‹ Les Arbres fruitiersChapitre 10 sur 59 · SES PRINCIPAUX ORGANES ET LEUR FONCTIONNEMENT · texte numérisé non relu

SES PRINCIPAUX ORGANES ET LEUR FONCTIONNEMENT

Pendant fort longtemps, la culture des arbres fruitiers a été surtout un art empirique , ne s'app uyant que fort peu sur les connaissances de la vie organique des végétaux.

Beaucoup de jardiniers ne considèrent encore que l'extérieur des arbres; « le fond leur échappe sans cesse; ils ne voient, ne touchent que des formes, des écorces » .

Il y a cependant, sous cette écorce, une machine compliquée dont les organes et les fonctions contribuent, dans une puissante mesure, à la fructification de l'individu.

Un arbre est un être vivant composé d'organes ou appareils, dont le fonctionnement est indispensable ou seulement utile à la vie végétale. Si donc nous étudions les organes végétaux et

l'arbre fruitier 5

leurs fonctions, nous pourrons voir quels sont ceux de ces organes ou celles de ces fonctions sur lesquels notre action s'impose, et dans quel sens cette action doit être exercée.

Les principales parties de l'arbre qu'il nous faut étudier pour cela sont :

1° La racine, chargée de prendre, pour les transmettre à la plante entière, ses principaux aliments ;

2° La tige et les branches, sorte de système de canalisation disposé pour la circulation du liquide nourricier ;

3° La feuille, appareil par lequel la plante assimile, respire et transpire ;

4° La fleur, réunion d'organes de la génération dont le rôle naturel est d'assurer la reproduction de l'espèce, et le rôle artificiel celui de nous procurer le fruit ;

5° Le fruit, enveloppe protectrice de la graine et, généralement, chez les arbres fruitiers, partie comestible.

La Racine. — La racine est la partie souterraine de l'arbre ; son caractère particulier est de

t'ig 1. — Racine pivotante.

croître constamment de haut en bas et de ne point porter de feuilles ni d'organes foliacés; elle est chargée de saisir dans le milieu où elle plonge, pour les transmettre à la plante entière, les principaux aliments de celle-ci.

La racine est pivotante (fig. 1) quand sa partie principale, longue, pousse droit, de haut en bas, et s'enfonce profondément dans le sol (poirier franc, amandier, pêcher, etc.);

Fig. 2. — Racine traçante ou fasciculée.

Quand la partie principale est restée courte et que ses ramifications secondaires, poussant obliquement sur les côtés, ont pris beaucoup d'extension, on donne à tout ce système le nom de racine traçante ou fasciculée (fig. 2) : cognassier, vigne, framboisier.

Si l'on place une branche de vigne dans cer-

taines conditions de chaleur et d'humidité, ce rameau émet des racines ; on leur donne le nom de racines adventives, ainsi qu'à toutes celles qui naissent dans les mêmes conditions.

Les racines se ramifient plus ou moins, selon les circonstances ou les milieux. On a constaté que c'est seulement par les parties extrêmes et jeunes de leurs dernières divisions que se fait l'absorption de l'eau du sol et des aliments dissous dans cette eau. 11 y a donc intérêt pour l'arbre : 1° à favoriser la multiplication infime de ses racines; 2" à hâter l'allongement rapide des dernières ramifications de celles-ci, de manière que ces extrémités absorbantes soient toujours jeunes. On obtient ces résultats par l'ameublissement du sol, l'habillage des racines, les transplantations successives, l'application des engrais, etc. (Voyez plus loin ces questions.)

La Tige et ses ramifications. — La tige est la partie droite et cylindrique qui relie les racines aux régions élevées de l'arbre . La tige est nue jusqu'à une certaine hauteur, où elle commence à se ramifier en subdivisions ayant la même consti-

tution anatomique.

Ces subdivisions sont les branches. La racine, la tige et les branches constituent un vaste système de canaux disposé pour la circulation des liquides nourriciers.

