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Reuss, Histoire apostolique, page

mes d'élite, séduits par la philosophie platonicienne, s'efforçait d'absorber le Platonisme dans le Monothéisme mosaïque : le chef de cette phalange, qui résidait presque toute à Alexandrie, était l'illustre Philon. L'autre fraction, au contraire, comprenait un nombre considérable de gens peu instruits, crédules, doués d'une imagination exaltée qui les rendait aptes à s'engouer de 'nouveautés. C'est à cette catégorie des Juifs hellénistes qu'appartenait à Jérusalem le diacre Etienne (Actes, VI, VII) ; c'est parmi eux que s'opéra le travail préparatoire à la divinisation de Jésus.

L'autre classe de Juifs hellénistes, loin de se laisser aller aux attraits de la philosophie grecque, avait redoublé de rigorisme. Ce sont eux qui, unis aux Juifs hébreux, conçurent une haine si violente contre Paul, renégat de la Circoncision et de la loi de Moïse ; c'est leur émeute à Jérusalem qui mit fin, au moins historiquement, à la propagande de saint Paul.

§ II. — Les Prosélytes.

Les Juifs donnaient le nom de Prosélytes aux païens ou étrangers qui s'établissaient dans leurs communautés après avoir embrassé le Mosaïsme en partie ou en totalité. Le mot prosélyte est un mot grec itpo<nfti>Toç signifiant « étranger qui s'établit en quelque endroit » ; il correspond au mot latin Advena, lequel a le même sens. Le nombre des prosélytes était très-considérable ; dans certaines villes ou bourgades, ils jouissaient d'une grande influence

au sein de la communauté juive. On distinguait deux classes de prosélytes :

1° Ceux qui avaient embrassé une partie seulement du Mosaïsme s'appelaient Prosélytes de la Porte;

2° Ceux qui avaient embrassé la totalité du Mosaïsme s'appelaient Prosélytes de la Justice.

A. Prosélytes de la Porte. — Les Prosélytes de la Porte étaient les païens qui avaient abjuré le Polythéisme pour adorer le Dieu Un de Moïse. A ce point fondamental étaient joints plusieurs préceptes moraux, tels que l'abstention du vol, de l'adultère; et quelques prescriptions rituelles, telles que l'abstention des viandes provenant des sacrifices offerts aux idoles, l'abstention du sang des animaux, des chairs étouffées. L'ensemble de ces articles formait une sorte de petit code qu'on appelait vulgairement les Préceptes des Enfants de Noé\ Le Code des Enfants de Noé avait reçu ce nom des rabbins : Dieu, prétendaient-ils, l'avait donné à Noé et à ses enfants comme étant un précis de la Loi naturelle, qui obligé tous les hommes. Il renfermait sept prescriptions d'abstentions absolues : 1° l'idolâtrie; 2° le blasphème; 3° le meurtre; 4° l'adultère; 5° le vol; 6° l'injustice; 7° les viandes des idoles, le sang des animaux vivants et les chairs étouffées. Ces prescriptions étaient obligatoires; on ne pouvait être admis au sein de la communauté juive sans leur étroite observance. C'était le minimum de foi et de pratiques rituelles imposé aux païens qui se convertissaient.

i. Ou en un seul mot « des Noachides »>; d'où l'adjectif noachigue : a Les Préceptes noachiques ». Quel jargon I

Les païens qui se bornaient au Gode des Enfants de Noé, et par conséquent qui ne se soumettaient point à la Circoncision ni aux autres pratiques, avaient le droit de pénétrer dans la première enceinte du Temple; mais il leur était interdit d'aller audelà. Ils franchissaient la porte qui ouvrait sur la première cour ; c'est là qu'ils restaient. De là le nom de Pi % osélytes de la Porte donné aux gentils convertis partiellement, et de Cour des Gentils donné à la cour où ils avaient droit d'entrer.

B. Prosélytes de la Justice. — Les païens qui adoptaient la totalité du Mosaïsme ne se distinguaient en rien des Juifs : ils étaient circoncis, ils observaient sans exception tous les rites du Mosaïsme ; ils jouissaient de tous les privilèges qu'avaient les Juifs naturels : on les appelait Prosélytes de la Justice. Par « justice », il faut entendre l'ensemble des prescriptions légales : jus, justus, justitia.

Les hommes pieux, les femmes dévotes dont il est souvent parlé dans les Actes des Apôtres, étaient des Prosélytes de la Porte, c'est-à-dire des païens incirconcis, convertis au Monothéisme hébraïque. Exemples :

1° Corneille, centurion romain, Actes, X, 2;

2° Lydie, marchande de pourpre, Actes, XVI, 14;

3° Juste, Actes, XVIII, 7.

Voir aussi Actes, XIII, 43, 50; XVIII, 4,17.

§ III. — Juifs hébreux.

On appelle Juifs hébreux les Juifs qui parlaient hébreu et lisaient la Bible en hébreu. A proprement

dire, leur langue n'était pas l'hébreu, celui qui régnait avant la captivité de Babylone, mais un idiome dérivé des dialectes de la Chaldée et de la Syrie, qu'on appelait à cause de cela le syro-chaldaïque ou, en un seul mot, Yaraméen. C'est l'araméen que parlaient Jésus et les Apôtres.

