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DES CATHÉDRALES GOTHIQUES. 11 gothique est une architecture essentiellement française, ayant pris naissance dans le domaine royal, au cœur du royaume, vers le milieu du xrr° siècle.
Longtemps on a considéré l'arc brisé ou en tiers-point comme le caractère spécial et distinctif de larchitecture gothique. Ce fut à une grave erreur, l'arc brisé ayant été adopté dans des édifices dont tous les autres éléments appar-tiennent à l’époque romane. Les signes certains de cette nouvelle architecture sont bien plutôt : la croisée d’ogives, l’arc-boutant et un nouveau mode de décoration 'ornementale. La voûte sur croisée d’ogives tire son appellation des nervures diagonales qui la supportent : c’est là son caractère essentiel et fondamental, qui se généralisa vite. On voit alors, dirons-nous avec Auguste Choisy, l'architecture prendre des allures libres inconnues à l’époque romane ; la structure nouvelle est le triomphe dela logique dans Part ; l'édifice devient un être organisé où chaque partie constitue un membre, ayant sa forme réglée non plus sur des modèles traditionnels, mais sur sa fonction, et seulement sur sa fonction. Les nervures localisèrent les poussées des voûtes sur les murailles, d’où une double modification : tandis qu'à l’intérieur le mur plein de la nef romane, devenu inutile, fait place à une claire-voie, des arcs-boutants dont la puissance égale l'élégance permettent de rejeter hors de l'édifice toutes les culées, et faciliteront l’étonnante élévation des voûtes. En même temps les supports qui servent de retombées aux nervures de la voûte forment un
magnifique faisceau de colonnettes agglomérées qui donnent
aux nouveaux piliers hardiesse et légèreté. Les sculpteurs contemporains demandent leurs modèles à la nature et les empruntent presque exclusivement au règne végétal.
La période gothique proprement dite a duré un peu plus de trois siècles ; elle se subdivise en trois styles, dont il est difficile de fixer exactement les périodes respectives, le développement d'un art ne pouvant se limiter comme se limite le règne d’un souverain. La transition se prépare lentement, d’abord par quelques timides essais, par l'apport d'éléments nouveaux, puis par une implantation plus forte et plus générale. Toutefois, née au milieu du xu° siècle, l'architecture gothique française, après des tâtonnements et des incertitudes, où paraît le gothique dit « lancéolé » (1190-1260), se manifeste dans toute sa plénitude pendant tout le siècle suivant, qui est le siècle classique : alors dominent le système de l'équilibre parfait par l'opposition des forces et la logique du raisonnement basé sur des combinaisons variées, qui font éclore des écoles diverses. Ce nouveau style est appelé « rayonnant », et fut en faveur de 1260 à 1380 environ. Bientôt l’exagération forcée de ces principes, autorisée par des novateurs imprudents, amena vers la fin du xiv° siècle la création du style « flamboyant », d'imitation anglaise, qui, après un siècle de développement, conduisit à l’inévitable décadence. Puis, avec le xvi° siècle disparaît l'architecture gothique : elle survit seulement dans quelques églises attardées, car le nouveau style de la Renaissance n’a pas été introduit partout simultanément.
