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LES DEUX PLUIES

De ses fils clairs et gros qui cognent, rebondissent, Trouant le sol, criblant la surface des eaux, Elle amuse les yeux et réjouit les os, Fait qu'à son bercement les tracas s'engourdissent.

Et, presque, on la voudrait de plus longue durée, On en a le regret quand elle dit adieu.

Car, son grillagement de l'atmosphère a lieu Sous le beau rire pur de la voûte azurée.

L'autre au coulement droit, monotone, muet. Froid déluge compact et cependant fluet, Donnant au paysage un air de cimetière.

Exprime le chagrin de la nature entière.

Sous le ciel qu'elle bombe et qu'elle rétrécit,

Elle éteint l'horizon et condamne l'espace

A l'hermétique horreur de son onde rapace

Qui toujours plus avant le glace et l'obscurcit.

Le lent picotement de ses larmes si molles, Mais dont la persistance acère la langueur, Détrempe, liquéfie à force de longueur, Fait des plus durs chemins d'abominables colles.

Sous le cintré fumeux de sa voûte abaissée Qu'éclaire sans soleil un jour froid de caveau, Elle est là, dévidant son sinistre écheveau, Yous entrant, par les yeux, la mort dans la pensée.

Chose informe, sans teinte, avec tant de silence. Elle est hideuse et montre affreux, stupéfiés. Des fantômes d'objets morfondus et noyés En l'immensité vague où nul vent ne s'élance.

Et toujours elle dure... et c'est le cauchemar,

Le fluide faucheux de l'infini blafard

Dans le vide qu'il comble épaississant sa trame !

La nuit arrive, on voit les choses s'engloutir... Et c'est si triste alors que vous croyez sentir Tout le ciel pleurer dans votre âme.

PLUIE MAGIQUE i75

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