A LA CONVENTION NATIONALE
Le Conseil général de la Commune de Nanci.
Représentais du seul peuple libre,
Les adulateurs des tyrans avoient fait élever sur une place somptueusement décorée, à Nanci, la statue pédestre du despote Louis 1 5.
La puissance oppressive des amis et des délégués de ce liran forçoit le peuple à respecter la figure du serpent qui lavoit dardé et accablé de maux ; mais la volonté générale, exprimée par vos décrets, prescrivit l'abolition et l'abbalis de ces trophées du crime et de la féodalité ; alors les mêmes amis du tiran et de sa race impure inventèrent un moyen de relarder reflet de la loi.
Ils présentèrent une pétition injurieuse aux sans-culottes de Nanci et demandèrent que cette statue d'infamie fût conservée. Le peuple n'attendit pas le succès de celte démarche ; il sollicita l'exécution de la loi, et la statue fut descendue à grands frais.
Les aristocrates crurent alors ne pouvoir mieux faire que d'enterrer cette figure, pour la ressusciter à l'époque de la contre révolution qu'ils préparoient et qu'ils attendoient ; mais elle fut exhumée, dans les transports de l'indignation des sans-culottes, et conduite à la fonderie pour être convertie en seringue mortelle destinée à purger l'univers des rois et de leurs suppôts.
Vous avez décrété que les frais d'abolition des signes féodaux seroient supportés par la nation ; mais, lorsque les amis des tyraus ont l'audace de s'inscrire contre la volonté du peuple, n'est-il pas juste de leur faire supporter des dépenses qui, par le relard de l'exécution de la loi, ne paraissent plus devoir être à la charge des sans-culottes, qui composent la majeure partie de la nation.
Le Conseil général de la Commune de Nanci vous invite donc à décréter que les instigateurs, colporteurs, les exnobles, robins et ex-prélres, signataires de l'infâme pétition pour la conservation à Nanci de la statue du tyran Louis 15, seront tenus de payer solidairement, et par un rôle pour ce formé, les frais occasionnés par la descente et le départ de celle slaluc, ainsi que les dégradations des objets publics, qui ont été la suite de celte descente.
Cet acte de justice apprendra à tous les bons citoyens que jamais leurs sacrifices ne serviront à acquitter le prix des fers de leur ancien esclavage, mais que ce prix sera à la charge de ceux qui ont aidé les tyrans à les leur faire supporter.
Les citoyens de Nanci réitèrent leurs sermens de faire de leurs corps un remparl à la liberté el à la Convention nationale.
Ainsi disparut la statue de Louis XV, dont l'érection avait donné lieu à de si pompeuses réjouissances. Elle fut remplacée, en 181 4, par une autre statue qui, destinée d'abord à représenter le Génie de la France, devint ensuite, moyennant quelques changements, le
Génie de la Lorraine, et à laquelle fut substituée, en 1831, celle de Stanislas.
Passage de Mesdames de France à Nancy, allant à Plombières et en revenant (4 juillet et 27 août 1761). — Arrêt de la Cour souveraine ordonnant des réjouissances pour leur arrivée. — Chanson nouvelle au sujet des réjouissances faites au passage de Mesdames de France Adélayde et Victoire, le 4 juillet 1761. — Chanson sur l'air : A l'ombre de ces verds bocages. — Annonce d'une messe solenuelle que les volontaires-négociants de Nancy, formés en corps de cavalerie pour le service de Mesdames Adélaïde et Victoire, pendant leur séjour en cette province, feront célébrer, le 26 juillet 1761, en l'église des RR. PP. Cordeliers, pour témoigner leur zèle, faire éclater leur joie et adresser au Ciel les vaux les plus ardens pour la prospérité du règne de Sa Majesté, etc. — Chanson sur l'air : De Porl-Mahon. — Ode au Roi de Pologne sur l'arrivée de Mesdames de France dans ses Étals. — Chansou à l'occasion d'une loterie tirée dans la maison des Missions Royales de Nancy, en présence du Roi et de Mesdames de France. — Sonnet sur l'entrée de Mesdames de France à Nancy. — Chanson à l'occasion de l'arrivée des dames de France à Nancy. — Affiche annonçant, pour le mercredi 26 août, grand bal de nuit masqué et nou masqué à la salle ordinaire de l'Hôtel-de-ville. — Lettre
de M. de Lubert à M. Durival 1 , lieutenant général de police, le prévenant que le roi et Mesdames de France iront diner, le jeudi 27 août, à l'Hôtel-de-ville de Nancy.
