CHAPITRE IV
Pour faire de la télégraphie sans fil par ondes hertziennes on produit des oscillations électriques dans un conducteur, portant le nom d'antenne d'émission, dont une extrémité est à une certaine hauteur au-dessus du sol, tandis que l’autre extrémité communique avec le sol. On sait que ces oscillations transmettent à l’éther un mouvement vibratoire qui se propage dans toutes les directions par ondes hertziennes. À une distance convenable, on place un conducteur analogue au précédent ; ce conducteur devient à son tour le siège d’oscillations électriques, il reçoit les oscillations, c’est l'antenne de réception.
Pour télégraphier entre les deux stations, on produira à la station d'émission les oscillations pendant des temps différents. On enverra des séries d’oscillations plus ou moins longues, comme en télégraphie ordinaire, en appuyant plus ou moins longtemps sur un interrupteur Morse. On aura donc des tsaits ou des points d’oscillations. A la station réceptrice, il faudra disposer d’instruments qui permettent d’une manière quelconque de rendre ces oscillations perceptibles à nos sens, soit à la vue, soit à l’ouïe.
Ce seront les détecteurs et les circuits de récep-
tion. Comme il est bon que les deux stations puissent échanger des télégrammes, ou, comme on dit, « réciproquer », chacune d’elles devra comprendre :
1° Une antenne servant à l’émission ou à la réception ; G
2° Les appareils producteurs d’oscillations sous forme de signaux Morse ;
3° Les appareils de réception.
Antenne.
L’antenne servant au rayonnement de l'énergie doit être établie avec le plus grand soin. La portée dépend de la hauteur de l'antenne. On utilise, en général, des monuments élevés, phares, tours ou clochers, ou bien l’on construit spécialement des mâts ou pylones pour y fixer l'extrémité supérieure ; on la suspend parfois à des ballons captifs. On augmente la portée en augmentant la capacité de l’antenne et sa surface de rayonnement. Dans les antennes multiples, on utilise plusieurs fils parallèles tendus sur des croisillons ou sur des verques parallèles et inclinées par rapport à la verticale.
Dans les installations Marconi, les antennes ont la forme compliquée de pyramides renversées. M. Blondel conseille, pour diminuer la hauteur, de répartir tous les fils en une même nappe horizontale.
Fréquemment aussi, on emploie la forme de l’antenne en parapluie, comme sur les grands navires. La disposition de l'antenne dépend, en résumé, de la place dont on dispose et de la hauteur possible des supports.
Antennes pour émission et réception.
19 ANTENNE DE LA Tour KEtFFELz. —— La tour de 300 mètres était un support d'antenne tout indiqué :
mais la Ville de Paris, soucieuse de conserver la perspective du Champ de Mars et de ne pas masquer la façade de l’École militaire, s’opposa à l’édification de toute espèce de construction sur le Champde-Mars lui-même. Pour tendre les fils de l’antenne. il fallut se contenter de les suspendre au sommet de la Tour par des isolateurs cannelés en série et de les écarter de la masse métallique de la Tour par des câbles tenseurs, dont ils sont séparés par deux isolateurs réunis par de qros bracelets de caoutchouc. Les câbles tenseurs aboutissent à des pylones placés dans le jardin du Champ-de-Mars. Les six fils, en acier galvanisé, sont réunis formant une sorte d'antenne en parapluie, si bien qu'il suffit d'un seul câble de descente dans le puits servant d'entrée du poste.
Il faudrait beaucoup de mauvaise volonté pour prétendre que ces fils déparent le Champ-de-Mars. Il arrive souvent que pendant les émissions nocturnes, les parties hautes de l'antenne sont lumineuses. Il est intéressant de remarquer que même des portions de l’antenne qui restent invisibles à l'œil sont capables d’impressionner les plaques photographiques. Elles semblent émettre de la lumière ultraviolette, comme l’a montré un des officiers de la Tour en prenant la nuit des photographies de ces antennes.
2° ANTENNE DE L'INSTITUT DE PHysiQue DE Nancy. — On a utilisé la tour de l'Institut de Physique. Un mât de 4 mètres y a été solidement haubanné par des câbles d'acier. On a réalisé aihsi une hauteur de 38 mètres au-dessus du sol. L’antenne est formée de six fils parallèles distants de 50 centimètres,
ne.
longs de 55 mètres, montés sur des verques et isolés ”
de celles-ci par des isolateurs en verre de Folembray en forme d'œufs. Les verques elles-mêmes sont soutenues par des câbles d’acier suspendus
par six œufs en série. À l’aide de cäbles et de poulies elles peuvent être hissées ou descendues à volonté de telle manière que l’on puisse modifier la constitution de l’antenne (fig. 16).
Cliché
Belliéni.
Fig. 16.
La première vergque est hissée au sommet de la tour, la seconde au sommet d’un mât de 1/4 mètres, planté dans la cour et haubanné par des câbles métalliques. L’antenne est donc inclinée par rapport à l'horizon.
3° ANTENNE DU CHAMP D'AVIATION DE JARVILLE. — Une antenne du même genre, mais complètement horizontale, formée de trois fils seulement et à la hauteur de deux mâts de 12 mètres a été installée en une après-midi sur le terrain d'aviation de Jarville pour le meeting d’aviation des 7 et8 avril 1912.
