‹ Les apparitionsChapitre 66 sur 100 · L'OURAGAN · texte numérisé non relu

L'OURAGAN

Interprète d'éternité, N'exprimant de l'humanité Que le tourbillon de sa cendre,

Elle évoque, seul dans sa nuit, Dans le secret de son ennui, L'Infini... pour qui sait l'entendre.

ORAGE EN FORÊT

La forêt gigantesque accomplit sa torpeur Sous Torageux vermeil

Du soleil ;

Branche et tige

Tout s'y fige...

Tout s'}^ prostré accablé de songe et de stupeur. D'un oiseau qui voltige

Nul éveil 1

Et pareil

Au vertige Y couve un tourbillon qui vous donne la peur,

ORAGE EN FORÊT i"il

Leur cime ayant alors l'inerte de leurs troncs. Ces grands arbres lépreui

Sont affreux,

Létliargiques

Et magiques, Tels que lorsque la nuit vët leurs pieds et leurs froiUs- Ils se dressent tragiques,

Bossus, creux,

Noirs, cuivreux,

Magniûques De vieillesse et d'horreur sous leurs feuillages ronds.

Sur l'herbe qui croupit blême par le plein jour Ils dégagent encor De la mort Parleur teinte Presque éteinte.

Maintenant, s'épaissit l'air qui vibrait autour : C'est une vapeur peinte De décor...

Lourd il dort.

Moite il suinte Dans ce caveau des bois qui chauffe comme un four.

En la morne clairière où l'obscur fllet d'eau A tu son gazouillis, Du treillis

De leurs branches

II- s'épanche Vague, une ombre qui fait un plu^ vague rideau. De grandes formes blanches ; Aux fouillis

Ebahis

Vont, se penchent, Semblant soulever un invisible fardeau.

Encore s'aggravant du chant mystérieux Du crapaud si perdu, Plein et nu Règne en maître Sur les hêtres,

ORAGE EN FORÊT

Sur les chênes, partout, le silence des cieux. Et le soir long à naître Est venu,

Inconnu

Qui peut-être Apporte la tempête aux arbres anxieux.

. ci*-:

Et c'est elle en effet qu'il prédit ! Tout à coup Tremble s^vec des arrêts

La forêt...

Elle claque

Sous Tattaque Des grands soufQes du vent qui font comme un remous. Et puis, la voûte craque,

Et, d'un trait,

Disparaît

Noire opaque, Précipitant Téclair et des grondements fous.

La pluie en se ruant comme un torrent des airs Acharne encor le vent

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Qui la fend,

La refoule

Et la roule, Sillonnant sa rumeur de hurlements amers.

Les tonnerres s'écroulent,

Se suivant.

Recrevant

L'eau qui houle Dans un noir ténébreux comme le fond des mers,

Si convulsifs qu'on les dirait déracinés, Les arbres se crispant En serpents Sifflent, geignent, Et s'étreignent.

Ils emmêlent tordu leur feuillage fané Que Teau croulante baigne, L'écharpant, Et qui pend Et qui saigne

Au rouge flamboiement des éclairs forcenés.

ORAGE EN FORÊT 203

Et c'est le chaos gouffre où le bois tout entier S'engloutit ondoyant,

Tournoyant

Noir, liquide, .

Dans le vide, Jusqu'à ce que Forage ait fini d'effrayer La lune qui, livide.

Souriant

En brillant.

Rôde humide Sur la grande forêt qui va resommeiller.

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