‹ Les Arabes en Syrie avant l'Islam. Avec 32 figuresChapitre 9 sur 87 · Renan, Journ. asiat.j 1882, I, p · texte numérisé non relu

Renan, Journ. asiat.j 1882, I, p

2, Ibidem, p. 21.

Pétra pour capitale; maîtres, dès le iv® siècle avant notre ère, des routes commerciales entre TÉgypte, la Syrie, TArabie et la Basse-Mésopotamie, les Arabes Nabatéens pénètrent peu à peu en TransJordanie*. Vers 85 avant notre ère, le roi nabatéen Arétas III occupe Damas, alors capitale du royaume séleucide, avec le consentement des habitants et prend, pour complaire à ses nouveaux sujets, le titre de Philhellène.

Pour une haute époque, l'introduction des Israélites en f Palestine est l'exemple le pins célèbre d'une infiltration d'éléments nomades en pays sédentaire. A en juger par les analogies, il est assez vraisemblable que les Israélites ne parlaient pas l'hébreu, dialecte cananéen, avant leur séjour dans la TransJordanie.

Les diverses traditions des Israélites conservent le souvenir de l'ancien état nomade. En particulier, il est intéressant de comparer l'onomastique de la famille abrahamique avec les anciens noms propres arabes dont le safaltique nous conserve une liste abondante.

Ainsi pour Ismaël, le safaïtique SvîûD^ est plus voisin de l'hébreu Sn^ÏQU^^ que l'arabe classique. Le nom du père d'Abraham Térah a été rapproché par M. Charles Daveluy du safaltique Tarah. Celte observation nous paraît en tout point justifiée. y

Les Massorètes ont vocalisé Térah ; mais les Septante ont transcrit @àpa ; quelques manuscrits donnent @appa par suite de la tendance à redoubler la liquide. D'autre part^ comme il est aisé de le montrer, les explications présentées jusqu'ici pour expliquer le nom du père d'Abraham ne sont guère acceptables.

1, Glermont-Ganneau, Leè J^abatéens dans le pays de Moab daas Recueil d'arch. or., II, p. 185*219.

16 LES ARABES EN STRIE AVANT L'iSLAM

Térah, on le sait, était fils de îiahor {Gen.j xi, 24). Il engendra Abram (Abraham), Nahor et Haran {ibid., 27) dans Ur, ville des Chaldéens {ibid.y 28). Puis, il partit de Ur pour venir en Canaan, s'arrêta en route à Harran, y demeura et y mourut {ibid., 31-32).

Appliquant la théorie de M. Stucken*, renouvelée de Dupuis, auteur de VOrigine de tous les cultes, M. Winckler explique l'histoire des patriarches comme une légende astronomique. Térah serait la déformation intentionnelle de Yérafy = assyr. «r^w, primitivement « le commencement d'une lune ». Ur-Kasdim, d'où venait Térah, s'identifie à la ville de Ur, dans le sud de la Babylonie, siège d'un culte lunaire. Harran, oîi mourut Térah, était un autre grand centre de ce culte. Il n'est pas impossible que les légendes des héros aient été parfois contaminées par les mythes astraux ; mais l'erreur est de vouloir tout expliquer ainsi.

Dans le cas particulier qui nous occupe, les Astralmythen^ quelque ingéniosité qu'on y mette, ne donnent pas la clé attendue. Si Térah n'était que la projection du dieu lunaire babylonien, il en résulterait qu'Abraham, son fils, serait le dieu solaire et Sarah la déesse Vénus (Ichtar). Mais les auteurs de la théorie affirment qu'Abraham est également un dieu lunaire et Sarah une déesse lunaire*. Un autre défaut du système est de pouvoir s'étendre à Saiil, à Jonathan, à

1. D'après M. Stucken et son école qui compte en Allemagne des savants émérites, les mythes anciens et les vieilles traditions historiques ne seraient que la projection sur terre du ciel astronomique. Les partisans de ce système sont à ce point hynoptisés par lui quUls n*hésitent pas à déformer les légendes pour les adapter au cadre de leur théorie. Dans sa pénétrante critique : Fantaisies biblico-mythologiques d'un chef d'école, dans Revue Biblique t 1905, p. 5-38, M. Emmanuel Gosquin, le savant folkloriste, a mis en évidence les procédés anti- scientifiques de M. Stucken et Ta convaincu de truquage.

2. Zimmern, dans Keilinschriften und das alte Testament^^ p. 364.

David, à Salomon*. Cela rappelle trop la mésaventure de Max MuUer converti en héros solaire.

Roberlson Smilh faisait de Térah un totem, car ce nom aurait signifié « chèvre sauvage, chamois » par comparaison avec le syriaque torho. M. Noeldeke n'a pas admis le rapprochement*.

D'après M. Jensen, Tarah serait une divinité qu'il retrouve en composition dans certains noms hittites'.

Aucune de ces théories — nous en passons, — n'est satisfaisante. Il y a donc place pour le rapprochement proposé par M. Daveluy : Térah serait simplement un nom propre d'homme, nom d'origine arabe ou tout au moins employé dans le désert de Syrie. i

Qu'il s'agisse des Israélites, des Nabatéens ou des musulmans du vu* siècle de notre ère, la même tentation de la Terre promise les agite et les mêmes difficultés se dressent devant eux. Après un premier effort, qui échoue, contre le sud de la Palestine fortement organisé et hérissé de places fortes, les hordes nomades reprennent leur élan vers la TransJordanie qu'elles enveloppent facilement. Il leur faut s'emparer de toute la contrée à l'est de la mer Morte et du Jourdain avant de pouvoir pénétrer dans le cœur du pays.

A cette pénétration pacifique ou violente mais continue,"^ à cette immigration des nomades en Syrie, correspond une émigration non moins continue des populations du Liban vers la mer. -^

La montagne, comme la steppe désertique^ atteint rapide-

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