Pièce* imprimées (à part la dernière), auxquelles est jointe la gravure de Collin représentant la face intérieure de la porte Saint-Nicolas, réparée et ornée par le Blagislrat pour le passage de Mesdames de France Adélaïde et Victoire, le iv juillet mdcclxi.
Second passage des dames de France à Nancy. — Arrêt de la Cour souveraine de Lorraine et Barrois, du 22 mai 1762, qui ordonne des réjouissances publiques pour l'arrivée de Mesdames de France. — Chanson des gardes-ducorps de S. M. le Roi de Pologne à Mesdames de France Adélaïde et Victoire, à leur second voyage aux eaux de Plombières, le 28 mai 1762. — Chanson nouvelle à l'occasion du second voyage de Mesdames de France en Lorraine, par J.-B. Delarivière. — Chanson poissarde au retour de Mesdames de France. — L'Amour à Plombières. A Mesdames de France Adélaïde et Victoire à leur retour des eaux, le 14 juillet 1762. — Fêtes villageoises lorraines. Le Coq du village, pour Mesdames de France à leur retour de Plombières.
A ces pièces de vers est jointe la gravure de Collin représentant la face extérieure de la porte Saint- Jean de la ville de Nancy, réparée pour le passage de Mesdames de France Adélaïde et Victoire le xxvm may m.dcc.lxii.
1 Voy. Description de la Lorraine, t. 1, p. 239 et 24S.
Mort de Stanislas 1 . — Arrêt de la Cour souveraine, du 54 février 1766, qui ordonne de sonner dans toutes les paroisses et églises, et défend les spectacles, danses et jeux publics à l'occasion de la mort de S. M. le Roi de Pologne. — Service célébré à Saint-Roch. — Oraison funèbre de Stanislas I er , roi de Pologne, etc., prononcée en l'église paroissiale de Saint-Roch de Nancy au service solennel que Messieurs les Magistrats de la ville y ont fait célébrer le 56 may 1766 ; par M. l'abbé Clément, aumônier du feu roi de Pologne.
Relation des réjouissances faites à Nancy à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin *.
« Le Ciel ayant comblé les vœux de la France, en accordant au grand monarque qui la gouverne, et à son auguste épouse, un Dauphin, né le 55 octobre 1781 , la nouvelle n'en fut pas plutôt arrivée à Nancy, que les officiers municipaux, en secondant l'empressement de toute la ville,
' Voy., dans le Journal de la Société d'Archéologie, novembre 1855, el septembre-octobre 1856, Relation des derniers moments et des funérailles de Stanislas, par un auteur contemporain ; — Relation de la mort et de la pompe funèbre de Stanislas, par Coster.
3 J'ai cru devoir reproduire le récit de cette fête, parce qu'elle fut la dernière qui eut lieu à Nancy avant la Révolution, et qu'elle donne une idée de la manière dont s'y célébraient les réjouissances publiques. Cette pièce est imprimée.
s'assemblèrent pour arrêter les témoignages qui scroient donnés, dans celle capitale, de l'allégresse publique, et des sentimens de reconnoissance dont les citoyens étoient pénétrés pour un présent aussi précieux et aussi désiré.
» Pour remplir ce double objet, ils ordonnèrent des actes de bienfaisance, eu même lems que des réjouissances publiques ; et , en conséquence , qu'une fille de chacune des sept paroisses de Nancy, choisies entre les plus vertueuses et les plus. pauvres, seroient mariées et dotées chacune d'une somme de 500 livres ; et que colles d'entr elles dont les époux ne seroient point origiuaires de Nancy, auroient gratuitement des lettres de bourgeoisie : Il fut, en outre» arrêté une distribution de pain aux pauvres, des fontaines de vin, des illuminations et autres marques extérieures de joie.
» La délibération des officiers municipaux étant connue, on s'empressa d'en imiter la bienfaisance : M. l'inlendaut dota deux autres filles ; ses secrétaires en dotèrent uue, et quatre autres le furent encore par la générosité de plusieurs personnes distinguées dans les trois ordres, eu sorte qu'au lieu de sept filles, il y en a eu quatorze de mariées.