Une tige naissante porte sur sa surface des sortes d'organes que les botanistes appellent bourgeons et que les jardiniers appellent yeux. C'est surtout quand la tige de nos arbres a atteint sa hauteur normale que les yeux avoisinant son sommet commencent à s'allonger en branches. Si l'on voulait que les branches se développassent plus bas, il faudrait abaisser le sommet végétatif de la tige au point où l'on désirerait provoquer ce développement. Abaisser le sommet végétatif d'une tige en un point donné, c'est tronçonner la tige en ce point, qui doit toujours être marqué par la présence d'un bourgeon. On peut aussi déplacer le sommet végétatif d'une branche naissante ou ancienne, et cette opération est une des pratiques les plus fréquentes de l'arboriculture, celle sur laquelle reposent à la fois et l'obtention des formes et celle des fruits.

Il est bon de savoir aussi qu'il existe une cer-

Bellair. — Les Arbres fruitiers. 1.

taine solidarité entre les branches d'un arbre et les ramifications souterraines correspondantes.

Si l'on coupe, par exemple, le pivot d'une racine en même temps que l'on provoque la ramification de ce pivot, on facilite aussi la ramification de la tige du sujet. Si c'est une racine latérale que l'on retranche, les branches du sujet situées du même

Fia. 3 Coupe transversale d'une jeune tii,'e, m. mocllo ; ly, }g' masse

du hois formée de couches Ugneueee ou annuelles concentriques, à travers l<-si|u«'l les se dessinent dee lignes plus claires tracées par los rayons médullaires, rm ; ec, l'écorce enliiT<-

côté que la racine amputée éprouvent un ralentissement très prononcé de croissance. Ces connaissances, dues aux observations de Payer, peuvent aussi donner lieu à des pratiques horticoles d'une haute importance.

Quand on étudie la coupe transversale d'une jeune tige d'arbre (fig.3), on remarque, au milieu,

l'arbre fruitier 11

l'étui de la moelle ; puis, en allant vers la circonférence, et disposés concentriquement, le corps ligneux, Yaubier, la couche génératrice et Yécorce.

C'est par la couche génératrice que se fait la croissance de la tige en diamètre. Toutes ces parties sont formées par l'agrégation intime de petites poches (cellules), ou de tubes plus ou moins longs (vaisseaux, fibres). Le liquide nourricier absorbé par les racines, la sève brute, comme on l'appelle encore, monte à travers le tissu du corps ligneux et de l'aubier. La sève élaborée, ou sève plastique, circule par la couche génératrice.

Les principaux facteurs de l'ascension et de la circulation de la sève Sont la pression ascendante des liquides absorbés par endosmose, la capillarité des tissus ligneux, l'imbibition de ces tissus, la transpiration des parties aériennes, le passage d'une température à une autre plus chaude et la formation de nouveaux organes tels que rameaux, feuilles, etc.

Le jardinier peut avoir une action au moins sur certains de ces facteurs et activer ou ralentir à son gré ces phénomènes, selon qu'il veut hâter ou diminuer la croissance de l'arbre.

La manifestation de l'endosmose, par exemple, ainsi que l'imbibition cellulaire, sont liés à l'état hygrométrique du sol. Dans un sol sec, l'endosmose et l'imbibition sont moindres que dans un sol qui vient detre humidifié par un arrosage.

La transpiration des parties aériennes peut être accélérée par un aérage plus large et une insolation plus puissante ; de là l'utilité de cultiver certaines espèces à des expositions particulières ; de là aussi l'importance qu'il y a à laisser et à maintenir entre les branches, quelle que soit leur nature, un certain éeartement.

La Feuille. — On appelle feuilles ces organes plats, ces sortes de lames vertes que portent les plantes. Chez tous nos arbres fruitiers, les feuilles sont soutenues par un support appelé queue ou pétiole.

Les feuilles des plantes remplissent surtout trois fonctions : elles respirent, elles assimilent, elles transpirent.

Dans son épaisseur, la feuille contient des sortes de petites chambres aériennes {chambres respira-

l'arbre fruitier 13

toires), qui communiquent avec l'extérieur par des ouvertures dites stamates.

Sous l'action de la lumière, l'air des chambres respiratoires est modifié : il abandonne le carbone de son acide carbonique au profit de l'arbre, alors que son gaz oxygène, mélangé d'une très minime quantité d'acide carbonique, est rejeté. Si la feuille est faiblement éclairée, l'oxygène exhalé diminue, l'acide carbonique augmente.

