CHAPITRE Y
tionnerces voûles qui disparaissent sous un réseau de fines arêtes, s’enlre-croisent et se terminent pour encadrer des médaillons de pierre ciselée, ces fenêtres immenses, ces broderies qui festonnent les arcades de la nef. Au-dessus des piliers, entre les têtes des arcades, l’artiste a représenté également en médaillons qu’il a accompagné de versets en caractères gothiques, les principaux personnages de l’écriture. Le buffet d’orgues chargé de statues et les stalles du chœur sculptées avec une infinie délicatesse forment le digne complément de cette création remarquable, type de l’ogival tertiaire arrivé à son plus complet développement.
L’église Notre-Dame de Montaigu, la première des Pays-Bas qui posséda une coupole, eut deux architectes Frédéric Herver et Wenceslas Coeberger, né à Anvers en 1550, mort en 1610. Elle fut construite, en 1602, aux frais de Henri Van Dergois échevin d’Anvers et de Jean Balbi, noble Génois.
Peintre et poète, Coeberger fut aussi chargé par l’archiduc Albert d’Autriche de la restauration, dans le sentiment italien, du château de Tervueren. La France doit une certaine reconnaissance à cet artiste qui réussit à transformer en terres arableseten prairiesles marais qui alors enserraient Dunkerque, où on ne connaît peut-être pas même son nom.
La Maison du Franc ou le Franc de Bruges fut le palais des anciens comtes de Flandre jusqu’à Philippe le Bon. Aujourd’hui elle sert de tribunal, et la façade sans caractère, construite en 1722, ne permet guère de deviner ce que fut l’édifice original dû à un Brugeois, Lancelot Blondel, né en 1446, mort en 1561. 11 n’en reste plus que quelques salles et la cheminée portant la date de 1529. Plus heureuse, la ville de Bruxelles peut encore présenter au touriste et à l’artiste dans leur état primitif ses maisons des tailleurs et des brasseurs dont l’architecte fut Jean Baptiste de Bruyn, contrôleur de l’État et de la ville, et sa maison des boulangers, au coin de la rue au Beurre, construite par Jean Cosyns, toutes bâties après le bombardement de Bruxelles en 1694.
L’hôtel de ville d’Audenaerde, d’après Immerzeel, eut pour architecte Bombant Keldermans dit Van Mansdaele dont il a déjà été question dans le volume précédent et qui vivait à Malines en 1530 avec le titre d’« architecte général de Charles-Quint »; mais, M. Wauters l’attribue à VanPede ou Pé, architecte de cette
ville, et fixe la date de sa construction aux années 1525 et 1530; quoiqu’il soit possible que Van Mansdaèle fut le collaborateur ou le continuateur de Van Pede. La tour, haute de 40 mètres, est surmontée d’une statue en cuivre rouge représentant un guerrier qui lient à la main une bannière aux armes de la ville. « Elle rehausse admirablement ce bel édifice dont la construction a coûté 86 600 livres parisis. » Quoique l’artiste ait emprunté à. la maison commune de Louvain et à celle de Bruxelles, sa façade et sa tour, l’édifice méritait d’être signalé ici. Quant au portail de la salle échevinale, il fut l’œuvre de Paul Van der Schelden, d’Audenaerde, cité seulement à celte occasion par M. Wauters.
L’hôtel de ville d’Anvers est un édifice de style Renaissance qui comprend quatre corps de logis en pierres blanches et bleues. La façade principale, longue de 80 mètres, est composée de deux étages supportés par des arcades. Le premier est décoré de colonnes engagées d’ordre toscan et le second de colonnes engagées d’ordre ionique; ils sont couronnés par un attique. Un avant-corps de cinq étages à colonnes engagées de marbre rouge et d’ordres dorique, ionique, toscan et composite, précède cet édifice, œuvre remarquable de Corneille de Vriendt, dit Floris, né à Anvers en 1518, qui l’acheva en cinq années, de 1560 à 1565.
C’est en 1527 qu’Eustache Polleyt, successeur de l’architecte Jean Taesens ou Stassius, abattit la plus grande partie des constructions élevées par son prédécesseur depuis 1516 et construisit sur un nouveau plan l’hôtel de ville de Gand. Ce spécimen de l’art ogival tertiaire avait été commencé par Dominique Waghermakère et Rombaut Keldermans, le 4 juillet 1481 (voir notre premier volume); mais les travaux furent arrêtés à plusieurs reprises, d’où le manque d’unité que l’on constate dans sa construction. Pour dénaturer plus encore l’œuvre de Polleyt dont le plan comprenait deux étages (il n’en a été élevé qu’un seul), quelqu’un se permit, de 1609 h 1618, d’imposer à l’aile inachevée une façade dans le style italien en superposant trois étages de colonnes accouplées, des ordres dorique, ionique et corinthien. Heureusement qu’il nous est encore permis de nous réjouir en considérant la façade ogivale et la délicieuse cage d’escalier qui se trouve au milieu de cette façade. En Flandre, beaucoup moins qu’en Allemagne et en