» Le mercredi 21 novembre, jour fixé pour rendre de solemnelles actions de grâces à l'Être suprême, par le chant du Te Deum , ces filles se rendirent le matin avec leurs futurs et leurs parens, à l'Hôlel-de-ville , où on leur distribua des gans et des livrées ; à neuf heures et demie,
deux bedeaux vinrent les chercher pour se rendre à la Cathédrale, où éloil déjà un détachement de la garnison, pour maintenir l'ordre ; la marche fut précédée d'un corps de musique militaire ; les époux avec leurs familles furent placés dans des bancs mis exprès, près des balustrades du chœur ; les officiers municipaux les suivirent et les présentèrent à l'autel , les curés des diverses paroisses de la ville présens, et soutinrent le poêle sur les mariés ; M. le grand doyen, officiant avec toute la pompe et la magnificence du jour le plus solemnel , fit un discours touchant aux époux, analogue à la cérémonie et aux motifs qui la déterminoient ; il reçut leur foi mutuelle , et bénit leurs vœux et leurs promesses ; ensuite uue messe haute et du plus grand apparat, fut célébrée à double chœur de musique.
» Le service fini , les mariés , avec leur suite , sortirent dans le même ordre qu'ils éloient entrés , et revinrent à l'Hôtel-de-ville , où ils se placèrent avec leurs pères et mères, ou ceux qui les représentoient, à une table en fer à cheval, de 90 couverts, garnie avec abondance de tout ce qui étoil nécessaire pour rendre le festin aussi agréable qu'utile.
• Au dessert, les officiers municipaux remirent aux époux leur dot, et ensuite, le verre à la main, la sanlé du roi, de la reine, de monseigneur le dauphin, et de toute la famille royale, fut portée , et la salle retentit à l'instant de cris
redoublés et répétés au loin, de vive le roi, la reine, monseigneur le dauphin, et toute la famille royale.
» Le diner fini, les mariés dansèrent, à la symphonie de la musique militaire qui ne les avoit pas quittés, et qui les précéda encore pour se rendre, à quatre heures de relevée, à la Cathédrale, où le Te Deum fut chanté en actions de grâces, le Parlement, la Chambre des Comptes, les corps de justice et tous les ordres de la ville, présens.
» Après quoi, la garnison, distribuée sur les remparts de la citadelle, Gt une triple décharge de mousqueterie, pendant que l'artillerie ronfloit.
» Il y eut ensuite, aux frais de la ville, comédie donnée gratis aux nouveaux mariés, à leur famille et au peuple.
» A six heures, on commença l'illumination des place Royale et place Carrière ; elles furent éclairées à doubles cordons de lampions.
» Au-devant de la façade de l'Hôtel-de-ville , on avoit élevé un arc-de-triomphe, haut de trente-six pieds, large de soixant-douze, décoré de quatre pilastres d'ordre dorique, élevés sur un socle à refend, de sept pieds de hauteur; le portique étoit rempli par un transparent aux armes de monseigneur le dauphin, au bas étoit aussi, en transparent, l'inscription de vive monseigneur le dauphin ; les deux trumeaux de droite et de gauche étoienl décorés par des groupes de dauphins entrelacés et posés sur des roses et des lis , surmontés, à droite des armes du roi,
avec l'inscription transparente de vive le roi, et à gauche, des armes de la reine , avec pareille inscription transparente de vive la reine ; le fronton de forme triangulaire étoit surmonté d'un médaillon rempli d'un chiffre formé par les deux lettres, L. A. ; le timpan du fronton étoit orné de bas-reliefs Ggurans les armes de France et de Lorraine, accompagnés d'inslrumens de musique et d'attributs de guerre; un panneau et un portique, moins élevés que l'arc-de-lriomphe, et disposés en fer à cheval, l'accompagnoient immédiatement, et servoient à le faire pyramider ; le panneau de droite étoit décoré, par le haut , des armes du roi ; celui de gauche, des armes de la reine, et au dessous étoient deux grandes figures assises, tenant deux vases couchés, d'où sortoient deux fontaines de vin, qui coulèrent depuis six heures du soir jusqu'à dix, après avoir été ouvertes par M. le maire royal, et par M. le doyen municipal, à la santé du roi et de la reine, de monseigneur le dauphin, et de la famille royale ; ce qui fut suivi des cris de vive le roi, la reine, monseigneur le dauphin et la famille royale, répétés par le peuple , tandis que, dans le même tems, d'autres fontaines de vin couloient aux différens quartiers de la garnison, pour le rafraîchissement des troupes que l'on avoit caseruées, pour prévenir la confusion et le désordre.
