‹ Les Arabes en Syrie avant l'IslamChapitre 34 sur 88 · Lidzbarski, Ephetneris^ I, p · texte numérisé non relu

Lidzbarski, Ephetneris^ I, p

lévy, mais M. Lidzbarski ne fait pas intervenir les, hiéroglyphes égyptiens . Est-il vraisemblable qu'un homme connaissant imparfaitement Técriture égyptienne ait pu Futiliser tout en s'en écartant? On pourrait soutenir que, précisément, sa connaissance imparfaite devait l'attacher à une imitation servile; mais nous nous trouvons toujours en présence de l'objection fondamentale tirée de la difficulté qu'il y a non à inventer des signes, mais à démêler phonétiquement les sons simples.

Le champ reste donc ouvert aux hypothèses nouvelles. Or, depuis 1900, les surprenantes découvertes qui se poursuivent dans nie de Crète ont apporté des données insoupçonnées à ce problème décevant. Le nom de Minos, ou tout au moins la civilisation qu'il représente^ est sorti du domaine de la légende pour rentrer dans celui de l'histoire. Les ruines de Gnosse qui remontent au xix* siècle avant notre ère, ont fourni des milliers de tablettes gravées de caractères énigmatiques. En dehors de la numération qui est décimale, M. Evans a reconnu trois sortes d'écriture. L'une, la plus ancienne, est pictographique; la seconde est dite hiéroglyphique; la troisième, linéaire. Celle-ci se divise en deux classes A et B, la première contenant encore quelques signes hiéroglyphiques.

La ressemblance entre un assez grand nombre des 34 signes linéaires; isolés jusqu'ici par M. Evans, avec les lettres de l'alphabet phénicien, ont conduit le savant explorateur de Gnosse à supposer que l'écriture égéenne avait été introduite en Palestine par les Philistins émigrés de Crète. A leur contact, les Phéniciens se seraient initiés au système crétois et en auraient extrait leur alphabets

i. Evnas, Salomon Reinach, Fries.

L'hypothèse, car il est entendu que ce n'est qu'une hypothèse, mérite considération puisque, d'autre part, on n'est pas parvenu à fixer l'origine de Talphabet phénicien. La comparaison entre caractères égéens et phéniciens restera forcément incertaine tant que la valeur des signes égéens ne sera pas déterminée.

Nous devons, en somme, laisser provisoirement en suspens la question de l'origine de Talphabet; mais, nous pouvons envisager un problème pour lequel nous possédons des documents plus sûrs, celui de la diffusion de l'alphabet.

Quel est l'alphabet type et comment s'est-il propagé?

Il est admis, môme par MM. Evans et Salomon Reinach ' que l'alphabet type est l'alphabet phénicien d'oîi dérivent tous les alphabets sémitiques et grecs. En ce qui concerne l'alphabet sabéen, nous avons constaté une plus grande affinité avec les alphabets grecs qu'avec le phénicien et, si les alphabets grecs dérivent du phénicien, nous sommes contraints d'admettre la succession suivante : phénicien, grec, sabéen. Mais puisque les Grecs possédaient depuis longtemps une écriture, il n'est plus certain a priori que l'alphabet phénicien soit antérieur aux alphabets grecs. Il y a lieu, tout au moins, de l'établir.

On fait valoir, en faveur de la dépendance de l'alphabet grec par rapport à l'alphabet phénicien, les arguments suivants * :

l"" L'identité primitive des caractères;

T L'ordre alphabétique identique de part et d'autre ; les

1. s. Reinach, L'Anthropologie^ 1902, p. 10 : « Les alphabets actaellement en usage chez les peuples civilisés dérivent tous de Taiphabet phénicien : c'est là un fait souvent affirmé et qui n*esl pas contestable. »

2. Nous avons communiqué le 10 mars 1905 un résumé de celte discussion à la Société Asiatique; cf. Journal Asialique, 1905, I, p. 357-361.

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lettres grecques dites supplémentaires étant rejetées après le tau ;

3^ La tradition des auteurs classiques;

4"" Le nom sémitique des lettres de l'alphabet grec.

Le premier argument établit simplement que les alphabets phénicien et grec dépendent l'un de l'autre.

L'ordre alphabétique appelle quelques observations. Il est identique de part et d'autre, à certains détails près. Pour l'alphabet grec^ les abécédaires et la valeur numérique des lettres s'accordent pour rejeter après le tau les lettres dites supplémentaires. Il semble donc que cet ordre alphabétique est l'œuvre d'un groupe ethnique, soit grec, soit phénicien^ qui n utilisait pas ces lettres supplémentaires.