Dans l'obscurité complète, la feuille n'exhale plus que de l'acide carbonique. Ainsi, la respiration diurne des feuilles correspond à un gain de carbone, c'est-à-dire à une augmentation de la masse de l'arbre, mais si la lumière est moins vive, diffuse, ce gain, cette augmentation de la masse décroissent. L'importance de l'illumination, dans la culture des arbres, est donc capitale ; c'est en partie pour cela que les arboriculteurs ont entrepris de diriger les arbres fruitiers sous une forme régulière et de régler, d'une manière précise, la distance qui doit séparer leurs différentes branches.

Les feuilles sont encore des organes de transpiration, c'est-à-dire que la sève arrivée dans leurs tissus y perd, par évaporation, une partie de son

aquosité. Il se produit ainsi, dans les régions élevées de l'arbre, des vides qui appellent sans cesse la sève brute des régions inférieures, c'està-dire l'eau terrestre que puisent les racines. A ce second titre, l'arboriculteur doit être très circonspect dans l'application des procédés de culture qui entraînent sur les arbres la suppression d'une certaine quantité de feuilles.

La dernière fonction de la feuille, la plus importante peut-être, est la fonction d'assimilation. C'est à la suite de cette fonction que les matières minérales contenues dans la sève brute sont métamorphosées en éléments organiques, tels que fécule, amidon, sucre, albumine végétale, etc. Ces matières organiques, qui se dissolvent dans l'eau de constitution des plantes, circulent avec elle sous le nom de sève plastique, sève élaborée, en passant par les couches génératrices des branches et de la tige. La sève élaborée, qui se dissémine dans tout l'arbre pour suffire à son accroissement général, s'amasse surtout dans certains organes tels que boutons à fruit, fleurs, fruits, graines. Les feuilles préparent donc la fructification des arbres, mais leur travail d'assimilation ne s'effectue

l'arbre fruitier 15

qu'autant qu'elles sont bien vertes et influencées par une chaleur et une lumière assez considérables.

Ces connaissances nous démontrent une fois de plus l'importance des feuilles et l'inconvénient grave qu'il y aurait à en réduire le nombre d'une manière trop radicale. Il semble établi, au contraire, que nous devons surtout chercher à augmenter la surface des branches, et par conséquent le nombre des feuilles, afin qu'en le moins de temps possible il soit produit une somme de matériaux plastiques suffisante pour provoquer la fructification. Ce but ne sera atteint que par une taille excessivement modérée.

C'est aussi sur le mode de circulation de la sève plastique que sont basées certaines opérations horticoles, telles que l'incision annulaire, décrite plus loin.

Quand elles sont voisines des fleurs ou des fruits, les feuilles deviennent d'une importance remarquable. Le docteur Sachs a observé que, si l'on supprime les feuilles qui avoisinent immédiatement une fleur, celle-ci avorte, faute, sans doute, d'une quantité d'aliments plastiques suffisante qui ne peut pas lui être envoyée par les autres feuilles

trop éloignées. Si on enlève toutes les feuilles qui entourent immédiatement un bouquet de poires, celles-ci cessent de croître. Sur une branche fruitière de poirier, si les yeux de la base sont trop éloignés du sommet végétatif de cette branche, dont les feuilles, plus nombreuses, plus larges, plus éclairées, plus actives, produisent en abondance la sève plastique, ils restent inertes parce qu'ils ne peuvent point recevoir de ce sommet trop élevé la matière plastique nécessaire à leur métamorphose en organes fructifères.

Les Bourgeons. — Le bourgeon des botanistes, l'œil des jardiniers, est cet organe qui se trouve sur les rameaux, à l'aisselle des feuilles; il est couvert d'écaillés et d'un volume variable, suivant l'es espèces, sa position et sa nature. Le bourgeon n'est autre chose qu'un rudiment de rameau.

Quand il termine une tige, une ramification, le bourgeon est dit terminal. Quand il est situé sur les côtés de cette tige, on l'appelle latéral, (fig. 4b J )

Certains bourgeons, au lieu de produire des rameaux, donnent des fleurs; ils ont une conformation particulière ; sur le poirier, le pommier, on

l'arbre fruitier 17

les reconnaît à leur aspect gonflé et à la place qu'ils occupent généralement, à l'extrémité de rameaux courts et ridés (fig. 4 b).

Le bourgeon à fleur procède du bourgeon normal, et cette transformation du bourgeon normal est un des objets de la taille des arbres fruitiers.