» Les deux portiques de l'arç-de-triomphe furent éclairés par des lustres garnis de lampes chinoises ; une cor-
niche, au dessus de laquelle étoieut placés plusieurs grouppes de dauphins entrelacés el plusieurs lis sans fin, lerminoit, par le haut, le fer à cheval. Le tout fut éclairé cl illuminé en lampes chinoises, qui exprimoienl à l'œil un tableau aussi riche que surprenaul et agréable.
» Un orchestre militaire fut placé à côté de chaque fontaine ; on fit d'abondantes distributions de pain ; toutes les rues de la ville furent illuminées à deux cordons, sans ordre de la police, mais par le seul mouvement du citoyen. Le quartier royal, où les troupes sont casernées, fut aussi illuminé : l'hôtel de M. le baron de Pirtsch, commandant le corps de Hesse-Darmstatt , fut décoré par un arc-detriomphe, rempli de figures allégoriques au sujet de la fêle, el éclairé en lampes chinoises, d'un très-bel effet ; et celui de Madame la comtesse de Saint-Germain se distinguait par la multitude des lampions, qui garnissoient toutes les parties d'architecture de la façade.
» Enfin, le son de toutes les cloches, le bruit de l'artillerie et de la mousqueterie, celui des chœurs de musique, placés à rilôlel-de-ville, et des instrumens de guerre , les cris d'allégresse et de vive le roi, la reine, monseigneur le dauphin et toute la famille royale, qui se répétoienl dans tous les quartiers de la ville et des faubourgs, avec l'enthousiasme el le délire de la joie la plus vive et la plus pure; l'éclat, la multitude et la diversité des lumières et des illuminations, auxquelles le calme et le sombre de la
nuit prèloienl infiniment , ont rendu cette fête aussi brillante et aussi agréable et frappante qu'elle pouvoil l'être, et c'est pour en conserver la mémoire, que les officiers municipaux ont arrêté que la relation en seroit consignée dans les registres du siège. •
AA. i (carton). — 1635-1789.
Dépulations envoyées par la ville.
Députations envoyées en cour, de 1035 à 1659, pour faire connaître la malheureuse situation de Nancy.
« Mémoire pour Messieurs Sarrazin et Jeanmaire, depputez de la part de tous les ordres de la ville de Nancy, capilalle de la Lorraine, pour aller en cour représenter les misères de ladite ville et poursuivre quelque soulagement.
» Le voyage estant entreprins à deux fins, la première, pour éviter le surcroist des charges que la ville souffre présentement ; la seconde, pour obtenir la diminution des mesmes charges, et qui vont ruynant ladite ville de jour eu jour, par la diminution du peuple, en sorle que, sy ces maulx continuent, elle sera bientost tout à faict déserte, et ce qui reste d'habitaus conlrainctz d'aller publier leur misère par tout le monde, cherchans du pain dans les provinces esloignées.
• Comme de ces deux intentions la première est la principalle, aussy, sans réserve aucune, ilz employeront tous les moyens qu'ilz pourront imagner pour faire corn-
prendre à la reyne et au conseil en quel malheureux estât ladite ville est réduicte, et l'impossibilité d'y faire aucune nouvelle levée de deniers à l'advenir, à moings de succomber soubs le faix, contre le service du roy mesme, auquel il importe précisément (outre la réputation) de conserver ceste ville en quelque estât tolérable.
» ... Les considérations principales qu'ils ont à représenter sont les suivantes : Que la ville de Nancy, capitalle des Estalz de la Lorraine, dans le seing de laquelle il y a une armée entière depuis douze ans, est de telle importance que sa conservation est inséparable de la réputation et du service de Sa Majesté ; de la réputation, parce qu'elle l'a promis solempnellemenl, par plusieurs déclarations publicques ; du service, parce qu'il est impossible que son service se fasse en la deslruisant.
• Laquelle conservation ou destruction ne doibt pas estre entendue des pierres des maisons et des murailles, mais du peuple et des familles qui la composent et font la véritable ville.
» Que ceste ville, autresfois sy florissante, est maintenant tellement descheue de son esclat, que ce n'est plus qu'une image de misères.
