‹ Les archives de VeniseChapitre 102 sur 176 · INTERET DES ESPOSIZIONI PRINCIPI · texte numérisé non relu

INTERET DES ESPOSIZIONI PRINCIPI

1558. Affaire de la préséance à reconnaître entre le Roi Très-Chrétien et Sa Majesté Catholique, avec tous les discours, les lettres et les négociations auxquelles elle a donné lieu.

1562. Requête présentée au nom du Roi Très-Çhrétîen à la République pour contracter avec elle un emprunt de deux cent mille ducats afin d'aider à sa défense contre les huguenots, et discours de l'Ambassadeur à cette occasion.

Mémoiie présenté par V Ambassadeur de France touchant les efforts de la Reine pour apaiser les troubles dans le royaume.

].^ Ambassadeur de France expose que la Reine mère a tout fait pour ne pas laisser s'introduire dans le royaume la religion nouvelle et pour qu'on n'en vint pas aux armes : il cite des faits pour démontrer que la Reine a sans cesse essayé de sauvegarder la foi catholique, et sollicite la conclusion de l'emprunt dont elle a besoin.

\J Am.bassadeur de France rend compte de la victoire du Roi sur les huguenots et de l'obligation que le Roi et tout le royaume ont pour Sa Sérénité, en raison du prêt d'argent qu'elle leur a fait.

\? Ambassadeur du Roi-Très Chrétien et le gentilhomme venu de Fi-ance rendent compte de la victoire du Roi , louent fort Sa Sérénité, et lui offrent les forces du royaume en cas de besoin. Il met très-haut la valeur du duc de Guise dans cette entreprise.

].' Ambassadeur de France dit que le Roi est entré à Lyon avec allégresse de toute la ville, que le Roi sera toujours affectionné à la République, que le Cardinal de Lorraine se met à sa tlisposition.

Toutes sommaires que soient ces indications, il nous est permis do penser qu'elles suffiront à démontrer l'intérêt politique de ces pièces, qui, dans les regfistrcs où elles sont conservées, présentent le plus complet développement. On peut estimer qu'à dater de 1562 , année où fut commencée la négociation de l'important emprunt

de deux cent mille ducats pour le compte du Trésor de France , les Esposizioni Princijn sont régulièrement rédigées et que toutes les audiences des ambassadeurs, à l'exception de celles que des raisons d'Etat appelaient à se passer en Conseil des Dix, et dont nous aurons à parler ailleurs , y sont relatées fort consciencieusement. L'abondance de ces pièces devient surtout extrême lorsque, après 1582, la réformation dudit Conseil, discutée si vivement et présentée aux votes de tous les patriciens, eut restreint de beaucoup cette ingérance si grande que depuis les premiers événements de la ligue de Cambrai , en 1509, il s'était peu à peu acquise dans les affaires étrangères de la République.

Amelot de la Houssaye, dans son Histoire du gouver- ?iement de Venise, dit que l'on appelait Venise « l'Ecole et la Pierre de touche des Ambassadeurs , car c'est là, dit-il, (fue les Princes mettent leurs sujets à C épreuve j>our en savoir le juste prix. » La manière toute particulière d'y traiter sans cesse devant un Conseil assemblé donnait en effet à l'ambassade à Venise un caractère qu'elle n'avait pas ailleurs au seizième siècle. Il fallait que l'Ambassadeur se fit à l'usage d'exposer à haute voix l'objet qui l'amenait devant Leurs Seigneuries du cabinet des ministres. Jamais d'intimité, jamais cette facilité dans la négociation que donnent la confidence et l'habitude des relations! Si simple et bref que voulût être un ambassadeur dans son exposé, il ne pouvait faire autrement que de jouer son rôle d'orateur. Lorsque les affaires étaient sinon indifférentes, du moins peu importantes.

DE L'AMBASSADEUR DE FllANCE A VENISE. hU9

la chose était facile; mais lorsqu'il s'agissait pour la France de soutenir une ve'ritable lutte contre les persuasions que prétendait faire naître dans l'esprit des Vénitiens la politique rivale de l'Espagnol et de la maison d'Autriche, il importait que l'Ambassadeur fit assaut de talent dans la diction , de pénétration dans l'exposé de ses motifs. Il importait qu'il persuadât. Il n'était pas, comme dans les autres Cours, un représentant du Roi ayant quelquefois à communiquer, sous le sceau de la confidence, à un premier Ministre, par conséquent en téte-à-téte avec lui, les choses qu'il avait reçu l'ordre de lui dire; il était, dans toute l'acception du mot, le grand avocat politique, plaidant la cause politique du Royaume devant un Ministère assemblé. Un des plus remarquables ambassadeurs de France à Venise , celui qui réunissait toutes les conditions de l'orateur négociateur, fut M. d'Avaux , choisi ])ar le Cardinal de Richelieu dans le moment où la grave question de la succession de Ma7itoue et les affaires du Piémont occupaient l'esprit du plus grand des ministres qu'ait jamais eus la France.