Quand les bourgeons normaux et à fleurs se développent au printemps, comme les feuilles n'existent pas encore, ils empruntent nécessairement, pour s'allonger, les matériaux dont l'arbre possède une provision dans Poute branche de P oi-

.■ ' r\ i • • i rior portant un bour-

ses tissus. Cette provision de ma- . „ , . ,

i geon a ileurs b, etqucl-

tériaux, le tailleur d'arbre doit i nes P otlts bour s eons

à bois b' à plusieurs

la ménager en supprimant le degrés de développemoins possible de branches et de ment ' rameaux, qui en sont comme les détenteurs.

Fig. 4.

La Fleur. — Jusqu'ici, nous n'avons étudié que des organes et des fonctions qui ont pour objet de conserver l'arbre, de prolonger le phénomène de

sa vie individuelle. Le rôle de la fleur et de ses fonctions est plus important, c'est d'assurer la multiplication de l'espèce, sa descendance.

La fleur, pour ces raisons, se définit l'ensemble des organes, les uns actifs, les autres neutres, qui assurent la reproduction de l'espèce.

Les organes neutres de la fleur sont constitués par ce que les botanistes appellent le calice et la corolle; ils protègent les organes actifs ou sexuels, mais on peut les enlever sans que le rôle de ceux-ci soit empêché, sans que la descendance de l'arbre soit absolument compromise.

Les organes essentiels, organes sexuels mâles et femelles, se trouvent associés de différentes façons. Chez les poirier, pommier, cerisier, pêcher, amandier, les deux sexes étant réunis dans la même fleur, celle-ci est dite hermaphrodite. Chez le châtaignier, le noyer, le noisetier, chaque fleur a un sexe particulier, mais les fleurs mâles et les fleurs femelles étant réunies sur le même individu, on dit ces arbres monoïques. Les dattiers, au contraire, sont des arbres dioïques, parce que les deux sexes y sont portés sur des individus distincts.

Les organes mâles (é famines) contiennent le

l'arbre fruitier 19

pollen ou matière fécondante : c'est une sorte de poussière fine. Lorsqu'un grain de cette poussière se trouve placé dans des conditions particulières sur le stigmate de l'organe femelle, il gonfle, crève et produit une sorte de boyau qui pénètre l'organe femelle {style, ovaire) jusqu'à Yovule ou future graine qu'il féconde par son contact. Le résultat de la fécondation c'est la formation de la graine et le grossissement du fruit.

Ainsi, la conséquence normale de la floraison, c'est la fécondation et la fructification.

On avance, depuis longtemps, que certaines opérations, qui altèrent et meurtrissent plus ou moins les arbres, ont pour résultat de provoquer chez eux l'apparition des fleurs. Le fait est vrai, mais il arrive trop souvent que ces fleurs sont stériles; c'est pourquoi nous recommandons une certaine circonspection dans la mise en œuvre de ces pratiques.

La principale cause déterminante de la formation des fleurs, c'est l'âge des arbres, l'âge adulte. Viennent ensuite la prédisposition naturelle, le greffage sur certains sujets ou sur des arbres déjà adultes (exemple : le poirier greffé sur

cognassier, le pommier sur paradis donnent très rapidement des fruits), l'intensité de la lumière et de la chaleur pendant la végétation active, etc.

Nous avons vu que la lumière, la chaleur peuvent être artificiellement augmentées.

Le greffage, dans les conditions précitées, est une opération facile (Voir page 71).

Reste donc l'âge de l'arbre. Le jardinier peut-il avoir une action sur ce puissant facteur de la floraison? Peut-il avancer l'âge adulte de l'arbre, son âge pubère, si je puis m' exprimer ainsi? Oui, il le peut par le seul fait de la taille et de la culture ; il peut communiquer à ses arbres une certaine précocité, mais, pour ce faire, il devra user de procédés analogues à ceux employés pour hâter la précocité des animaux, il devra procurer aux arbres une alimentation copieuse par l'emploi d'engrais riches et appropriés ; il devra hâter, par tous les moyens, l'extension rapide de l'arbre tout entier. L'âge adulte, en effet, correspond chez tous les êtres au développepement complet de leur masse organique.