» Sa puissance et richesse consistait au nombre du peuple, en l'abondance de l'argent que les princes et grands seigneurs y respandoient par une magnificque despence ; aux rentes en argent qui estoient dheuës et payées aux
principallcs familles, et en grand nombre, sur les sallines et domaine du prince, au profflct des charges de la cour, de la justice et des finances ; au revenu de la campagne, qui faisoit le principal nerf de sa subsistance , et au commerce.
» Maintenant, depuis douze ans ençà, toutes ces sources sont taries : le peuple est réduit à ung très-petit nombre; il n'y a plus ny princes ny grands seigneurs qui y apportent aucune commodité, ny qui le puissent faire, la .noblesse la plus relevée ne pouvant vivre qu'à peine en travaillant au mcsnage de leurs maisons ; on ne paye plus de rentes sur le domaine ny sur les sallines ; il n'y a plus de charges, ny à la cour, ny de justice au Conseil du prince, Chambre des Comptes, Cour des Aydes, mais encore de finances ; la campagne est inculte et sans aucune seurelé ; le commerce tout anéanty.
» Après tous ces maulx, il se trouve aujourd'huy qu'il n'y a que treize cenlz huicl habitans dans ladite ville et sur le ban », y comprins les ecclésiastiques, genlilhommes et nobles, qui font bien ung quart de ce nombre ; y comprins aussy toutes les familles, dont beaucoup aujourd'huy des plus notables sont conlrainlz d'implorer secretleraent
1 Une attestation, signée du greffier et du receveur de la ville, jointe a cette pièce, porte qu'en 1633, • il y avoit la quantité de deux milz huict centz soixante-quinze bourgeois ou maistres de famille, tant ez deux villes de Nancy que sar le ban, en ce comprins les ecclésiastiques, genlilhommes et nobles •.
l'aulmosne de la Mission f . 11 y en a, outre ce, plus d'un quart qui la demandent ouvertement, et plusieurs familles qui, à tous les convoys, s'en vont en France chercher à vivre ; ce qui témoigne assez irréprochablement qu'ilz ne sont pas en estai de fournir chose quelconque. Restent six à sept centz bourgeois fort médiocres, la pluspart artisans, qui gagnent leur vie au jour la journée.
> Comme le nombre et la force du peuple doibt estre le fondement de toute imposition, celuy-cy estant trèspetit et très-exlénué, ne peut pas supporter grande charge; toulesfois, il se trouve que la ville de Nancy, en ce misérable estât, est chargée de subsides et fournitures de meubles ; impositions qui montent tous les ans à près de deux centz milz frans barrois, quelle ne debvroit pas soustenir, et qui sont des fruilz très-amers de la continuation de la guerre. Aussy, ces maulx la minent et rongent sy visiblement, qu'elle s'affaiblit tous les jours, et tombera enfin en ruyne sy elle n'est soulagée.
» Le dcstail de ces charges consiste :
» Premièrement, en ce que les aydes et impostz n'estans point dheus au prince, en Lorraine, et ne faisant poincl partie de son revenu, ilz ne se le voient en ce pays que par la concession de ses Estalz, pour ung temps, et se changeoient de temps en temps ou cessoient, selon la
1 Vojei la note p. 384.
résolution des Estalz et la commodité ou incommodité du pays. Or, combien que, dès le dernier mars 1C33, tous lesdilz impostz et aydes soient finis, néantmoins on ne laisse pas de les tirer sur la ville de Nancy, par surcharge et contre les loix du pays ; et vont tous les ans, quand aux impostz, à prés de quarente mitz frans, plus ou moings, selon la rencontre, ayans bien monté quelquesfois à prés de soixante-dix milz frans. Et quand à l'ayde, on en lire annuellement cinq milz trois cenlz trente-trois frans quatre gros, autant, sans diminution, que la ville de Nancy en payoit pendant la plus grande abondance de la paix.
» En second lieu, comme, de ces sommes, le prince en desduisoit tous les ans la rente de quatre-vinglz milz frans qu'il doibt à la ville, tant par emprunlz qu'il en a faicts que faict faire par Monsieur le prince de Phaltzbourg, de laquelle rente la ville se payoit par ses mains en retenant lesditz deniers; maintenant, on l'oblige de payer sans déduction et sans luy faire raison de ce qui luy est deub sur le domaine.
