‹ Les arbres de commerce de la province de QuébecChapitre 3 sur 22 · FIN BLANC · texte numérisé non relu

FIN BLANC

Pinus sirobuSy Linn. — Pin Weymouth, Pin de Lord Weymouth, Weymouth Pine, White Pine, New England Pine, Apple Pine, Pumpkin Pine, Sapling Pine, des Américains, et Yellow Pine, des marchés anglais.

Cet arbre, indigène à l'Amérique du Nord, fut introduit en Angleterre par la duchesse de Beaufort, en 1705. Un peu plus tard. Lord Weymouth en fit dans son domaine de Longleat, dans le Wiltshire, des plantations considérables et qui réussirent si bien

que dès 1720 les arbres provenant de ces plantations produisaient déjà des graines parfaites. Ce succès attira tellement Tattention, que Ton donna à ce nouvel habitant des forêts d'Angleterre le nom de celui qui avait si bien réussi à Vy acclimater.

Le pin blanc n'est pas exigeant sur le choix des situations : il s'accommode des sols minces, pauvres, sableux ; il pousse sur les rochers à peine recouverts de terre, à travers les cailloux, dans les terrains maigres et humides des épinettières, sur les pointes de sable des bords des lacs, sur les arêtes des falaises rocheuses, dans les platins de sable d'alluvion formés par les méandres des rivières, dans les terrains riches des coteaux de bois francs. Les terrains granitiques, rocheux, rugueux et accidentés des Laurentides, dans la contrée du St-Maurice et de l'Ottawa, sont son domaine de prédilection. Ses immenses racines lui permettent d'aller chercher au loin les substances nécessaires à sa croissance et de s'installer aussi bien sur les rochers dénudés et les coteaux de gravier, que dans les sols profonds et riches, qui environnent les protubérances rocheuses des terrains huroniens. C'est dans ces terrains huroniens que se trouvent les plus belles pinières de l'Ottawa, Les plus beaux massifs recouvrent les platières d'alluvions sableuses des rivières et les plus beaux arbres, sous le double rapport des dimensions et de la qualité du bois, sont ceux qui poussent dans les terres riches, entremêlés aux bois francs. Les '^ pinières pures ", ou forêts composées exclusivement de pins, sont très rares ; on trouve dans les hauteurs de la région de l'Ottawa,

principalement dans les vallées des rivières Noire et Coulonge, des massifs d'une aire relativement considérable ; mais presque partout le pin est entremêlé à d'autres espèces, aux bois francs sur les hauteurs, à répinette sur les rochers et dans les terrains bas.

Dans notre province, la limite du pin blanc ne dépasse pas 49° de latitude et l'on n'en a pas vu au delà de la rivière Mingan, qui débouche dans le St- Laurent un peu à l'est de 64° de longitude. Plus bas que le Saguenay, il est très rare et les arbres épars que l'on voit dans le voisinage de la côte suffisent à peine à démontrer que cette espèce forestière peut croître dans ces régions. Il y en a de jolis massifs dans le comté de Charlevoix, entre le Saguenay et la rivière Malbaie. Mais les pinières susceptibles d'exploitation n'existent que dans le territoire du St-Maurice et surtout dans celui de l'Ottawa. Les plus belles et les plus abondantes se trouvent dans le comté de Pontiac, où se trouvent les seules pinières pures qui nous restent. Viennent ensuite, dans le comté d'Ottawa, celles de la Gatineau et de la rivière du Lièvre.

L'abbé Brunet, dans son Catalogue des Végétaux Ligneux du Canada^ assigne au pin blanc les dimensions suivantes : ^^ hauteur, 160 pieds ; diamètre, 6 pieds. " L'abbé Provancher, dans sa Flore Canadienne^ dit que cet arbre porte souvent, un tronc de 100 à 125 pieds, sans branches ni ramifications, et de 5 à 7 pieds de diamètre. Il y avait peut-être autrefois dans nos forêts des arbres de ces dimensions colossales ; il est même possible qu'il y en ait encore, mais je n'en ai pas vu dans mes courses à travers les

pinières de l'Ottawa. M'est avis que pour rester dans les limites de la réalité, des fins pratiques, il faut réduire de bien près de moitié les chiffres donnés par l'abbé Brunet.

De toutes nos espèces forestières, le pin blanc est sans conteste la plus précieuse. Ses grandes dimensions, sa résistance aux atteintes de la pourriture, quand il est exposé aux alternances de sécheresse et d'humidité, la légèreté, l'homogénéité de son bois, la finesse de son grain, la facilité avec laquelle il se travaille, la qualité qu'il a de ne pas se fendiller en séchant, de ne pas se tourmenter ni de gauchir une fois sec, le rendent propre à presque tous les usages — construction des navires, des bateaux, des quais, des maisons, des ponts, charpenterie, menuiserie, meublerie, tonnellerie, sciages, fabrication du bardeau, des boîtes d'emballage, des allumettes, tournage, etc. A la vérité, l'usage du pin blanc n'est limité que par son prix, qui est élevé, surtout depuis les dernières années. Dans l'est de l'Angleterre, il est principalement employé par la meublerie ; mais dans l'ouest, en sus de cet usage, il fournit aussi la plus grande partie des matériaux employés pour faire la charpente et les boiseries de maisons.

Ainsi qu'il arrive pour beaucoup d'autres bois, la qualité de notre pin blanc se ressent joliment des situations dans lesquelles il croît. Le bois des arbres qui ont poussé dans un sol friable, profond et frais est léger, a le grain plus fin, est de contexture si compacte, qu'il se polit presque aussi bien dans le sens transversal que dans celui des fibres et se prête

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admirablement à la sculpture ; le bois des arbres qui ont poussé dans un terrain sec, élevé, est ferme, résineux, mais a le grain plus grossier. Ce bois, qui est aussi plus pesant que l'autre, est désigné en certains endroits sous le nom de Sapling Pine^ " plantard " ou jeune pin, parce qu'il a moins de diamètre que les arbres croissant dans des situations plus favorables et semble être plus jeune.

Au commencement du dernier siècle, un nommé Copeland, marchand de bois et constructeur, appelé à rendre témoignage devant un comité de la Chambre des Communes, en Angleterre, émit au sujet de notre pin blanc, comparativement à celui de la Baltique, l'opinion suivante :

"Le pin d'Amérique est de qualité beaucoup inférieure, beaucoup plus môu de sa nature, pas aussi durable et très sujet à la pourriture sèche. De fait, il n'est permis à aucun ofl&cier public de l'employer pour les travaux du gouvernement, de même qu'à Londres il n'est jamais employé dans la construction des meilleures maisons ; il n'y a que les spéculateurs qui sont induits à l'employer par le fait que son prix est bien moins élevé que celui du pin de la Baltique. Si vous placez deux planches de pin américain l'une sur l'autre, presque invariablement elles seront jusqu'à un certain point atteintes de la pourriture sèche. "

Pendant longtemps cette opinion prévalut en Angleterre ; elle fut même partagée par les officiers du génie et de la marine, qui proscrivaient notre pin blanc au bénéfice de celui de la Baltique et dans le commerce ordinaire, le pin du Canada ne réussissait

que par son bas prix à prendre place sur le marché anglais. On est revenu de ces préjugés, heureusement : aujourd'hui le pin blanc du Canada entre pour sa large part dans l'approvisionnement des arsenaux et des chantiers du gouvernement impérial ; le commerce le recherche de plus en plus et l'élévation de son prix est la seule raison qui limite son emploi pour les usages ordinaires. Tout de même, ilest très employé dans la charpenterie, la menuiserie, la meublerie et la carosserie.

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