Cependant, il existe une légère différence entre l'ordre grec et l'ordre phénicien. L'upsilon, correspondant au waw^ n'occupe pas la place de ce dernier, mais a été rejeté après* le tau taudis que le digamma a pris sa place. L'intérêt de ce fait tient à ce que, au moment où l'ordre alphabétique grec a été fixé à l'imitation de l'ordre phénicien, le digamma avait pris la valeur phonétique du 2^;a2^; phénicien, alors que primitivement c'était Tupsilon qui correspondait au waw. L'upsilon, à ce moment, n'ayant plus d'équivalent dans l'alphabet phénicien, a été rejeté après le tau.

On ne peut faire grand cas des témoignages anciens, car ils sont contradictoires. Kirchhoff,bienque cette contradiction semble lui avoir échappé, ne se faisait pas d'illusion sur la valeur des renseignements fournis par les auteurs classiques sur l'origine de l'alphabet. « Le seul fait vraiment historique, rapporté par les traditions antiques, est celui de l'origine phénicienne de l'alphabet grec ; mais nous serions contraints de laisser en suspens cette question, si nous ne

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nous trouvions en état de la corroborer par ailleurs et de prouver qu'elle est fondée. Aussi bien, c'est uniquement la connaissance de Falphabet phénicien et non la tradition qui nous a donné cette assurance et qui, seule, pouvait nous la donner' ».

Cependant, les anciens eux-mêmes ont gardé le souvenir de l'écriture mycénienne et les Cretois qui l'avaient plus particulièrement pratiquée s'attribuaient l'invention de l'alphabet. M. Salomon Reinach a insisté notamment sur le passage de Diodore de Sicile (Y, 74) qui accorde aux Phéniciens non l'invention, mais une transformation de récriture. Cette écriture « modifiée, dit Diodore, est devenue celle de la plupart des hommes et ainsi s'explique la désignation (de lettres phéniciennes) usitée chez les Grecs * » .

On peut ajouter à cet important témoignage un autre texte auquel les récentes découvertes en Crète donnent une valeur inattendue. Au mot ^omxi^ïa ypi[t,\MxoL^ Suidas note ceci : « Les Lydiens et les Ioniens prétendent que les lettres sont appelées phéniciennes de leur inventeur Phoinix, fils d^Agénor. A cela les Cretois répondent que les lettres sont dites phéniciennes à cause de la coutume en usage, lorsqu'elles furent inventées, d'écrire sur des feuilles de palmier ». Ce n'est pas là une étymologie fantaisiste, car les focvixoYpafoi tiraient leur nom des feuilles de palmier dont l'emploi comme matériel à écrire s'est conservé jusqu'à l'époque classique pour les prophéties d'Apollon et les actes des temples*.

1. A. Kirchhoff, Studien zur Qesehichte des grieehisehen Alphabets^, iSSJ, p. i;

2. Salomon Reinach, Témoignages antiques sur Vécriture mycénienne^ dans V Anthropologie, 1900, p. 497-502.

3. Athenisehe MUtheilungen, t. XI, p. 288; t. XI V, p. 254; et lioscher's Lexikon, II, 892. Comparer le procédé chinois d'écriture sur lamelles de bambou.

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11 nous reste à examiner le dernier argument : le nom phénicien des lettres grecques. Ici^ comme pour Tordre alphabétique, nous pouvons admettre Faction des Phéniciens^; mais il ne s'ensuit pas que la chose ait été empruntée avec le nom. Si, par exemple, nous reconnaissons au grec pa(TuX(a une origine sémitique, il est cependant certain que les populations domiciliées en Grèce vénéraient des bétyles bien avant qu'elles aient pu emprunter le mot sémitique. Tous les jours nous observons qu'une vieille coutume reçoit chez nous un nom étranger et reprend sous lui une vogue nouvelle. On peut donc reconnaître le sémitisme des noms portés par les lettres grecques, sans être tenu d'en conclure l'origine phénicienne de l'alphabet grec.

La dernière tentative pour démontrer l'origine phénicienne des noms des lettres est due à M. Lidzbarski'. Le savant sémitisant remarque très justement qu'on a eu tort d'utiliser les noms sémitiques des lettres comme s'ils représentaient la forme primitive, tandis qu'en réalité l'orthographie de ces noms a certainement subi des modifications phonétiques à la suite d'un long usage et même sous l'influence d'une méprise sur leur signification*. Partant de là^ M. Lidzbarski recherche le sens primitif des noms des lettres, même au prix de déformations considérables qui restent forcément hypothétiques. Parmi les solutions proposées, deux nous intéressent plus particulièrement. La forme ancienne ànlamed phénicien est, croit-on, celle d'un aiguillon pour les bœufs. Cependant, l'aiguillon ne se dit pas lamed^ mais malmad ou malmed. 11 faut

1. Noeldeke, Die semUischen Buchstabcnnamenj dans Beitrdge zur semit. SprachenwUsenschaft^ p. 124-136, repousse pour le nom des lettres grecques toute intervention de i'araméen.

2. Lidzbarski, Die Namen der Alphabeihuchstaben^ dans EphemeriSf II, p. 125-439.

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