» Il est aussy deub à ladite ville, à cause de la direction quelle a de l'hospital destiné pour le soulagement des personnes affligées de contagion, unze centz vingt frans de rente par chacun an sur les deniers de la salline de Dieuze ; de quoy elle a toujours esté payée, mesme du temps de M. Lefebvre, intendant pour Sa Majesté en ce
pays; depuis l'absence duquel la ville n'en a tiré aucune chose.
» En troiziesme lieu, il y a une autre levée de deniers, appellée les solz, qui monte par an à environ quatre milz frans, plus ou moings selon le nombre des habitans, qui appartenoil a la ville par octroy des ducs, renouvellè de temps en temps pour les nécessitez de ladite ville ; maintenant, le roy prend encore ces solz et les lève sur les habitans.
» En quatriesme lieu, le surtaux du sel, qui est à la (bulle de la ville de Nancy, monte encore à vingt-trois milz frans par an, qui se prennent sur lesdilz habitans, lesquelz, en outre, sont privez de la liberté de s'en fournir à la salline ; laquelle ils ont eue de tous temps ; et, au lieu de soixante et dix frans, qui esloil le prix du muid de sel, il est rehaussé à cent soixante-douze frans. Et il s'en débitte par an deux centz trente muids, qui font ladite somme de vingt-trois milz frans et plus de surtaux, au lieu que, cy-devant, la ville avoil le droicl du magasin, laflermoit à son proffict et laissoit aux particuliers la liberté de se pourvoir de sel à la salline.
» En cinquiesme lieu, l'imposition sur le bled, nouvellement inventée eu l'an 1G37, et inconnue auparavant, par laquelle on lève deux frans sur chasque resail de bled qui est moulu, pour le payement de la compagnie des gardes de Monsieur le gouverneur, dont la solde debvroit
eslre fournie des deniers du roy, et ou la faict fournir au pauvre peuple de Nancy par cestc imposition, qui, eu l'an 1637, montoit à soixante milz frans, et maintenant ne va pas qu'à environ trente milz frans, à cause de la diminution du peuple; et se lève avec telle exactitude, que personne n'en est exempt.
» En sixiesme lieu, vient le redoublement de l'imposition du vin, laquelle ayant esté faicle volontairement par la ville pour la nourriture de ses pauvres, le roy l'a doublé en l'an 1637, et a bien monté pour une fois à dixhuicl milz frans
» En septiesme lieu, le logement de la garnison dans Nancy, composée cy-devant de six régimentz, et à présent de quatre, qui sont Brazeu, Jonchères, Lambertye, Boece; les cent soixante ou quatre-vingt Suisses et une compagnie de cavallerie des gardes de Monsieur le gouverneur ; il faut que le petit nombre de bourgeois nécessiteux qui reste aujourd huy fournisse continuellement le logement, les meubles et les ustencilles à toutes ces troupes; ce qui devient sy difficile que, quand ung bourgeois vient à deffaillir, on a toutes les peiues du monde d'en substituer ung autre pour ladite fourniture ; que, par la surcharge d'un tier, les seulles ustencilles, réglés à quatre gros par sepmaine pour chasque chambrée de simples soldatz, montent desjà à douze milz frans.
> Et le dépérissement des meubles, perle et dissipation
d'iceux, qui se faict tous les jours, tant par les soldatz que par les ofûciers, couste au peuple six fois davantage; et cela est presque inévitable, nonobstant tout Tordre que Ton y puisse apporter. Après, suit la démolition des maisons, telle que, des plus belles maisons de la ville n'ont plus que les quatre murailles toutes nues, depuis le fond de la cave jusques au toict. Ceste seule charge estant continuelle, nécessaire et sy pressante à ung peuple ruyné, qui n'a plus que le souffle, et disproportionnée au petit nombre qui reste, debvroit suffire pour sa part des amertumes de la guerre.
» En huicliesme lieu, le peuple de Nancy supporte encore la fourniture des meubles ez hostelz et maisons de monseigneur le gouverneur, de messieurs les gouverneur de la citadelle, lieutenant de roy, major de la garnison, et des sieurs commissaires, contrôleurs des monstres, ofûciers de l'arcenal et autres extraordinaires ; à quoy on ne peut jamais fournir et qui ne peut estre estimé, et qui est très-incommode de part et d'autre ; car eulx ne sont pas fournis selon leurs qualitez, et le peuple leur baille encor pardessus ses forces, notamment après avoir vendu, depuis douze ans, ses meilleurs meubles pour avoir du pain.