Les Juifs hébreux étaient les Juifs nés en Palestine, qui, n'ayant jamais quitté ce pays, avaient subi, sans interruption, de père en fils, l'action du Milieu palestinien, idées, mœurs, coutumes religieuses. 11 en était d'eux ce qu'il en est de nos paysans, ce qu'il en sera toujours des gens ignorants : l'homme inculte reçoit docilement ses croyances toutes faites des mains du clergé, sans qu'il ait un instant la pensée d'y rien changer; toutes les cérémonies extérieures, rites, pratiques, il les observe avec une scrupuleuse exactitude ; souvent môme la ferveur l'entraîne jusqu'à les exagérer. L'orthodoxie étroite, tel est le caractère de la religion chez les pauvres gens.

Par suite des malheurs de la Judée, l'orthodoxie des Juifs hébreux s'était imprégnée d'un rigorisme extraordinaire : violer les prescriptions de la loi apparaissait à leurs yeux comme une trahison aussi bien envers la patrie qu'envers l'Éternel. Pêcheurs ou simples artisans de la campagne, illettrés et peu intelligents, les Apôtres étaient des Juifs hébreux.

S IV. — La Classe dirigeante ou les Sadducéens.

Lorsqu'après la mort d'Hérode le Grand les Romains eurent supprimé la royauté en Judée, le gouvernement intérieur du pays fut laissé aux mains

d'une aristocratie nationale. L'occupation militaire, le contrôle général de l'administration, ainsi que la transmission des ordres venus de Rome, furent confiés à une sorte de sous-préfet nommé Procurateur; qui résidait, non pas à Jérusalem, mais à Gésarée, port de mer. La Judée, en effet, était une sous-préfecture du vaste département ou province de Syrie; le préfet ou gouverneur résidait à Antioche, la troisième ville du monde : Rome et Alexandrie seules la surpassaient. La sous-préfecture de Judée fut érigée de nouveau en royaume pendant quatre ans au profit d'Hérode-Agrippa I er , ami de Galigula, de l'an 41 à l'an 44; à la mort de ce prince, elle fit définitivement retour à la préfecture de Syrie.

L'aristocratie gouvernante se composait, d'abord, des Hérodiens ou partisans de la famille royale des Hérodes, qui sous ces princes avaient occupé les dignités. La famille qui parmi les Hérodiens tenait le premier rang était celle de Boëthus, dont le fils Simon avait été promu grand-prêtre par Hérode le Grand. Mais l'élément de beaucoup le plus nombreux et le plus considérable de la classe dirigeante était le haut clergé et les puissantes familles sacerdotales qui formaient le parti si connu sous le nom de Sadducéens. Le personnage le plus éminent était Hanan ou Anne, selon l'appellation vulgaire; il avait exercé la grande sacrificature pendant sept années. La dignité suprême resta dans sa famille pendant près de cinquante ans jusqu'à la ruine de Jérusalem, sauf quelques alternances avec la famille de Boëthus. Ginq des fils de Hanan et son gendre Joseph-Kaïapha (Joseph-Pierre) occupèrent le Souverain Pontificat. Telle était la composition de la

classe dirigeante, et tels les chefs des Sadducéens.

Les Sadducéens étaient al tiers, durs aux petits; leur faste et leur insolence les avaient rendus odieux autant que leur incrédulité ; car ils étaient incrédules, comme le sont, sans exception, tous les hauts clergés. Avides de pouvoir et d'argent, ils avaient envahi toutes les places, et s'ingéniaient à en tirer le plus grand gain possible. Le clergé inférieur, soumis à leur joug, subissait des spoliations iniques ; les prélats le réduisaient à la pauvreté, afin qu'ils pussent subvenir aux dépenses énormes de leur luxe et de leur magnificence 1 . Du reste, la pauvreté du bas clergé est le phénomène qui se produit invariablement toutes les fois que le haut clergé a la suprématie politique. Le bas clergé ne peut jouir du bienêtre matériel que lorsque la prépondérance est dans les mains civiles.

« Ce qui augmentait encore les antipathies populaires, c'était la prétention du clergé juif de se soustraire aux charges qui pesaient sur tous les citoyens. C'est ainsi que les prêtres refusaient de payer l'impôt de la capitation d'un demi-sicle que la loi exigeait de tous, sans distinction*. » Fait qui met bien en relief l'un des caractères de l'esprit sacerdotal. Les prêtres ont toujours prétendu que, délégués de Dieu sur la terre, ils étaient faits pour vivre aux dépens des autres hommes ; et que réclamer d'eux une participation aux charges communes de la patrie était une impiété. On voit que la théorie clé-

1. Josèphb, Histoire ancienne des Juifs, livre XX, chapitre vi, page 534.

2. J. Cohen, les Pharisiens, tome I, page 211. Voir aussi pages 416, 417.

n'a été qu'une suite de mesures de police prises en vue d'ôter tout prétexte à l'intervention de l'Autorité romaine.

