CHAPITRE XII
construction provisoire. Le théâtre de la Comédie parisienne, avec façade tout en terre cuite et faïence, sur le boulevard de Strasbourg, est dû à M. Marcel Deslignères. La salle de concert de la Scala élevée en 1875 et qui présente cette particularilé qu'elle est surmontée d'une coupole vitrée mobile, que l'on peut retirer pendant l'été, ainsi que le nouveau Cirque de la rue Saint- Honoré construit sur l'emplacement de l'ancien bal Valentino, eurent, tous deux, pour architecte M. Aimé Sauffroy, né à Paris, élève de Renaud, architecte aussi de l'hôtel bien connu du journal le Figaro dont il a donné les plans en 1874 et de l'église de Levallois-Perret construite par lui en 1870, avec la collaboration de M. Vionnois. Le café-concert de l'Eldorado, sur le boulevard de Strasbourg, est de Charles Duval, né à Beauvais en 1800 et fils d'un entrepreneur, qui acquit, à force de persévérance, les connaissances nécessaires à un architecte. Après avoir élevé à Maisons-Lafilte plusieurs habitations particulières, il fut chargé par le vice-roi d'Égypte de la construction d'un kiosque en fer destiné à orner ses jardins, à Alexandrie. Il donna les plans du château de la Jonchère (près de Brie-Comte- Roberl), de l'hôtel Meuron aux Champs-Elysées, de l'hôtel Van- Eeckhout à Passy, del'hôtel de la grande Iragédienne Rachel dans le quartier de Tivoli. Duval a laissé un recueil de ses constructions intitulé : Maisons de ville et de campagne, et un fils Charles- Alphonse Duval qui n'a jusqu'à ce jour produit aucun édifice important.
Au premier rang des établissements municipaux élevés à Paris, pendant la dernière période du siècle, doit figurer, naturellement, l'Hôtel de Ville de Paris, incendié pendant les désastres de 1870-71 et construit à nouveau, sur le même emplacement, de 1874 à 1885, par MM. T Ballu et Deperthes. L'œuvre de ces architectes est connue du monde entier, aussi bien que l'Opéra de M. Garnier et, d'ailleurs, nous nous sommes fait un devoir de nous abstenir de toute critique, en parlant des œuvres de nos contemporains, réduisant notre article sur chacun d'eux à une biographie sommaire d'après les renseignements que nous possédons. Donc, Théodore Ballu, mort à Paris, le 22 mai 1885, architecte divisionnaire de la ville de Paris, inspecteur général de ses travaux, inspecteur général des monuments diocésains, commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur et membre de l'Institut, depuis 1872, était né à Paris,
le 8 juin 1817. Élève de Lebas, il obtint le premier grand prix d'architecture, en 1840 et revint de Rome, chargé d'études très remarquables qu'il avait faites pendant son séjour en Italie, notamment sur le théâtre de Marcellus, études qu'il ne put pas, malheureusement, achever, grâce à la mauvaise volonté des possesseurs du palais Orsini, bâti sur l'emplacement de cet antique édifice. De Rome, Rallu partit pour Athènes, où il releva YErechtéion ; mais c'est à Rome, en 1845, que furent exposés les dessins relatifs à ce dernier travail. A son retour à Paris, en 1847, il fut nommé inspecteur des travaux de la ville. Adjoint à Gau, arcbilecte alors de l'église Sainle-Clotilde, il succéda à ce dernier, mort en 1850. Peu après, il fut chargé de la restauration de la Tour Saint-Jacques; de 1861 à 1867, il éleva, en lui donnant le caractère des œuvres de la Renaissance, l'église de la Trinité; de 1863 à 1868, l'église Saint-Ambroise, dans le style roman du xne siècle, avec deux clochers d'une hauteur de 68 mètres; de 1867 à 1875, rue Saint-Maur, l'église Saint- Joseph, conçue dans le plus pur roman. On lui doit également le dessin de la tour qui sépare la mairie du Ier arrondissement de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois (Hittorff avait proposé un clocher) et le temple protestant de la rue Roquépine.
T. Rallu a laissé un fils, M. Albert Ballu. architecte comme lui, né le 1er juin 1849 à Paris, officier d'Académie et chevalier de la Légion d'honneur. D'abord inspecteur des travaux de reconstruction de l'Hôtel de Ville, sous les ordres de son père, il acheva le palais de justice de Charleroi (édifice de 1777) à l'occasion duquel il a obtenu le prix Duc et construit celui de Bukarest (Roumanie) en cours d'exécution (prix Duc pour la seconde fois). On lui doit l'achèvement de la cathédrale d'Alger, façade et parties antérieures, le tombeau de la famille Alveur à Ruenos-Ayres et la construction — en cours d'exécution — d'un casino à Riskra, etc. Les restaurations de monuments historiques" etîecluées par M. A. Rallu sont fort nombreuses; nous citerons : dans la Charente-Inférieure, celle de l'église d'Esnonde, œuvre considérable dont l'exécution, dans le temps, aurait coûté environ 100,000 francs, celle de l'église de Saint-Eniaux, dépense 50,000 francs; celle de l'église de Chadenac de Talmour et du château de Pons, la construction d'une sacristie à l'église de Lamballe (Côtes-du-Nord) 50,000 francs, la restauration de