• Messieurs les depputez se souviendront aussy de
l'article des rcspilz nécessaires à la ville pour les debtes communes, qui vont à plus de trois centz quaraule milz frans empruntez pour les nécessitez publicques, et
remonstreront que la ville de Nancy, à présent, n'a pas sept à huict milz frans de revenu effectif ; que les charges de fa police ne se peuvent acquitter sans de plus grands frais. Il est d'ailleurs impossible de lever de l'argent sur le peuple, dans le misérable estât où il est
» Qui pis est, la cour de Parlement, séant à Toul, sans considérer l'impossibilité de faire de nouvelles levées de deniers dans Nancy, ny les raisons publicques et politiques, mesme du service du roy, qui l'empesche, donne quelquesfois des arrestz par lesquelz, contre la teneur des contractz, elle condamne des particuliers pour le publicque, décerne des contraintes contre leurs biens et leurs personnes, saulf leurs recours contre les autres habitans ; qui est introduire une guerre civile et ung pillage mutuel des ungs contre les autres
» Messieurs les depputez adjousteront encore qu'il
y a deux maulx qui ruynent et miuent la ville de Nancy :
» Le premier, qu'eu toutes les deux villes, qui sont sy grandes, il n'y a qu'une porte ouverte, et jamais poinct en la vieille ville, comme l'on y en ouvroit une avant l'an 1637, quoyque les frontières ny les trouppes ennemyes ne fussent pas sy esloignées qu'elles sont à présent ; ce defTault rend la vieille ville toute déserte.
» Le second mal est la prinse des chevaulx et bestes de charuê et emprisonnement des laboureurs et gens du travail des champs, soit pour debtes ou pour contributions ;
ce qui faict cesser le peu d'agriculture qui reste, et qui est néaulmoings le fondement de la subsistance du peuple et
des soldatz
> Le présent Mémoire a esté veu, leu et examiné et
aggréé de la Chambre du Conseil de la ville de Nancy, ce vingtiesme avril 1645 >
Lettre du roi à M. de Beaubourg, iutendant, pour la décharge des nouvelles impositions qu'il avait ordonnées sur la ville de Nancy : « Monsieur le Président, les habituns de Nancy ayant député icy pour se plaindre de ce qu'au lieu de les soulager, vous les avez surchargez de nouvelles impositions, je vous escript la présente, par l advis de la reyne régente Madame ma mère, pour vous dire que vous ayez à les descharger desdites nouvelles impositions, et à ne leur en poinct faire payer de plus grandes que par le passé ; mon intention estant que vous procuriez leur soulagement autant qu'il se pourra, attendu qu'ilz me sont recommandez par mon oncle, le duc d'Orléans. Sur ce Escript à Paris, le xiv* novembre 1646.
Signé : Lotis ».
Voyage fait à Paris, en l'année 1649, par les sieurs Sarrazin et Jeanmaire, afin d'obtenir la décharge des deniers demandés à la ville pour les troupes du sieur d'Erlac.
Résolution de Messieurs du Conseil de ville pour former opposition à l'exécution de l'ordre du roi touchant les
deniers demandés à la ville pour les troupes de d'Erlac.
Requête adressée à M. de Marie : ■ Supplient humblement les conseillers de la ville de Nancy que il leur
soit permis de faire leurs très-humbles remoustrances à Sa Majeslé de 1 estât de leur misère, par les charges que le peuple supporte par le passage des armées, par la mauvaise récolle qu'ils ont faict l'année dernière, jusques à ce point qu'il a fallu faire ouvrir les greniers afliu que les bourgeois qui avoienl quelque bled en réserve en aydassent ceux qui n'en avoient poiuct, pour faire cesser les clameurs du peuple, dont la pluspart sont réduilz à ne manger que du pain d'avoine. Et davantage, la montre des grains pour la récolte de Tannée présente ne promet que fort peu, et la semaille des bleds, faicte à la saison d'octobre dernier, ayant esté pour la plus grande partie perdue par les innondations et rigueurs de l'hiver, on a esté contrainct, à la saison de mars dernier, de mettre de l'orge où il y avoil eu du bled semé, pour ne perdre la cullure ; ce qui menace d'une stérilité bien plus grande que l'an dernier; sur laquelle il y a encore quatorze mois à passer ; ce qui tient tout le pauvre peuple dans l'appréhension d'une famine ; lequel, desnué de tous meubles, pour les avoir portez et vendus en France pour en ramener du grain pour se nourrir, n'a plus quoy que ce soit pour se secourir, aflbibly d'ailleurs de continuelz quartiers d'hiver depuis cinq à six ans, au milieu de quoy
est la ville de Nancy, dont des piincipaulx quartiers sont aujourd huy déserts; où les maisons, faulte d'habitation et de réparation, pour l'impuissance des propriétaires, mortz ou cherchant leur vie ailleurs, tombent Tune après l'autre, de sorte que ce n'est plus qu'une vaine image de ce qu'elle a esté.