Antenne de Cluses. — A l'École d’Horlogerie de Cluses on emploie également une antenne de ce
genre. Elle est complètement horizontale et placée au sommet du bâtiment. Il v a quatre fils de » millimètres de diamètre, distants de 1 mètre et longs de 60 mètres environ. Les verques sont en tubes d’acier de. 45 millimètres de diamètre ; les fils y sont fixés par l’intermédiaire de tubes de fibre de 45 millimètres de diamètre et de 500 millimètres de lonqueur. Les mâts télescopiques sont en tubes d'acier ; on emploie 5 diamètres différents de 70, 65, 60, 55 et 5o millimètres.
Ces tubes sont bloqués au bout les uns des autres par des brides. La base de ces mâts est solidement fixée sur la charpente du toit au moyen de brides en fer. Ils sont aussi solidement haubannés,.
Des poulies fixes au sommet des mâts permettent de hisser l’antenne et sont établies de manière à rendre la chute du câble impossible (5).
Antenne pour réception seulement.
Lorsqu'on se contente de recevoir, il est inutile d'isoler l'antenne avec autant de soin. Il suffit, en général, d’un support isolant à l'extrémité. On pourra utiliser des bâtons d’ébonite, des supports en cloche de télégraphistes, des anneaux de porcelaine servant aux installations d'énergie électrique ou des œufs de verre. Ceux-ci sont en forme d’ellipsoide et portent suivant deux plans rectangulaires deux rainures (fig. 17). Dans la première on fixe le fil d'antenne ; la seconde retient le fil de suspension qui peut être quelconque. Si l'œuf se brisait, les deux boucles s’accrocheraient et le fil ne tomberait pas. Si l’on veut employer plusieurs fils parallèles, par exemple sur le toit d’une maison, 1l est commode de tendre un câble d'acier entre deux cheminées, puis de fixer à la distance de 50 centimètres à 1 mètre autant de ces œufs que l’on veut établir
Fig. 47:
de fils parallèles entre eux et perpendiculaires au câble support.
Il est difficile de donner des indications générales sur l'établissement de l’antenne, mais il est facile, d’après les dispositions locales, de trouver le mode . de suspension le plus commode. ë tom. Pour entendre le poste de la Tour Eiffel, un fil
unique de 20 mètres suffit à la distance Paris PHArNS Mans) Nancy ou Paris—Saint-Dié. Il n’y a pas intérêt à — diminuer cette longueur que l’on peut toujours obtenir entre deux maisons, un arbre et une maison, etc. Il est bon, en tout cas, surtout pour les, villes éloignées, de diriger l'antenne dans la direc-
tion Paris— Ville où le poste est installé et de mettre l'extrémité isolée de l'antenne à à l'op osé de Paris. C’est ainsi que l’on entendra la Tour Eiffel avec le maximum d'intensité.
Plusieurs personnes ont établi des antennes horizontales à fils parallèles à l'intérieur de greniers recouverts en tuiles ou en ardoises.
NE De nature Pantera note très différente.
Il est préférable d'utiliser du cuivre de 2 millimètres. de diamètre.
On à employé du grillage métallique de clôture, et un de mes correspondants m'a fait connaître qu'il a entendu les transmissions de la Tour Eiffel (même la musicale), en prenant comme antenne un lit de fer remisé dans un grenier.
Antennes naturelles. — Il existe dans les villes des antennes de réception installées naturellement; ce sont les lignes téléphoniques, télégraphiques, lignes d'énergie électrique, etc.
Tout fil isolé à une extrémité et en relation avec des appareils récepteurs constitue une antenne.
Depuis bien des mois des personnes ont utilisé leurs lignes ou des lignes d'abonnés au téléphone
F pour recevoir les signaux horaires sans avoir besoin
de demander l'autorisation ministérielle. Il existe depuis longtemps plusieurs de ces installations dans la région de l’Est. Mais la première publication de ce mode de réception a été faite par M. Dosne, ingénieur-électricien à Paris (6), qui a entendu, suivant son expression, de véritables roulements sans appareil de résonance en mettant simplement un détecteur électrolytique et un téléphone en série avec une ligne privée.
Néanmoins, il est préférable d’avoir une antenne isolée indépendante du réseau téléphonique que l’on puisse modifier à volonté suivant les stations que l’on veut entendre, afin d'exécuter des recherches sur le réglage des antennes.
Prise de sol..
L'antenne doit être en bonne communication avec le sol ; M. Blondel (7) a donné en effet une théorie de l’antenne qui prouve que le rôle de la terre est de maintenir à la base de l’antenne un maximum de l'intensité électrique. Tout se passerait alors comme si l’antenne et son image électrique formaient un oscillateur de Hertz. Mais il faut supposer pour cela que le sol est un conducteur parfait.
On sait bien qu'il n’en est jamais ainsi. Il ÿ a sur le sol des aspérités qui gênent la circulation. Les courants pénètrent dans le sol jusqu’à une profondeur qui dépend de sa nature. Aussi les ondes se propagent-elles mieux au-dessus de la mer que sur la sur terre peut atteindre 100 kilomètres sur mer. Si le sol est trop mauvais conducteur, on peut constituer une image véritable de l’antenne à l’aide de ce qu’on appelle le contrepoids, qui peut différer de l'antenne par sa forme, pourvu qu'il ait une self et une capacité convenables.
On a constitué la terre à la Tour Eiffel à l’aide de