‹ Les architectes par leurs œuvres (volume 2)Chapitre 74 sur 276 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

région, aussi bien que dans le Nord et les provinces rhénanes, continuant d'être presque exclusivement ogivale.

Le lecteur a pu voir également que l'Allemagne du Sud (en y comprenant la Bavière, le Tyrol, la Carinthie, etc.), dut surtout à des maîtres italiens la plupart de ses constructions civiles du xvie siècle et que ceux-ci leur imprimèrent, presque sans altération, les caractères de la Renaissance italienne. Toutefois, la bourgeoisie ne prit que peu de part à ce grand mouvement artistique, à la tête duquel se mirent les nobles autrichiens et bavarois et, de même, le style ogival resta celui des rares édifices religieux de l'Allemagne du Sud, jusqu'au jour où les jésuites, vers la fin du siècle, firent entrer, en les exagérant, les principes du « rococo » italien dans la construclion de leurs chapelles et de leurs églises.

L'usage de la nef unique terminée par une coupole, et de la façade à plusieurs étages ornée de balcons, se généralise dans l'Allemagne du Sud, depuis l'édification du dôme de Salzbourg par Solari (1614 à 1635). L'architecture de Fischer d'Erlach marque, il est vrai, le commencement d'une évolution vers les principes de l'architecture française classique, mais il a été facile de constater que l'ornementation des palais construits par cet artiste rappelle encore les exagérations de l'école borrominienne. C'est au milieu de la lutte entre les deux influences française et italienne que s'achève, pour l'architecture sud-allemande, le xvnf siècle.

« A l'époque monumentale de l'Autriche, à la fin du xvne siècle et au xviii0 siècle, dit M. H. Semper (1), succéda, au commencement de ce siècle, une période d'une extrême aridité où la seule nécessité et l'économie bureaucratique donnèrent la direction à l'architecture qui n'avait plus rien à faire avec l'art. Seul, l'Italien Pietro de Nobili créa, dans le Burgthor, une espèce de propylée d'un style dorique lourd et froid, construction qui affecte l'apparence monumentale de ce genre pseudo-classique alors à la mode à Paris comme ailleurs. Mais les autres édifices publics et privés, érigés en ce temps, à Vienne comme dans les autres villes de l'Autriche, n'ont pas même le mérite de feindre ou d'imiter une espèce de caractère monumental; ce ne sont

(1) Encyclopédie de V architecture et de la construction, vol. II, page 172,

que de rudes constructions militaires. Le représentant principal de cette manière de bâtir sans art ni goût, c'était le professeur à l'Académie, M. Sprenger, l'auteur de constructions banales comme la Monnaie, la Douane, l'Ecole polytechnique, etc. Au même genre de constructions triviales appartient encore la vieille Banque nationale de Moreau. C'est seulement vers 1840 qu'un nouveau mouvement archi tectonique, en Autriche, commence timidement à mettre fin à cet état pitoyable. C'est l'école romantique, éclectique et historique qui, en Autriche comme partout ailleurs, commence à apparaître, quoique un peu plus lard que dans les autres pays. Ce sont surtout les styles des différentes époques du moyen âge : le byzantin, le roman, le gothique et même le moresque, qu'on étudie et qu'on imile maintenant en essayant de les accommoder aux besoins modernes. »

Le lecteur verra ce qu'il devra retenir de l'opinion de M. H. Semper; pour nous il nous suffira de rester dans notre rôle de biographe des architectes de l'Allemagne du Sud pendant les premières années du siècle, en commençant par Pietro de Nobili, un Italien, ainsi que son nom l'indique, qui était né à Campestro (Tessin) en 1774, élève de Home et qui, naturellement, avait pris pour ses maîtres Vjtruve, Vignole et Palladio; on ne doit donc point s'étonner de rencontrer dans toutes les œuvres de cet artiste le caractère classique, tel qu'on le comprenait alors, aussi bien en France cl en Italie qu'en Allemagne. Ce sont d'abord la Jhirgthor, espère de propylée à trois passages pour les voitures et deux pour les piétons, construite en avant du château impérial (1821); ensuite le « Monument de Thésée », pastiche du temple de Thésée à Athènes, et le Musée de sculpture, dans le VoJksgarten, qui renferme le chef-d'œuvre de Canova (le Combat de Thésée avec le Centaure), tous ces ouvrages sont à Vienne ainsi que le Pont du canal. On doit également à Nobili le phare élevé en 1804 sur la pointe de Salvore près Trieste. Cet architecte mourut à Vienne en 1854, membre du Conseil des bâtiments impériaux et de l'Ai cadémie d'architecture qui prit un grand essor sous sa direction. Outre un travail qu'il laissa sur les fouilles opérées dans les terrains de Polael d'Aquileja, il avait écrit un ouvrage intitulé : Progelti di monumenti architettonici imaginati nel trionfo degli Alleati (nel 1814, Trieste, in-4°). D'autres biographes attribuent le temple de Thésée à Ludwig de Remy, auteur des plans du

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