• La reyne sçayt, et desjà dès plusieurs années, combien des plus notables bourgeois de ladite ville sont à l'aumosne des charitez qui se sont faictes dans Paris; desquelles Sa Majesté a faict les principalles et en a voulu prendre cognoissance par les pères de la Mission, et a veu des misères que sa bonté a déploré *. Aujourd'huy, ces aumosnes cessent, au poinct d'une nécessité plus grande, et qui, par les années, se faict plus forte, qui faict plusieurs mendiantz honteux et secretz. Ce qui reste des meilleures familles sont les plus misérables, leurs héritages demeurans sans culture, ne pouvans tirer aucunes rentes, qu'est le revenu dont ilz souloient vivre. Le
1 La reine était secondée dans ses actes charitables par saint Vincenl-de- Paul. Par les soins de ce dernier, les prêtres de la Mission se répandirent dans les moindres hameaux de la Lorraine, distribuant aux plus nécessiteux, avec les secours de la religion, d'abondantes aumônes. - Votre ebarité est si grande, lui écrivait-on de Nancy en 1643, que tout le monde a recours à elle. Chacun vous considère ici comme l'asile des pauvres affligés. » On estima l'argent répandu par lui dans notre malheureux pays, à plus de deux millions de francs. (Voy. M. d'Haussonville, Histoire de la réunion delà Lorraine à la France, t. Il, p. 6Î-66.)
reste ne consiste qu'en peu d'artisanlz, en une ville qui n'est pas de commerce ny en assielte pour en faire, et dont les couventz font lanlost le plus grand nombre ; chargée, depuis seize ans, d'une garnison qui est une petite armée, à qui il a faillu fournir les meubles et ustancilles; de sorte que, outre les privilèges qu'ilz ont en la ville de Nancy, confirmez par Sa Majesté, et l'impossibilité d'ailleurs de trouver aucun argent, ilz ne croyent pas qué vous vouliez réduire leurs bourgeois en un estât misérable, de les mettre en prison, appauvris par le malheur des guerres »
Etals généraux.
L'inventaire des Archives delà ville, dressé en 1748, mentionne
• un volume d'écritures où sont contenues diverses remontrances faites par Messieurs de la ville à l'assemblée des États, où on prétendoit rendre ladite ville taillable, de quoi elle est exempte par les chartes et privilèges à elle accordés par les ducs de Lorraine », et
• treize lettres missives ou mandements des ducs Charles III, Henri II et Charles IV, de 1996 à 1629, à l'effet d'envoyer des députés de la ville aux Étals généraux ». Ce registre et ces pièces ont disparu, et il reste même peu de documents relatifs à la convocation des Étals généraux de 1789. J'ai cru devoir y suppléer en donnant des extraits du • Procès-verbal de l'assemblée des trois ordres de Lorraine, tenue en l'Hôtel-de-ville de Nancy « du 30 au S5 janvier 1789.
Séance du S0 janvier. —Nomination de M. le comte de Custine d'Aufflance comme président. Rapport de MM. Mollevaut et Pru-
1 Ce procès-verbal, imprimé, se trouve aux Archives do département.
gnon touchant le» démarches qu'ils ont faites près des ministres, au nom du tiers-étal de la capitale et des villes qui ont adhéré à sa délibération.
Séance du SI janvier. — Nomination de la commission chargée de préparer les objets à mettre en délibération à l'assemblée générale, et élection de quatre syndics, dont un dans chacun des deux premiers ordres, et deux dans celui du tiers. Résultat du scrutin 1 :
Clergé.