprendre quelle influence sur les mœurs publiques exerçait le spectacle de la conduite des chefs de l'Église. En vain, dans les Conciles, on décrétera que les clercs vivront dans la continence ; en vain inscrira-t-on en lettres d'or que la « chasteté doit faire le plus bel ornement des prêtres * » ; comment les mœurs résisteraient-elles à la décomposition putride lorsque la prostitution, l'inceste, la sodomie « et des vices peut-être inconnus aux enfers» s'étalent sur le trône pontifical ; lorsque, selon l'expression de Pétrarque, la vie des Papes répand sa puanteur jusqu'au ciel? Au xvi* siècle, la dissolution des mœurs fut telle qu'un cri de désespoir s'échappa de la poitrine d'un grand écri-