‹ Les architectes par leurs œuvres (volume 2)Chapitre 129 sur 276 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mouvement a gagné presque toute la région voisine de la Prusse. Il n'a point empêché d'ailleurs les architectes de l'autre côté du Rhin, nos contemporains, d'étudier, avec toute l'ardeur et tout le soin dont ils sont capables, la grande époque de l'art ogival et de prouver à l'occasion, ainsi que l'ont fait les architectes de la cathédrale de Cologne, la profondeur de leur science archéologique.

A Vienne, c'est une véritable ère monumentale qui date de la résolution prise le 20 décembre 1857 par François-Joseph Ier, de faire démolir l'enceinte intérieure de sa capitale. « Dans son rescrit, dit M. Semper, l'empereur décida que la vente des terrains devenus disponibles par cette démolition devait fournir les ressources nécessaires pour la construction de plusieurs édifices publics et militaires dont les premiers devaient être placés précisément en bordure sur les deux côtés d'un boule-' vard remplaçant l'ancienne enceinte. »

11 résulte de l'examen qu'on peut faire aujourd'hui de cet ensemble de constructions monumentales dues à une génération de véritables artistes, la plupart encore vivants, qu'elles sont le produit d'un éclectisme raisonné, chaque architecte ayant, pour ainsi dire, marqué son œuvre du sceau de ses préférences particulières, et c'est ainsi que le style ogival, la Renaissance allemande aussi bien que les autres Renaissances et le style classique, sont représentés dans cette série d'édifices grandioses qui ont fait de Vienne l'une des plus belles capitales du monde. Mais l'originalité fait défaut dans ces édifices nouveaux, et il ne faut pas la chercher davantage dans les « bâtisses colossales », d'où le goût est, le plus souvent, absent, que la spéculation a accolées aux œuvres des maîtres. De son côté, Rerlin, capitale du nouvel empire allemand, encore que la majeure partie des milliards de notre rançon soient enlouis dans les casemates de ses forteresses ou aient fondu dans les creusets de ses fonderies de canons, a trouvé, depuis 1870, des spéculateurs et des bâtisseurs de maisons à loyer, tout comme à Vienne, mais jus-! qu'à ce jour le gouvernement est resté étranger à cette fièvre de construction qui menace les spéculateurs et les particuliers d'une crise douloureuse comme le krach de 1863. !

Le premier de la série des architectes viennois qui ont transformé la capitale de l'empire est assurément le baron Heinrich

von Ferstel auquel Vienne doit Y Eglise votive, édifice de style ogival et l'un des plus importants de notre époque, commencée en 1856, terminée en 1879. Elle comprend une nef centrale et deux bas-côtés. Autour du chœur rayonnent sept chapelles absidales. Deux tours terminées par des flèches en pierre couronnent la façade principale percée de trois portes de dimensions égales ; à la croisée des transepts s'élève une flèche de métal; les colonnettes en faisceaux de la nef s'élèvent jusqu'aux voûtes peintes azur et or. On doit, enfin, une mention spéciale aux vitraux et aux grilles en fer forgé. Ferstel avait alors vingtsept ans, et c'est au concours qu'il avait obtenu le droit d'en être l'architecte. Né à Vienne le 7 juillet 1828, il fit ses premières études à l'université et au « polylcchnikum » de sa ville natale. Sa première œuvre fut le château du comte d'Hostiz élevé en i 852 ; puis il prit part au concours ouvert pour construire une cathédrale à Mexico et y fut nommé le premier. Lors de lacréation delà Ringstrasse fies boulevards de Vienne), Ferstel fut chargé de l'édification de plusieurs palais, entre autres de celui de l'archiduc Louis-Victor, sur la place Schwarzenberg, de ceux de MM. von Wertheim et von Ofenheim, et du palais Lichtenstein. a. la Rossau. A partir de 1866, nommé professeur au « polytechnikum », il a construit à Vienne le laboratoire de chimie el réuni dans un vaste palais tous les services de l'Université. L'édifice contient, en effet, sur une superficie de 26,000 mètres, huit cours, des salles de fêtes, des bibliothèques, les Facultés de droit, de médecine, de théologie et de philosophie, la salle des archives, des musées, des salles de cours, etc. Commencé en 1873, ce palais vient d'être terminé. Fondé en 1803 par l'empereur François-Joseph Ier pour développer et encourager l'application des nouvelles découvertes scientifiques et des meilleures notions artistiques à l'industrie et aux arts industriels, le musée de l'Art industriel fut transporté, en 1872, dans le vaste édifice de briques inspiré par la Renaissance italienne à Ferstel, qui l'a construit dans le Huben Ring. Comme édifices particuliers de Vienne qui méritent une mention et dont il fut l'architecte, nous citerons la Banque nationale et la maison Pollack sur le quai François-Joseph. Enfin, hors de Vienne, Ferstel éleva l'église catholique de Schônau et l'église protestante de Brunn, toutes deux de style ogival, la villa de l'archiduc Charles-Louis

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