Plus tôt l'arbre aura atteint ce développement, plus tôt il donnera des fleurs et des fruits.

l'arbre fruitier 21

Cette théorie, basée sur de nombreux faits d'observation, et qu'il serait d'ailleurs facile de raisonner avec les données de la physiologie végétale pure, cette théorie conduit nécessairement à la condamnation absolue de ces procédés de l'arboriculture qui consistent à assigner aux arbres un espace souvent trop petit, des dimensions souvent trop restreintes.

D'autres causes antagonistes de celles que nous venons d'étudier peuvent amener l'avortement de la floraison et, par conséquent, celui de la fructification. Ces causes sont surtout les pluies et les froids : les pluies, parce qu'elles entraînent hors de portée de l'organe femelle la matière fécondante dont l'action est perdue ; le froid, parce qu'il paralyse l'action fécondante. De là l'utilité des chaperons, des auvents, des abris contre les pluies et les gelées.

Le Fruit. — Le fruit des botanistes, c'est l'ovaire fécondé et grossi. Pour nous, c'est la partie comestible ou l'enveloppe protectrice de la graine ; on l'appelle péricarpe.

Les fruits sont charnus ou secs. Le fruit charnu

a un péricarpe composé d'une substance tendre et succulente ; il ne s'ouvre pas à la maturité des graines, mais pourrit autour d'elles. Exemple : poire, pomme, pêche.

On a classé les fruits charnus en baies et drupes.

Dans les baies, tout le péricarpe est charnu, les graines y sont à l'état nu et libre. Exemple : raisin, groseilles diverses.

Dans la drupe, le péricarpe n'est charnu que depuis l'extérieur jusqu'à une certaine profondeur; la partie tout à fait profonde est dure ou cornée ; elle constitue le noyau ou les loges.

Les fruits en drupe ou drupacés sont la poire, la pomme, la pêche, la cerise, l'abricot, la prune, la noix, l'amande, la nèfle.

Les horticulteurs appellent drupes à pépins ou fruits pomacés les poires, pommes; et drupes à noyaux les pêches, prunes, etc. Ils n'admettent pas non plus la noix ni l'amande parmi les fruits charnus. Cependant, au point de vue botanique, il n'y a entre ces fruits et une pêche aucune différence. Le péricarpe charnu existe de part et d'autre ; seulement, dans la noix où il constitue le brou et dans l'amande, ce péricarpe n'est point

comestible. Chez le noyer ou l'amandier (fig. 5), ce n'est pas le fruit, c'est la graine que l'on consomme. Chez le figuier, le fruit est une petite drupe, mais ce que l'on mange, la figue, est un réceptacle concave, presque fermé, devenu pul-

Fig. 5. — Fruit do l'Amandier : A tout entier, B coupé longitudinalement.

peux, comestible, et portant sur sa paroi interne une agglomération de petites drupes.

Les fruits secs cultivés sont des akènes; on appelle ainsi un péricarpe sec indéhiscent et ne renfermant qu'une graine. Exemple : noisette, châtaigne.

La production des fruits appauvrit énormément

l'arbre en matière ou sève plastique ; elle l'appauvrit au point qu'il peut résulter d'une abondante récolte la stérilité complète pour l'année suivante. C'est dans la crainte de cette stérilité que par les années d'abondance on pratique « F éclair cie des fruits ». (Voyez plus loin.)

Art. II. — Le Sol.

Le sol est le milieu où les plantes puisent par leurs racines les aliments destinés à leur accroissement.

Selon leur composition physique, les sols sont légers ou compacts, chauds ou froids. Les sols légers, ceux qui contiennent beaucoup de sable siliceux ou calcaire, se prêtent peu à la culture des arbres fruitiers ; ils sont trop secs. Les sols compactes, c'est-à-dire riches en argile, ne sont guère plus favorables, surtout dans le Nord, à cause de leur humidité trop grande.

Le meilleur sol est celui qui tient le milieu entre ces deux extrêmes ; il a une consistance et une fraîcheur moyennes. Son épaisseur aussi a une grande importance en arboriculture; quand elle

LE SOL

mesure 60 à 80 centimètres, elle est bonne. Audessous de cette épaisseur se trouve une terre de composition physique différente qu'on appelle le sous-sol. Le sous-sol sera perméable. Au besoin, et par son mélange avec le sol, il peut servir à en modifier la nature.

Les meilleures terres pour la culture des arbres fruitiers sont les terres franches dites à blé, puis les terres argilo-sableuses dans le midi delà France et sablo -argileuses dans le nord.

