L'ARBRE MORT
Là-bas, où le coteau qui mure Thorizon Ourle avec ses genêts le bord du ciel sans tache, Le vieux chêne rigide, en entier se détache, Noir sur un azur cru, lumineux à foison.
Or, baigné des clartés de la chaude saison, Ce taraudé du ver, ce rebut de la hach.e, Squelette de Técorce et de la frondaison Est sinistre déjà !... Mais que le jour se cache..
Vienne le soir avec le hibou gémissant...
Alors, à son aspect, c'est un froid qu'on ressent :
Car, ayant Tair crispé d'un grand spectre en démence,
— A mesure qu'au loin la campagne brunit —
Il surgit tout sanglant du soleil qui finit
Dans la livide horreur de la nuit qui commence.
La terre aspire l'influence Du fe'condanf soleil béni, Sous le pinceau de l'infini
<3ui la décore et la nuance.
La Nature, avec tous ses charmes,
Ofl're modestes au regard
Ces fleurs qu'elle sème au hasard
Et qu'elle arrose de ses larmes.
Elle qui compose rénorme, Elle met tendresse et langueur, Toute sa grâce et tout son cœur Dans leur peinture et dans leur forme.
Par ces frêles colorieuses Du ravin et du bord de l'eau Le sol, variant son tableau, A des profondeurs sourieuses.
Ces bonnes petites sorcières Dont le pouvoir est si soudain Métamorphosent en Eden La stérilité des bruyères.
Leurs teintes si bien mariées, D'aspects si purs, si caressants.
Sont la parure, tous les ans, Des pauvres tombes oubliées.
Ayant la mouche pour compagne Qui leur bourdonne sa gaieté,
Féeriques de simplicité,
Elles enchantent la campagne.
Et l'on aime ces fleurs si douces Qui s'harmonisent & la fois Au gris des rocs, au roux des bois.
Au vert des herbes et des mousses.
Sous la brume ardeate qui bouge, Bleuets, coquelicots voilés, Dans le chœur jaunissant des blés, Chantent leur chanson bleue et rouge.
Elles comblent la fondrière D'un fleurissement reboodi, Ecrin de l'espace engourdi On frissonnant dans la lumière.
<8i LES APPARITIONS
Aimable au long du sentier rude On en voit plus d'un clan groupé ; Elles égayent Tescarpé, La ruine et la solitude.
Au bord d'un talus qui s'effrite De beaux petits myosotis Vous apparaissent — nains blottis — Sous une haute marguerite.
Ailleurs, d'innombrables aigrettes De fils d'herbe hauts et tremblants Bigarrent les grands fouillis blancs Des virginales pâquerettes.
L'insecte turquoise-améthyste Sur elles semblant incrusté, Y vit son immobilité "A la fois si douce et si triste.
Et, le zéphyr qui les balance, Qui les réveille et les rendort, Sous la trame des rayons d'or .
Ecoute frémir leur silence.
Une inspiration discrète Sort de leurs coloris charmants Pour les étreintes des amants Et la trouvaille du poète.
Attirantes, sans le vertige Du parfum et de la couleur, Elles ont un charme enjôleur Sur la sveltesse de leur tige.
On passe, en voulant s'attarder . Au bonheur de les regarder.
Elles bercent les songeries