L'OGRE
Op, le grand ogre de la mer
Etait là reniflant la chair,
La chair d*homme qui vient des havres,
Et Tabîme voit trois rôdeurs Tournoyer dans ses profondeurs : Un requin avec deux cadavres.
LES CÉLÉBREURS
Beaux soirs et beaux matins sont fêtés par le vol
Des libellules d'émeraude ; Les minuits de parfums sur un souffle qui rôde
Sont vantés par le rossignol.
Ils ont, les chauds soleils, comme poète intime La vipère gourde ou vaguant ;
Et les flots de la mer hurlent pour Touragan Tous les hosannahs de Tabime.
LES CÉLÉBREURS 101
En renvoyant les feux et les bruits du tonnerre
Les rocs veulent le célébrer ; Le ver des creux y luit pour leur faire admirer
La magnificence lunaire.
Le corbeau loue avec le bleu de sa noirceur La belle neige épanouie ;
Et le crapaud, d'un cri qui vitre sa douceur, Chante la gloire de la pluie.
11 a plu : le soleil qui perce La brume de rougeoiments clairs, Allume aux lourds feuillages verts Tout Temperlement de l'averse.
Le soir vient, la nue en extase Souot à la terre en stupeur...
Les lointains. bleus dans la vapeur Font une ceinture de gaze.
Les deux petits papillons blancs Vont folâtrant de compagnie Au-dessus de Therbe vernie Et de ses grands miroirs tremblants.
Lustrés par la molle lumière, Comme guidés par le zéphyr, Ils passent plus doux qu'un sotipir Au ras de Therbe et de la pierre.
Le même vouloir les enlève * Et les rabat sur une fleur :
Même taille et même couleur...
Ils sont accouplés par le rêve î
Fondant leur vol dans l'unité De leurs zigzags jamais contraires, Ils sont les deux beaux petits frères Du vagabondage enchanté.
Ces petites formes ailées Sont légères comme un reflet...
Le blanc du lys, le blanc du lait Y chantent leurs gloires mêlées.
Toute la nature déserte Met son mystère et sa fraîcheur Dans ces deux gouttes de blancheur Au fond de l'immensité verte.
Ils figurent dans l'étendue Le voyagement hasardeux De mignonnes feuilles perdues Qui seraient blanches toutes deux.
On dirait, tel est leur prestige, Deux pâquerettes de buisson Qui, pour rôder à Tunisson, Ensemble auraient quitté leur tige.
Il a, leur nageotant manège, Vacillant, tourniquant, virant, Un flottant moelleux qui les rend Pareils à deux flocons de neige !
Si douce en l'atmosphère tiède.
Leur teinte mystique reluit...
Ils vont, Tenchantement les suit Comme le charme les précède.
En spirale, à replis soyeux.
Se resserre et se redénoue Leur voltigement qui se joue Élastique et silencieux.
En battant Therbe parfumée De leur fantasque trémolo.
Us ont les mouvements de Teau, Du brouillard et de la fumée.
Frôleurs du sable et de la ronce, De la roche et de Tarbrisseau, Du clair et gazouillant ruisseau, De Tétang muet qui se fronce,
Par ces grands silences moroses.
Au travers de l'espace bleu, Ils ont Tair d'emporter un peu De l'émanation des choses.
Us semblent, si tard en tournée, Le regret furtif et tremblant.
L'adieu mélancolique et blanc De cette expirante journée.
Autour d'eux, c'est la mort ravie Du murmure et du mouvement...
Ils sont ici dans ce moment Les seuls fantômes de la vie.
Et chacun d'eux évoque aux yeux Et symbolise à la pensée L'âme du sol errant bercée Sous Tattendrissement des cieux.