‹ les apotres essai d'histoire religieuseChapitre 70 sur 109 · Deutéronome, XXIV · texte numérisé non relu

Deutéronome, XXIV

2. Proverbes, XIX, 13. La femme querelleuse est comme une eau qui tombe sans cesse du toit.

Provei^bes, XXI, 9. Il vaudrait mieux habiter en un coin sur le toit que d'habiter dans une maison commune avec une femme querelleuse. — 19. Il vaut mieux habiter dans une terre déserte qu'avec une femme querelleuse et colère.

Proverbes, XXV, 24. Il vaudrait mieux habiter en un coin sur le toit, etc.

parents, enfants, épouse, patrimoine. Ce renoncement était un sacrifice temporaire qui devait être récompensé, dans un délai très-rapproché, par le centuple des biens que le disciple abandonnait momentanément : voilà un fait inébranlable, reposant sur les textes qui sont les assises du christianisme. Mais les Apôtres ont-ils accepté et pratiqué ce renoncement total et par conséquent le célibat temporaire? Oui; et ce fait est aussi solidement établi que l'exigence de Jésus, car il a le même fondement et les mêmes assises.

A. «Matthieu, XIX, 27. Alors Pierre prit la parole et lui dit : Pour nous, vous voyez que nous avons tout quitté pour vous suivre. Quelle sera notre récompense ? »

Au chapitre IV, 20, Simon-Pierre et son frère André, Jacques et Jean, fils de Zébédée, avaient tout abandonné pour suivre Jésus. Au chapitre IX, 9, Matthieu Lévi avait fait de même.

B. « Marc, X, 28. Alors Pierre, prenant la parole, lui dit : Pour nous, vous voyez que nous avons tout quitté pour vous suivre. »

Au chapitre I er , 16-20, Pierre et André, Jacques et Jean ; au chapitre II, 14, les autres Apôtres laissent tout pour suivre Jésus.

C. a Luc, XVIII, 28. Sur quoi Pierre lui dit : Vous voyez que nous avons tout quitté pour vous suivre.»

«Chapitre V, 11. Pierre, Jacques et Jean quittèrent tout et le suivirent. — 28. Et quittant tout, Matthieu Lévi se leva et le suivit. »

Ainsi :

V Les Apôtres ont accepté le célibat ; soit que, mariés, ils eussent abandonné leurs épouses ; soit

que, célibataires, ils aient renoncé au mariage légal : tel est le premier fait.

2° Us ont accepté le célibat pour un laps de temps très-court, puisque la Fin du Monde était proche et devait arriver de leur vivant : tel est le second fait. . Le célibat qu'acceptent les Apôtres et qu'ils pratiquent durant leur mission de propagande, est un fait au-dessus de toute contestation, puisqu'il est inscrit dans les Évangiles et qu'il est l'une des conditions nécessaires pour être admis à l'honneur d'être disciple de Jésus. On ne saurait trouver un fait appuyé sur des preuves plus solides.

A cette démonstration s'ajoute par surcroît un fait, moins probant sans doute, mais néanmoins confirmatif : c'est que la tradition concernant le célibat des Apôtres a été continue et constante 1 . Il s'est même formé, vers la fin du II e siècle, une secte appelée les Apostoliques, parce que les chrétiens qui la composaient imitaient les Apôtres en renonçant au mariage.

VII. — Les Apôtres ont accepté le célibat temporaire comme un sacrifice qui exigeait une récompense.

« Matthieu, XIX, 27. Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Vous voyez que nous avons tout

i. Saint Jérôme. — Lettre à Julianus en 407, p. 610 et 611. « Saint Pierre était marié; et cependant il quitta sa femme, sa barque et ses filets... Quoique les Apôtres (célibataires) n'aient abandonné que leur barque et leurs filets, néanmoins ils se font un mérite et une gloire d'avoir tout quitté pour suivre Jésus. »

quitté, et que nous vous avons suivi. Quelle sera notre récompense? »