Résumé. — Au temps des Apôtres, les Romains avaient laissé le Gouvernement de la Judée à l'Aristocratie sacerdotale. Mais, instruits par les soulèvements du passé, ils surveillaient de très-près les rassemblements populaires et tout ce qui paraissait trahir une agitation sourde. A l'occurrence, ils déployaient une implacable rigueur.

L'Aristocratie sacerdotale comprenait le petit groupe des Hérodiens et le grand parti des Sadducéens. Incrédules, hautains, avides d'honneur et d'argent, les Sadducéens occupaient tous les hauts emplois et en tiraient d'immenses bénéfices.

La politique qu'ils suivaient se déduisait logiquement de leur position vis-à-vis du Peuple juif et visà-vis des Romains :

1° Caste sacerdotale, la source de leurs richesses et de leur puissance résidait dans les croyances religieuses du Peuple juif; il leur fallait donc maintenir dans son intégrité l'orthodoxie officielle.

2° Protégés par les Romains, mais connaissant la sévérité des conquérants pour tout mouvement politique, il fallait les rassurer et, .pour cela, s'opposer à toute agitation, à tout rassemblement, quel qu'en fût le mobile ou le prétexte.

§ V. — Le Grand Sanhédrin.

Le Grand Sanhédrin, ou mieux Synhédrin, était le Tribunal suprême. Il se composait de soixante-dix membres, sans compter le Président, choisis parmi

les Prêtres, les Anciens et les Docteurs de la Loi ; il représentait par conséquent trois ordres de citoyens : le Clergé, les laïques et les légistes. Le Grand Sanhédrin siégeait à Jérusalem.

Les villes de province avaient de petits Sanhédrins composés de vingt-trois membres que nommait ou ratifiait le Grand Sanhédrin. Ces» Petits Sanhédrins s'appelaient aussi Beth-din, Maisons de justice.

Les attributions et l'autorité du Grand Sanhédrin ont beaucoup varié selon les vicissitudes de la Nation elle-même. Après le retour de Babylone, le grand Sanhédrin exerça l'autorité souveraine. Sous les princes Asmonéens et. sous Hérode, il n'eut plus qu'une autorité subalterne.

Après la mort d'Archélaûs, l'Aristocratie sacerdotale, qui dominait dans le Grand Sanhédrin, reprit tout à coup l'hégémonie qu'elle possédait avant l'époque des Macchabées ou princes Asmonéens. Mais son pouvoir et ses attributions furent sous la dépendance des conquérants romains. Or la conduite des Romains, qui occupaient militairement le pays, variait selon le caractère des Procurateurs et selon l'état calme ou troublé du Peuple juif. Quoi qu'il en soit, sous la haute surveillance des Romains, le Sanhédrin était chargé de toute la direction des affaires intérieures, impôts, lois, applications juridiques, ordre public, etc.

§ VI. — Le Naziréat.

On appelait nazir ou naziréen et plus tard nazaréen, mot hébreu qui veut dire séparé, tout homme qui

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faisait vœu de se consacrer au Seigneur pour un temps plus ou moins long. L'ensemble des cérémonies que le nazir devait accomplir s'appelait le naziréat. Le chapitre VI des Nombres en contient toutes les prescriptions. C'était une institution essentiellement mosaïque. Les personnes de toute tribu qui faisaient de tels vœux, devaient s'abstenir de vin, de liqueur enivrante et de raisins secs ou frais. Pendant tout le temps du naziréat, le rasoir ne devait point passer sur la tête du nazir. Si, durant les jours de consécration, le nazir venait à contracter une souillure, c'était à recommencer. Les rites et les purifications étaient fixés avec précision par la Loi. La durée du vœu était déterminée d'avance par le nazir lui-même : elle était le plus souvent de sept ou de trente jours 1 . Lorsque le nazir avait atteint, en toute pureté, la limite des jours assignés, il devait offrir certains sacrifices ; puis, le Prêtre lui rasait la tête : le naziréen était alors délié de ses vœux. Mais les sacrifices de libération coûtaient assez cher : aussi étaitil plus facile de contracter le vœu de naziréen que de s'en affranchir. « Il y avait autour du Temple, dit M. Renan, une troupe de pauvres gens qui avaient fait des vœux et qui attendaient que quelque Riche voulût bien payer pour eux. Faire tondre un nazir était un acte de piété, et ou cite des occasions où de puissants personnages, en actions de grâces d'une

1. Il y avait aussi des nazirs perpétuels, comme le furent Samuel, Samson, Jean le Baptiste, etc. Nous avons encore aujourd'hui l'analogue de ces deux sortes de naziréat : 1° dans les vœux temporaires que font certains dévots, neuvaines, retraites, pèlerinages, jeûnes, vêtements noirs, etc.; 2° dans les vœux perpétuels des moines et des moinesses tels que les Trappistes, les Carmélites, etc.

faveur signalée du ciel, en firent raser des centaines, à peu près comme au Moyen Age il était méritoire de payer des gens pour faire des pèlerinages et pour entrer dans la vie monastique. »

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