Situation et exposition du sol. — Selon la configuration du lieu, le sol peut faire partie d'une plaine ; il peut être, si le pays est montagneux, dans la vallée, sur un plateau ou à mi-côte et, dans ce dernier cas, il est à telle ou telle exposition : nord, sud, est, ouest.

Les situations en plein vent sont généralement bonnes.

Les coteaux ou situations sur les flancs des hauteurs ne valent que par leur exposition.

Au nord, ils sont froids, leurs produits sont tardifs.

Au midi, ils sont très chauds. Les fruits y mû-

Bellair. — Les Arbres fruitiers. 2

rissent rapidement. C'est qu'en effet un sol incliné à l'exposition du midi correspond à un sol plat qui serait sous une latitude méridionale.

A l'ouest, les coteaux sont à la fois chauds et humides.

A l'est, ils s'échauffent rapidement le matin et sont sujets aux dégels subits, très préjudiciables aux arbres en fleurs.

Disons aussi que selon les localités ces expositions sont plus ou moins bonnes, plus ou moins mauvaises. Ainsi l'exposition du midi, si recherchée au nord de Paris, l'est beaucoup moins dans la région méridionale de la France. Les fonds de vallées sont généralement froids, humides, brumeux et, pour ces raisons, impropres aux cultures fruitières. En 1879, on a vu le thermomètre accuser, dans les vallées, des températures inférieures à celles des coteaux ou des plateaux.

Quant à ces derniers, ils sont généralement très exposés aux vents qui dessèchent, font avorter les floraisons et provoquent la chute des fruits.

Surface. — La surface du sol plantée en arbres fruitiers est influencée par la nature des essences

LE SOL

choisies, par le temps et l'argent que l'on désire dépenser à son entretien annuel.

Un seul homme peut diriger un demi hectare planté en essences diverses, et un hectare tout entier si celui-ci est planté en une seule essence.

Clôtures. — La surface étant définie, il faut la clôturer pour la mettre à l'abri des maraudeurs et des animaux errants.

La meilleure clôture d'un jardin fruitier, sous le climat de Paris et du nord, est le mur, à cause de sa solidité d'abord, ensuite parce qu'il permet la culture en espalier (culture faite le long des surfaces murales).

Dans ce cas, le mur devient pour les arbres un abri, non plus seulement contre les maraudeurs, mais aussi contre les intempéries.

Les murs les plus longs sont autant que possible dirigés du nord au sud . Les murs dirigés de l'est à l'ouest auront au contraire moins de développement, à cause de l'infériorité que présente leur face exposée au nord. Une hauteur de 3 mètres est celle qu'il est préférable d'adopter.

Les murs sont construits en pierre ou en brique.

Les joints doivent en être soigneusement cimentés pour ne point servir de refuge aux insectes. Toute la surface en est tenue bien blanche par des chaulages annuels ou bisannuels.

Le sommet du mur est couronné par un chaperon, qui déborde légèrement à la façon d'un toit. Il protège le mur et les arbres en espalier contre la pluie dont il rejette les eaux à distance. Le chaperon aura une saillie de 15 à 18 centimètres, pas davantage. On le construit le plus souvent en tuiles.

Fig. 6 et 7.

Abri vitré mobile.

A 6 ou 8 centimètres sous le chaperon, et tous les 2 ou 3 mètres environ, il est scellé des potences en fer chargées de supporter des abris vitrés mobiles (fig. 6 et 7), ou des auvents, sortes de paillassons de 30 à 40 centimètres de large (fig. 8), que

LE SOL

l'on place à volonté au-dessus des arbres en espalier pour les préserver des froids ou des pluies à certaines époques.

Les murs doivent encore être garnis d'un treillage; c'est un assemblage de fils de fer tendus horizontalement et de baguettes en bois fixées perpendiculairement à ces fils. Les fils , les

Fig. 8. — Potences en fer supportant un auvent.

baguettes sont plus ou moins rapprochés, selon que l'on cultive telle ou telle essence.

Bellair. — Les Arbres fruitiers. 2.

Eau. — Bien qu'elle ne soit pas absolument indispensable, l'eau peut rendre des services dans un jardin fruitier, où elle sert à arroser les jeunes arbres nouvellement plantés et à mouiller les feuillages quand cela est nécessaire.

