L'HERBE
Sous le vibrant azur s'allume sa surface
Qui miroite à frissons lustrés ; Les arbres et les rocs surgissent plus sacrés
Dans ce reposoir de l'espace.
Même lorsque l'hiver l'éteint sous le ciel morne, La glace du froid des tombeaux,
Elle étend, noble encor, sa nudité qui s'orne Du noir bleu grouillant des corbeaux.
Par la voix des grillons qui peuplent son mystère,
Elle chante pendant l'été Le mystique unisson des cieux et de la terre, L'extase de l'immensité !
Enfin ! le cher Printemps berce l'âme et la vue...
Avide, on contemple de près L'herbe toute nouvelle et déjà si touffue, D'un verni si tendre et si frais.
A nos ennuis le sol a rendu le remède. L'apaisement ensorceleur, Par la reposante couleur
De sa belle toison qui tremble au zëphir tiède.
L'herbe triomphe avec le lézard, l'oiselet, Avec la coccinelle ronde.
Avec les gazouillis, les souffles, les reflets Exhalés par l'air et par Tonde.
Tous les verts, depuis ceux du nuage superbe
Jusqu'à ceux des mousses des bois, Y sont fondus !... Pour voir tous ces verts à la fois Il suffit de regarder l'herbe !
Ici, parmi ses brins, feuilles et longues tiges. Dans une extase qui frémit,
Elle offre, diapré, le délicat prestige
De fleurs qui sont fleurs à demi.