L'interrogation de Pierre est d'une netteté et d'une précision qui ne laissent rien à désirer. Les Apôtres ne sont pas des stoïciens qui supportent les maux les plus cruels sans espoir de récompense, uniquement parce que c'est le devoir. Non, certes! La notion du Devoir est complètement étrangère à ces grossiers pêcheurs. Ils sont incapables de comprendre que l'âme peut puiser ses motifs d'agir autre part que dans le profit matériel. De même qu'ils ont échangé leur pêche contre des pièces d'argent, de même ils entendent bien vendre à Jésus, contre une bonne et palpable récompense, les sacrifices et les privations qu'ils s'imposent en abandonnant leurs épouses, s'ils sont mariés, ou en renonçant temporairement au mariage, s'ils sont célibataires, Ouvriers, ils stipulent un contrat avec l'entrepreneur ; les clauses en sont très-claires :

A. Pierre dit à Jésus : Pour te suivre, nous avons abandonné : 1° nos parents; 2° notre femme et nos enfants ; 3° notre maison et tout ce que nous possédions. Que nous donnes-tu en échange ?

B. Jésus répond : De votre vivant même, c'est-àdire sur la terre, vous recevrez comme salaire : 1° cent parents (comme on va le voir ci-dessous) ; 2° cent femmes et cent enfants ; 3° cent maisons et cent fois tout ce que vous avez délaissé. Et ce salaire vous sera payé dans un délai très rapproché.

« Marc, X, 29. Jésus répondit : Je vous dis en vérité que personne ne quittera pour moi et pour l'Evangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres,

30. Sans que, dès à prisent, dans le siècle même, il ne reçoive le centuple des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants et des terres,. au milieu des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle ».

« Matthieu, XIX, 29. Et quiconque aura quitté pour mon nom sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. »

« Luc, XVIII, 29. Je vous dis en vérité que personne ne quittera pour le royaume de Dieu, ou sa maison, ou son père et sa mère, ou ses frères, ou sa sœur, ou sa femme et ses enfants, — 30. Qui ne reçoive dans ce siècle même beaucoup davantage, et dans le siècle à venir la vie éternelle * . »

Ce n'est pas tout : Jésus connaît trop bien ces âmes vulgaires pour ignorer quel prestige exercent sur elles la puissance et son pompeux appareil. Être

i. Luc a atténué ce qu'il y avait d'étrange dans cette prodigalité de Jésus promettant de donner cent pères et cent mères. Il s'est donc contenté de faire dire à Jésus : Vous recevrez bien davantage. On est libre d'analyser et d'interpréter la promesse comme on voudra. Au point de vue de notre thèse, il est indifférent que Jésus promette de rendre cent fois ou vingt fois ou simplement le double de ce que les disciples ont délaissé pour le suivre. La thèse est celle-ci : Les disciples agissent en vue d'une récompense, et non point par devoir; car le devoir a pour essence le désintéressement. Du moment que les disciples font leurs sacrifices en vue d'une récompense, quelle qu'elle soit, forte ou faible, ils ne sont plus des hommes vertueux ; ils ne sont que des spéculateurs.

Et si c'est le profit que Ton a calculé, On n'a pas agi bien, on a bien spéculé.

Ponsârd (r Honneur et l'Argent, Acte IV, se. vi).

assis sur un trône d'or avec de beaux habits, quelle gloire! Être rois et commander aux tribus d'Israël, quelle ivresse ! Évidemment les sacrifices temporaires que faisaient les Apôtres devaient leur paraître amplement récompensés par les splendeurs qui les attendaient. « Matthieu, XIX, 28. Et Jésus leur dit : Je vous dis en vérité que pour vous qui m'avez suivi, lorsqu'au temps de la Régénération, le Fils de l'Homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez assis vous-mêmes sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël 1 . » Telle sera leur récompense au Ciel, laquelle s'ajoutera à la récompense des biens sur la terre.