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En thèse générale, une cathédrale gothique présente l'aspect d’une croix latine dont les bras forment un transept à extrémités généralement carrées et orné d’une rose; à extérieur s'élève un portail richement sculpté. La nef, augmentée de collatéraux simples ou doubles, atteint des hauteurs inusitées et comporte trois étages : un rez-dechaussée entrecoupé de grosses colonnes rondes à chapiteaux de feuillage, ou de piliers à nervures multiples ; un triforium ajouré et reposant sur de grandes arcades à cintre brisé, qui disparaît quelquefois plus tard par suite du développement des fenêtres, enfin une claire-voie à larges baies ; comme couronnement, des voütes en croisées d’ogives sur plan carré (puis barlong), embrassant parfois deux travées, avec un arc doubleau qui traverse la clef de voûte; on en diminua ensuite la poussée par l'introduction de nervures nouvelles, compliquées de diverses façons, qui s appellent liernes et tiercerons. Le chœur, séparé par le transept de la nef qu'il continue, conçu dans des proportions vastes, est enveloppé d’un déambulatoire et d’une ceinture de chapelles disposées en hémicycle et de forme variable, en nombre impair, dont une au fond, dans l’axe du monument, est consacrée à la Vierge. Partout les bases des piliers, les tailloirs et les corniches très caractéristiques, offrent des prolils à gros boudins, qui s’altèrent peu à peu pour faire place à des moulures grêles. Et, pour résister à la poussée des voûtes, on résolut le problème par lexpédient admirable de ces béquilles
de pierreélevées à l'extérieur des édifices, les ares-boutants,
tuteurs parfois gigantesques jetés au-dessus des bas-côtés au travers du vide, qui dans leur tranquille majesté viennent layer les murs de la nef et du chœur à la retombée des voûtes. Ce système à permis d'imaginer des courbes et contre-courbes d’une souveraine harmonie, de percer d'immenses fenêtres où le génie du moyen âge, à l’aide du seul compas, a combiné d’adroits éclairages tamisés par d'admirables vitraux, de réduire par des combinaisons aussi originales que fécondesles supports de ces immenses vaisseaux où l’on ne peut pénétrer, suivant le mot de Chateaubriand, sans éprouver une sorte de frissonnement et un sentiment vague de la Divinité.
Dans cet enchaînement rigoureux d'efforts puissants où contingences etindividualités jouèrent un rôle considérable, diverses écoles ont créé des styles bien définis. Le monument-type dont nous venons d'indiquer les grandes lignes appartient à l’école de l'Ile-de-France et de la Picardie, la mieux proportionnée et la plus pure. En Normandie les monuments affectent des formes plus sèches et plus anguleuses avec une ornementation plus géométrique et une sculpture généralement plus monotone, au xmr° siècle du moins. En Bourgogne, des architectes n’ont pas craint de conserver certaines idées de l’époque romane, et très minime est leur hardiesse dans la construction de l’arc-boutant, dans l'élargissement des fenêtres, dans le développement dés chapelles rayonnantes. Tenant le milieu entre les procédés de l'Ile-de-France et de la Bourgogne, l’école cham-
penoise se distingue surtout par l'alternance des piles et
Photo Neurdein.
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des colonnes, les passages établis dans les bas-côtés au niveau de Pappui des fenêtres, la persistance des absidioles au transept, les voûtes sexpartites; sa puissance s’est affirmée par de superbes églises et par une influence considérable tant en France qu'à l'étranger. Dans l’école angevine et dans l’école méridionale, on voit fréquemment une nef unique sans déambulatoire, une absence presque absolue de triforium et d’ares-boutants, une apparence extérieure assez massive, une ornementation particulière et lourde, surtout dans les façades. Dans le Midi, même pour les édifices notoirement inspirés des constructions du Nord, on n’a pas adopté les toitures aiguës, les immenses charpentes et les pignons effilés dont la présence s’explique dans les contrées où les pluies et les neiges apparaissent périodiquement.
On a volontiers abusé du symbolisme en parlant de larchitecture gothique, mais on ne peut nier qu'elle bénéficia d’une éclosion de foi ardente dont les effets se reflétèrent sur toute la chrétienté. Alors tout concourut à « élever par amour » d'innombrables églises dont la construction, «ce suprême effort de la matière cherchant à s’allonger », coûta des sommes fabuleuses et fut l’orgueil de nombreuses générations. Dans un magnifique élan d'enthousiasme, on vit surgir de tous côtés des architectes laïques, dont l’éducation professionnelle s'était faite au milieu des chantiers, et dont le mérite fut d'autant plus grand que leur témérité ne connut plus de limites. Quelques lustres suffirent à
composer des merveilles : on voyait s’accumuler pierres
sur pierres, au chant des cantiques, jusqu'à des hauteurs inconnues, « comme s’élevaient les murs de Thèbes
aux accents de la Iyre d’Amphion ».