Lorsque le Roi avait désigné le personnage qui devait aller ambassadeur à Venise, le Vénitien qui résidait à la Cour avait aussitôt le soin de s'informer sur le caractère, siu' les (jualités et les habitudes du nouvel accrédité, pour en faire rapport dans sa déjH^che au Sénat. C'est ainsi que dans la correspondance des Vénitiens on peut trouver d'intéressants renseignements sur la personne des hommes d'État qui avaient mérité la confiance du

Souverain pour occuper ce poste diplomatique. Il suffit, pour les rencontrer, d'examiner les dépêches ordinaires dont la date est en corrélation avec celle de la déclaration royale. Il fut même des ambassadeurs sur la personne desquels les informations recueillies ont fait l'objet d'une dépêche spéciale, adressée aux Inquisiteurs d'Etat. Le Sénat était aussi toujours avisé de l'époque du départ du nouveau représentant du Roi, ainsi que de la route qu'il avait l'intention de prendre pour se rendre de Paris à Venise. Cette route était quelquefois celle de l'Allemagne et du Tyrol, le plus ordinairement elle était celle de la Savoie , du Piémont et de la Lombardie. Ces directions dépendaient d'ailleurs de l'état des relations qui existaient entre la Cour de France et celle des pays par lesquels l'ambassadeur devait passer. A la fin du seizième siècle , le voyage par l'Allemagne exigeait plus d'un grand mois. Antoine Séguier, ambassadeur pour Henri IV, qui, parti de Paris le 26 septembre, avait dû éviter de passer sur les terres de Monsieur de Savoie , et prendre le chemin de la Lorraine et de l'Allemagne, n'arriva à Venise qu'à la fin d'octobre. Lorsque au contraire les bons rapports avec INIonsieur de Savoie permettaient que le train de l'Ambassadeur de France passât sm* son territoire, celui-ci avait l'usage de s'arrêter à la Cour de Turin et d'y présenter le compliment du Roi. En ces circonstances, la première dépêche de la correspondance d'un Envoyé de France à Venise est presque invariablement datée de Turin. Arrivé au lieu de la résidence, l'Ambassadeur nouveau occupait assez habituellement le palais de son prédécesseur; aussi le domicile de l'ambas-

sade de France à Venise a-t-il peu varié. Et comme en cette ville il était d'usage que des ambassadeurs ou résidents étrangers n'habitassent point dans les quartiers voisins de la place de Saint-Marc, et trop près du lieu où se traitaient les affaires politiques de cet Etat, il en résulta que le palais de France à Venise fut presque toujours choisi dans le quartier dit de Cannareggio. L'espace de terrain occupé par tous les bâtiments de la résidence, avec les maisons attenantes et aboutissantes, avait droit d'asile, et aucun sbire de l'Etat ne pouvait prétendre à y mettre le pied. Cette prérogative étrange pouvait être très-honorable pour le pavillon du Roi, mais il convient de reconnaître qu'elle était, par suite des abus qui en dérivaient, une source continuelle de discussions et de mécontentements entre l'Ambassadeur et le Gouvernement. Les échanges de notes à cet endroit ont été trèsnombreuses et souvent fort aigres. Un mémoire de M. de Paidmv sur le ti^aiiement des Ambassadeurs à Venise ' en fait foi. Différentes autres prérogatives relatives aux droits d'entrée appartenaient encore aux ministres résidents auprès de cette République; mais il est permis de dire que celles-ci, non plus que les précédentes, n'étaient choses faites pour entretenir la })aix et l'accord entre les ministres du Roi et les magistrats vénitiens. Il est telle correspondance dont la plus grande partie ne roule j);ïs sur d'autres objets que ceux des différends auxquels donnait lieu l'exercice de ces droits, que

' Anr.iMVKs de VtxrsE, Conxeil das Dix (Parti secrète, fiha 73), 1708, 2 févtici.

les uns voulaient sans limites et que les autres auraient voulu restreindre'.

Les occupations diplomatiques d'un ambassadeur de France à Venise varièrent selon les temps. Au seizième siècle, le ministre du Roi avait, pour alimenter sa correspondance, à faire de constants rapports sur les Etats du Levant, dont Venise était en quelque sorte l'entrepôt commercial et politique. Les nouvelles y étaient incessantes, et l'ambassadeur devait être aux écoutes. Il lui appartenait aussi de rendre compte des affaires de quelques principautés italiennes dont les terres confinaient avec celles de la République. Souvent même il devait aller en visiter les princes. La maison de la Mirandole, qui, au temps des Valois, était sous l'immédiate protection de la France, est sans cesse l'objet d'un article des dépêches de l'Ambassadeur. La maison de Mantoue était aussi de celles qui devaient tenir éveillée son attention diplomatique. A la saison d'automne, plus particulièrement au dix-huitième siècle, l'Ambassadeur, se conformant aux modes çt usages du pavs, quittait la ville et louait une villa sur les bords de la Brenta, entre Venise