VIII. — Excepté Simon-Pierre, les Apôtres n'étaient point mariés.

Saint Clément d'Alexandrie, mort en 217, dit que plusieurs Apôtres étaient mariés : « Pierre et Philippe ont eu des enfants, et ce dernier a marié ses filles. Paul, dans une de ses épîtres, ne fait point de difficulté de parler de son épouse ; il ne la menait pas avec lui, parce qu'il n'avait pas besoin de beaucoup de services. Il dit dans sa lettre : « I Corinth., IX, 5. N'avons-nous pas le pouvoir de mener avec nous une Sœur-femme comme font les autres Apôtres? » (Stromales, liv. III, p. 125-G.)

L'assertion de Clément d'Alexandrie est vraie pour Pierre. Pierre était marié, comme on le voit

1. Apocalypse, XXI, 14. Et la muraille de la Ville céleste avait Douze fondements où sont les noms des Douze Apôtres de l'Agneau.

dans les Synoptiques : « Matthieu, VIII, 14. Jésus, étant venu en la maison de Pierre, vit sa belle-mère qui était au lit parce qu'elle avait la fièvre. » (Marc, I, 30 | Luc, IV, 38.) Mais avait-il des enfants? On ne sait : les Synoptiques sont muets sur ce point.

L'assertion de Clément est sans fondement pour les autres Apôtres. Le saint docteur a même commis une erreur étrange : il a confondu Philippe, apôtre de Jésus, avec le diacre Philippe, père de quatre filles prophétesses, dont il est parlé dans les Actes des Apôtres, VI, 5 ; VIII, 5 et suivants ; XXI, 8-9. Ce diacre était un Juif helléniste qui, après le martyre de son ami Etienne, fut expulsé de Jérusalem, tandis que les Apôtres, Juifs orthodoxes, ne furent point inquiétés : « Actes des Apôtres, VIII, 1. Au même temps, il s'éleva une grande persécution contre l'Église de Jérusalem; et tous les Fidèles, excepté les Apôtres, furent dispersés en divers endroits de la Judée et de la Samarie. » Saint Clément a donc contre lui les Évangiles synoptiques et les Actes des Apôtres, c'est-à-dire les monuments fondamentaux du Christianisme.

De même pour son affirmation que Paul était marié. Non-seulement elle est démentie parles Actes des Apôtres, par tous les Pères de l'Église, mais encore par Paul lui-même, qui se déclare d'une complexion naturellement continente : « I Corinth., VII, 7. Je voudrais que tous les hommes fussent en l'état où je suis moi-même; mais chacun a son don particulier de Dieu, l'un d'une manière, l'autre d'une autre. — 8. Quant aux hommes qui ne sont point mariés et aux femmes qui sont veuves, je leur déclare qu'il est plus avantageux pour ces personnes de deraeu-

rer en cet état, comme j'y demeure moi-même. » L'abbé Bergier, dans son Dictionnaire de Théologie, article Célibat, a résumé, puis réfuté tous les arguments concernant ce prétendu mariage : « — Saint Paul, disent les partisans du mariage de l'Apôtre, était marié ou du moins l'avait été : c'est le sentiment de saint Ignace, dans son Épître aux Philadelphiens; de saint Clément d'Alexandrie (Stromates, III) ; d'Origène , de saint Basile , d'Eusèbe {Hist. ecclés., III, 30) et de plusieurs autres Pères. Saint Paul lui-môme le témoigne assez dans sa Lettre aux Philippiens, IV, 3. Donc il a voulu seulement détourner les Fidèles des secondes noces; et encore ce conseil est-il contraire à celui qu'il donne aux jeunes veuves (I Timothée, V) *. »

— « Si mes censeurs, réplique l'abbé Bergier, étaient moins aveugles, ils auraient vu que :

1° Saint Paul qui, suivant eux, était veuf lorsqu'il écrivit aux Corinthiens (an 57 environ), n'a pas pu parler de son épouse comme vivante dans la Lettre aux Philippiens, laquelle fut écrite cinq ou six ans après (an 62, d'après E. Reuss) *.

