‹ Les architectes par leurs œuvres (volume 2)Chapitre 238 sur 276 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

Les architectes européens aux colonies. — Les Anglais et les Hollandais dans l'Inde. — Les Français en Afrique. — Les édifices modernes de la Grèce et de la Turquie.

Un ami de la France, L. Dussieux, écrivit en 1856, sous le litre les Artistes finançais à l'étranger, un ouvrage destiné, dans sa pensée, à démontrer, par le grand nombre des artistes français qui couvrirent de leurs créations le sol de la vieille Europe, comment l'influence de la France artiste avait égalé, sinon surpassé, pendant plusieurs siècles, son influence en littérature, en philosophie, dans le domaine- des sciences ou dans celui du droit.

S'il est vrai que la France tint toujours le premier rang dans cette marche incessante des peuples modernes à la conquête de la civilisation (réserve faite bien entendu pour celte période glorieuse du xvie siècle où les artistes de la Renaissance italienne dominèrent de toute la hauteur de leur génie ceux de l'Europe entière), nous ne faisons aucune difficulté de reconnaître que, depuis le commencement de noire siècle, chaque gouvernement civilisé qui a, de gré ou de force, importé dans le pays à coloniser, moins civilisé que le sien, ses usages et ses besoins, n'a point élé chercher, en dehors de lui, les ressources susceptibles de donner satisfaction à ces besoins, à ces habitudes. C'est ainsi que l'Angleterre maîtresse des Indes, que l'Espagne conquérante de l'Amérique du Sud, que les Français victorieux des Arabes en Algérie, que les Hollandais possesseurs de vastes comptoirs dans les Indes Néerlandaises, etc., ont dû songer tout d'abord à s'y faire bâtir des maisons pour leurs gouverneurs et leurs employés, des casernes et des hôpitaux pour leurs soldats, des temples pour l'exercice de leur religion. Sans compter que certaines relations d'amitié entre

nations dans l'Europe elle-même, aussi bien que l'habitude devenue générale des « expositions internationales », ont autorisé les artistes de chaque pays à venir planter, hors de leur pays, le drapeau de l'art national à l'ombre du drapeau qui flotte audessus du palais de leur ambassadeur.

Le présent chapitre est donc consacré à la biographie (le plus souvent, hélas ! incomplète) de quelques architectes européens qui n'ont pas craint de s'expatrier, un plus ou moins longtemps, pour aller créer au loin des édifices susceptibles de rappeler un peu, par leur aspect, la patrie absente h leurs compatriotes, tout en donnant aux habitants eux-mêmes la mesure du génie artistique des civilisateurs.

Dans les Indes, tout manquait aux vainqueurs : temples, hôpitaux, palais. Nous avons rappelé plus haut que le palais du gouvernement à Calcutta avait eu pour architecte Moflat ; le grand hôpital de cette ville, commencé en 1848 et terminé en 1853, fut construit par l'architecte anglais Burn,dont nous ne connaissons pas les autres œuvres, et l'église d'Umbalad, une des plus belles de l'Inde, est due à un ingénieur du Bengale, G. J. Àtkinson.

Dans les Indes occidentales, l'Anglais William R. Forbes, major du génie à Calcutta, en même temps qu'architecte, pose, le 8 octobre 1839, la première pierre de la cathédrale Saint- Paul de cette ville, édifice indo-chrétien, mais présentant dans ses grandes lignes l'aspect des cathédrales ogivales du moyen âge. En forme de croix latine et complété par une tour ornée d'une flèche ayant, en tout, 95 mètres de hauteur, cet édifice, quoique destiné seulement à huit cents personnes, a véritablement un caractère monumental. C'est aussi une église de style ogival que J. M. Derick a construite, en 1845, à Colabah, en mémoire des Anglais qui succombèrent dans l'expédition contre les Afghans. Ogivale également, avec un grand luxe d'ornements, est l'église protestante élevée, en 1852, dans le Punjab par l'architecte Harley Maxwell. Arrivé aux Indes en simple touriste, M. William Emerson se vit offrir la construction des marchés publics de Bombay. L'Université musulmane de Allahabad, tout en marbre blanc, prouve les études sérieuses que l'architecte avait faites des anciens monuments de l'Inde; l'hôpital de Bravnagar avec ses portiques remplis d'ombre et de fraîcheur, complète l'œuvre d'Emerson aux Indes. De retour

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