' Ainelot de Gouniay, accrédité le 18 novemln-e 1682, eut ainsi de coiitiniiclle.-; difficultés, aussi deinanda-t-il proniptement son changement, qu'il olitint le 2 novembre 1684. Sa harangue de congé renferme ce passage ciu-ieux et d'ailleurs fort piquant :

« Pour moy f/iii n'ai pas eu le bonheur de trouver les occasions pendant le temps de mon ainhassade de vous prouver mon attachement sincère et respectueux par des services réels; si les conjonctures ont rendu mes intentions infructueuses , et si l'ardente passion que j'ay toujours eue d'acijue'rir r/uelrpte mérite auprès de vous est demeurée inutile, vous me devéi du moins la justice d'estre persuadés que fay toujours conservé les dispositions les plus pures et tes plus vives pour toutes tes choses par lesquelles J'aurnis pu vou^ plaire. »

DE L'AMBASSADEUR DE FRANCE A VENISE. .V5:i

et Padoue. Aussi les dépêches à cette époque de l 'année sont-elles généralement dénuées de tout intérêt, et l'Ambassadeur se trouve réduit à dire, plus ou moins, que l'absence des principaux magistrats, ([ui sont à la campagne jusqu'à la Saint-Martin, ne laisse rien transpirer de ce (pii peut avoir rapport aux ailaires. Pendant ce temps, les ministres les plus consciencieux soignaient les mémoires qu'ils avaient charge d'écrire, soit sur l'état politique de la République , soit sur l'état du commerce en général, soit sur celui de quelques manufactures encore prospères. « Mais soyés sûr. Monsieur (écrivait spirituellement l'abbé de Bernis au Ministre des Affaires étrangères à Paris), cpie je suis très-aise de n'avoir pas des occupations plus importantes : l'Enrojje n'est heureuse que quand les Ambassadeurs n'ont rien ci Jaire '. » Aussi sa correspondance, entre autres, est-elle émaillée de Mémoires concernant Vétat des marchandises que Maiseille tire de Venise, ou relatifs aux poids, mesures et nwnnaies en usage, ou encore sur le commerce de la République dans le Levant,

Mais si l'Ambassadeur devait renseigner le principal Secrétaire d'Etat sur les choses politiques, il ne devait point oublier les hommes «pii avaient la direction des affaires.

« Il n'est pas nécessaire d'observer à l'anibassadeur du Roy, (écrivait JI. de Saint-Contest), que la coiinoissance du caraclôrt', des intentions et du crédit des nobles Vénitiens qui ont une part principale dans l'administration de la Uépublifjiie. est un des objets les plus essentiels de ses recherches. Le Uov cl

' I.cllios t'i Dépcchcs <lii S'' ;ililj('' lonitu m. lti:itM.s.

son conseil attendent du zèle et de rintellif;ence de l'Ambassadeur les notions qui peuvent leur manquer sur ce point'. »

Les réponses à cet article des Instructions sont en {général curieuses, et puisque nous avons eu tant à discourir sur les attributions du Cabinet des Ministres où les ambassadeurs avaient audience, il nous semble que nous ne saurions tiouver un cadre plus approprié aux portraits de ceux qui le composaient en 1736. C'était l'époque où M. de FrouUay, ambassadeur de France, répondant à l'invitation que lui avait faite le Ministre, lui adressait cette note, peu de jours après la lui avoir ainsi annoncée...

« Je ne manqueray pas, Monseigneur, de former le plutôt qu'il me sera possible un Mémoire qui contienne la connoissance des caractères, des talents et des inclinations de ceux qui ont le plus de part au gouvernement de Venise, ainsi que de l'autorité et du crédit qu'ils v peuvent avpir. J'y ajouterai te qui regarde les caractères et les talents des ministres étrangers qui résident icy, et je me conformerai à vos ordres dans les changements qui arriveroicnt des principales têtes qui composent le Collège, le Sénat, le Conseil des Dix et le Grand Conseil -. "

Le Mémoire répond pur le détail aux promesses de l'Ambassadeur, mais nous n'en reproduirons que les traits concernant les personnes du Cabinet des Ministres :

Le Collège est composé du Prince, de six Conseillers, six Sages-Grands, quatre Sages de Terre ferme, le Sage caissier,

1 Iwlriiclions de M. dk Saint-Gontkst, ininisti-c des Aff;iires étrangères de France, (li sepleinbre 17.")l-24 juillil 1754.)

'■^ Lettres H Dépê<-hes du comte dk Fisoullay, ainhassadeiir pDiir le Rui à Venise (173:}-17W).

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