Amendements. — Ce sont certaines substances qui, incorporées au sol dans des conditions spéciales, doivent en atténuer ou en faire disparaître les défauts.

La chaux, la marne, le sable siliceux, l'argile sont des amendements ou substances amendantes. La chaux, la marne, diminuent la compacité des terres trop argileuses et neutralisent l'acidité des terres tourbeuses. On emploie la chaux à la dose de 50 hectolitres à l'hectare, et la marne à la dose de 40 mètres cubes. L'argile est apportée dans les terres sableuses trop légères pour en diminuer la sécheresse et en augmenter la cohésion. Inversement, on incorpore le sable siliceux aux terres argileuses pour en diminuer la compacité et en augmenter les qualités perméables.

Engrais. — Les engrais sont les aliments des plantes ; on les incorpore au sol quand celui-ci est

LE SOL

pauvre ou épuisé par les récoltes précédentes. En agissant ainsi, on a pour but de mettre ces aliments à portée des racines qui les absorbent.

Les arbres copieusement fumés avec des engrais appropriés atteignent plus vite leur développement normal et leur âge fertile.

Les corps qui constituent la richesse et la valeur principales des engrais sont l'azote, Y acide phosphorique et la potasse.

Tout engrais qui ne contient pas ces trois corps est un engrais incomplet; il ne peut produire qu'une fertilité imparfaite.

Dans certains engrais tels que les fumiers, la matière fécale, par exemple, qui contiennent bien les trois termes : azote, acide phosphorique et potasse, l'un des termes est souvent en trop faible proportion. Dans le fumier et la matière fécale pris comme exemple et pour la culture des arbres fruitiers, le terme qui n'est pas suffisamment représenté est l'acide phosphorique ; on devra l'augmenter, si l'on emploie ces engrais, par l'addition de phosphate de chaux.

Les principaux engrais utilisés en arboriculture fruitière sont :

1° Les fumiers; le fumier de bêtes bovines, très aqueux, est préférable pour les terres légères et le fumier de cheval pour les terres lourdes et froides, à cause de sa constitution plus sèche.

Les fumiers sont incorporés au sol au moment de l'ameublissement (défoncement) et dans la proportion de 1/10 de la masse de terre remuée. Si on a remué 10 mètres cubes de terre, on aura incorporé à cette terre 1 mètre cube de fumier.

Les fumiers seront préalablement additionnés de 3 à 4 kil. de superphosphate de chaux par mètre cube.

2° On emploie aussi l'engrais Immain, mais à dose deux fois moindre, parce qu'il est deux fois plus riche en azote.

Après leur plantation, au bout de quelques années, les arbres ont encore besoin d'engrais; on leur donne de la poudrette (engrais humain desséché) répandue l'hiver à la dose de 20 à 30 kil. par are et par an.

3° Les engrais chimiques ou minéraux sont des sels divers qui ne contiennent, pris à part, qu'un seul principe fertilisant ; ce principe est de l'azote dans le nitrate de soude et le sulfate d'ammoniaque;

LE SOL

c'est de l'acide phosphorique dans les superphosphates ; c'est de la potasse dans le chlorure de potassium.

Ces sels sont employés associés ensemble ou à d'autres engrais : fumier, déjections. On ne les incorpore au sol qu'à toute petite dose parce qu'ils sont très riches. En voici un frappant exemple : Dans 6 kil. de nitrate de soude, il y a autant d'azote que dans 250 kil. de fumier.

Aussi le nitrate de soude ne s'emploie-t-il qu'à la dose de 3 à 5 kil. par are, quand on veut provoquer une forte végétation foliacée. Il ne s'incorpore que vers la fin de l'hiver.

Le superphosphate est utilisé à la dose de 2 ou 3 kil . par are et par an répandu sur la surface terrienne qui correspond à la masse occupée par les racines. Il est utilisé avec les arbres adultes rebelles à la fructification . On l'emploie avant l'hiver.

Le chlorure de potassium, à la dose de 1 à 2 kil. par are et mélangé à de l'engrais humain superphosphaté, produit d'excellents effets sur tous les arbres fruitiers jeunes et particulièrement sur la vigne •

Le chlorure de potassium s'incorpore aussi à l'automne.