1 . L'épître à Timothée n'a pas été écrite par saint Paul. D'après M. Renan, elle a dû être rédigée entre Tan 90 et Tan 100, c'est-à-dire plus de trente-cinq ans après la mort de Paul.

2. Reuss, Épitres pauliniennes, t. II, p. 301 : « Le fidèle collègue de Philippiens IV, 3, est sans doute un membre de l'Église de Philippes placé à la tête des autres, appelé de préférence à ramener la paix. D'autres ont voulu que c'ait été le mari de Tune de ces femmes, ou la femme de l'Apôtre luimême, ou un nommé Syzyge, ou l'Apôtre Pierre, hypothèses que nous ne mentionnons que pour faire voir où peut s'égarer la science quand elle ne veut pas confesser son ignorance. »

Dans le texte grec, il y a IVrjaie œuÇoys, littéralement 6 fidèle collègue.

246 LES APÔTBES.

2° La plupart des citations qu'ils nous opposent sont infidèles ; il n'est parlé du prétendu mariage de saint Paul que dans la lettre interpolée ou falsifiée de saint Tgnace aux Philadelphiens, et non dans le texte grec authentique 1 .

3° Il n'est pas vrai qu'Origène soit de ce sentiment ; il dit que, selon l'opinion de quelques-uns, saint Paul était marié lorsqu'il fut appelé à l'Apostolat; que, suivant d'autres, il ne l'était pas.

4° Nous n'avons rien trouvé dans sant Basile de ce qu'on lui attribuait.

5° Saint Clément d'Alexandrie est le seul des Pères qui ait cru au mariage de saint Paul. Eusèbe, à la vérité, cite ce qu'a dit saint Clément; mais il n'y donne aucune marque d'approbation ; et cette opinion n'est fondée que sur un passage de saint Paul mal entendu. Aussi, Tertullien, saint Hilaire, saint Épiphane, saint Ambroise, saint Jérôme 8 , saint Augustin, affirment unanimement que saint Paul ne fut jamais marié. L'opinion particulière de saint Clément ne peut pas prévaloir contre cette tradition constante. Quant au passage de saint Paul, I Connih., IX, 5, qui a trompé saint Clément, il ne fait aucune difficulté : N'avons-nous pas, dit l'Apôtre, le pouvoir de mener avec nous une femme, notre sœur, comme font les Apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas? » Saint Clément, sous le nom de femme, a entendu une épouse : cette traduction est fautive. »

1. Le grand critique allemand, Christian Baur, a démontré que les sept épltres d'Ignace sont fausses.

2. Saint Jérôme, Lettre à Eustochie, p. 330. « Quelques-uns ont prétendu que saint Paul avait été marié ; ne le croyez pas. »

De cette discussion minutieuse touchant le prétendu mariage de Paul, il résulte que :

1° Les assertions de saint Clément d'Alexandrie ou les « on dit » répétés par quelques Pères n'ont aucun fondement;

2° L'aveu catégorique de Paul, I Corinth., VII, 7-8, sur son tempérament continent et sur son célibat est d'une précision telle que toute contestation sur ce point est frivole.

En résumé, il résulte des textes sacrés, Évangiles synoptiques, Actes des Apôtres, Épîtres de Paul aux Corinthiens, que :

1° A l'exception de Pierre, les Apôtres n'étaient point mariés ;

2° Mariés ou non mariés, les Apôtres ont abandonné leurs épouses ou gardé le célibat, conformément à la prescription de Jésus ;

3° Les Apôtres se sont résignés à un célibat temporaire pour se consacrer à la propagande, laquelle exigeait sur-le-champ tous leurs efforts, par suite de leur croyance à la fin prochaine du monde.

4° Le célibat temporaire était un sacrifice dont les Apôtres, selon la promesse formelle de Jésus, espéraient être récompensés, dès leur vivant.

DEUXIÈME SECTION

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