LE DOUZIÈME
Un moutonnement faible, un bombement très vague,
Gomme d'une herbe ou d'une vague.
Tout au fond de la chambre attirait mon regard :
Et voici qu'en un jour blafard Je voyais dé dessous une ample couverture
Sortir un énorme serpent
Dont j'allais être la pâture.
Moitié dressé, moitié rampant, Lent, cauteleux, avec un silence farouche.
Il arrivait jusqu'à ma couche.
Tout vibrant de fluide et la gueule en arrêt,
Le magnétiseur me considérait.
Puis, les crochets dardés en flammeltes furtives, Il sifflait rauque ainsi que les locomotives,
Et j'entendais bientôt craquer mes os Sous le vissement lisse et froid de ses anneaux.
Et le TREIZIÈME, enfin, dit d'une voix d'homme ivre : — Étant mort enterré, je me sentais revivre... Et je ressuscitais !... Dans l'enclos gazonné
D'où je sortais comme un damné.
Les défunts me criaient, les uns après les autres :
« Non I tu ne seras plus des nôtres 1 « Pour qui s'est lassé d'être, en son ennui béant, < Au moins le suicide avance le néant !
« Mais, toi, ta vie ayant l'intarissable source,
€ Tu n'auras pas cette ressource.
€ Tu dois exister désormais
€ Pour jamais I pour jamais !
« Retourne au mal, au deuil, à l'argent, aux amours,
« Pour toujours ! pour toujours!
€ Va-t'en lutter, souffrir, penser, € Sans plus repouvoir trépasser ! »
Il sô tut. La parole eut un instant sa trêve. Puis, les douze premiers unissant, à la fois Leurs frémissements et leurs voix, S'écrièrent : t Voilà le plus horrible rêVe I »
Mespas suivaient, rampants, lourdsde marche etd'ennui, Un chemin creux rendu souterrain par la nuit, Lorsqu'un Être surgit, d'un lumii>eux fuaèbrô f Qui n'éclairait que lui sur le fond des ténèbres.
Un Être, dont la peau, verte de moisissure, Se ridait, transparente et frêle, sur les os, Laissant voir goutteler blanc pâle, par grumeaux, Le cœur noir oii bâillait une large blessure.
Des vipères tenaient ses jambes enlacées, D'épais iils d'araignée étaient ses cheveux gris, Et ses deux ailes d'Ange au plumage flétri Retombaient lourdement trainantes«et cassées.
Et le démon, geignant sa parole étouffée, Dit : <c Les larmes m'ont fait les deux yeux de la Mort ! « Elles les ont fondus! leurs trous pleurent encor! < Je suis la plus hideuse et la plus triste Fée.
— < Quel souhait formes- tu ? » — « Plus aucun ! répondis-je !
« Dans le marais lugubre où mon espoir se flge
c Je remâche le fiel de mon chagrin mauvais,
< Je ne crois plus qu'à mon dégoût ! > — « Je le savais !
— < Alors, gémit la Fée, ouvrant ses bras livides,
« Mire ta conscience en mes orbites vides,
« Me voyant, vois ton âme en toute son horreur !
« C'est son hideux portrait que t'offre ma rencontre, « Ton dedans figuré ma forme te le montre :
« J'incarne ta pensée et j'exprime ton cœur! >