La cendre de bois, naturellement riche en phosphate et sels de potasse, sera aussi un excellent engrais pour les arbres fruitiers .

Ces sortes de matières fertilisantes, sels divers, cendre de bois, à cause de leur état pulvérulent et de leur rapide solubilité, sont simplement répandus sur le sol et incorporés par un léger labour.

Mais ce n'est pas seulement la cendre de bois qu'il faut recueillir et utiliser comme engrais, ce sont aussi tous les débris d'origine végétale ou animale qui, journellement produits dans les ménages, sont trop fréquemment jetés ou perdus avec insouciance .

Art. II!.

Les outils de culture.

Les outils de la culture du sol : la bêche, la pelle, la pioche, sont connus de tous.

Les outils de taille sont beaucoup plus intéressants à étudier, à cause de certains détails de conformation qu'il est bon d'exiger en eux.

Ces outils sont : la serpette, le sécateur, la scie égohine, le greffoir.

La serpette est une sorte de couteau à lame courbée.

Le manche doit en être assez volumineux pour que la main puisse le tenir sans trop d'effort; les manches en corne de cerf, à cause de leur rugosité

Fig. 9. — Sécateur (Aubry.)

qui empêche le glissement, sont les meilleurs. Le fil de la lame doit présenter du talon à la pointe une courbe régulière et assez allongée. Les serpettes crochues, dites « serpettes de vendangeur », sont de mauvaises serpettes de jardinier.

Avec la serpette, on coupe les jeunes branches dont les plaies sont destinées à subsister sur l'arbre

(branches charpentières) ; l'opérateur doit tenir le rameau à amputer d'une main et de telle façon que cette main soit au-dessous du point de taille ; quand la main tient le rameau à couper au-dessus du point de taille, il peut en résulter une blessure grave.

Le sécateur (fig. 9) est une sorte de ciseaux composé d'un mécanisme faisant mouvoir une lame convexe qui glisse contre un crochet concave.

Le mécanisme est formé de deux branches qu'écarte naturellement un ressort. La main, en se fermant et s'ouvrant, rapproche ou écarte ces deux branches qui commandent le crochet et la lame de l'outil.

Dans les bons sécateurs, la lame est une pièce distincte ne faisant pas corps avec la branche du sécateur, le ressort n'est pas trop dur et la longueur totale de l'outil ne dépasse pas 20 centimètres.

L'avantage du sécateur est de permettre un travail rapide. Quand on se sert de cet instrument, on doit, entre la lame et le crochet, saisir le rameau à couper de telle sorte que la partie large du cro-

chet appuie toujours sur la portion de bois retranchée, cela à cause de la meurtrissure qui résulte de cette pression.

La scie ou égohine (fig. 10) est composée d'un manche long d'environ 15 centimètres et d'une lame égale se fermant à volonté. Cette lame est à dents évidées qui débitent beaucoup plus rapidement que

Fig. 10. — Scie à greffer ou scie de jardinier.

les autres. Au point où la lame est ajustée, le manche doit porter une virole en cuivre. Quand l'on se sert de l'outil, cette virole en cuivre est tournée de manière à empêcher la fermeture accidentelle de la lame sur les mains de l'ouvrier.

L'égohine s'emploie pour retrancher ou amputer

Fig. 11. — Greffoir (\ermorel),

les fortes branches. Après l'opération, on pare la plaie à la serpette pour substituer aux déchirures de la scie une plaie nette, saine et guérissable.

Bellmr. — Les arbres fruitiers. 'i

On appelle greffoir (fig. 11) une sorte de canif; la lame mesure 5 à 6 centimètres de long, son fil décrit, près de la pointe, une courbe convexe pour

Fig. 12. — Echenilloir Aubry.

permettre de pratiquer les incisions des écorces. Le greffoir n'est pas un outil de taille, il sert essentiellement à pratiquer le greffage en ècusson.

U èchenilloir (fig. 12), est une sorte de sécateur fixé à l'extrémité d'une longue perche ; il se meut à l'aide d'une ficelle attachée à l'extrémité du levier A qui commande la lame B.

Tous les outils doivent être tenus rigoureusement propres.

Les lames du sécateur, de la serpette, du greffoir seront souvent repassées sur une pierre spéciale pour couper toujours aussi bien que possible. Les meilleures pierres sont les pierres ardoisées d'Angers.

Lu

Page 1