DEPECHES ADRESSEES AUX DIX
étaient chose rare. Les prérogatives du Sénat n'avaient pas été atteintes à cet égard. Mais lorsque les circonstances politiques eurent, avec le règne du roi Charles VIII en France, rendu les relations extérieures au delà des monts d'une importance pour ainsi dire inconnue jusqu'alors, lorsque l'expédition d'Italie eut créé un mouvement exceptionnel dans les affaires, lorsque les intrigues extraordinaires de Ludovic le More, tantôt avec la Cour de France, tantôt avec celle de rp]mpereur, eurent nécessité de la part des Etats voisins une surveillance, une vigilance, une attention qui intéressaient au plus haut degré le salut de l'Etat, le Conseil des Dix en arriva à prendre en main le manège de certaines négociations dont jusqu'alois le Sénat seul avait eu le soin. L'impérieuse nécessité de garantir exceptionnellement le secret de certaines informations porta le Conseil des Dix à restreindre telles ou telles communications. Il se mit peu à peu en rapport direct avec les Ambassadeurs, et ce fut ainsi que commença à se former cette correspondance spéciale qui par la suite, pendant une grande partie du seizième siècle, devint si abondante. Les temps difficiles que la République eut à traverser pendant cette terrible lutte que l'histoire appelle la Ligue de Cambrai, accrurent d'autant le pouvoir politique du Conseil des Dix dans la direction des Affaires étrangères, et on peut dire que depuis cette époque jusqu'au jour où la mort du roi François I""^ d'abord et la retraite de Charles-Quint ensuite, apaisèrent les grands différends dont l'Italie avait été le per[)étuel théâtre, il faut rechercher les informations po-
litiques autant dans les papiers tlu Conseil des Dix que dans ceux du Sénat. De ces lettres adressées par les Ambassadeurs aux Chefs du Conseil, comme de celles adressées par les Chefs du Conseil aux Ambassadeurs, il est certain qu'un fort grand nombre a été réduit à néant. Ce qu'il en reste cependant est d'une extrême curiosité. C'est aux soins récents de M. Tommaso Gar que les historiens en devront la connaissance. Dans les divers mouvements occasionnés par les transactions des documents vénitiens, avant que le couvent des Fr-ari fût devenu le centre définitif des Archives, un nombre considérable de papiers s'étaient trouvés en quelque sorte comme abandonnés, sans qu'on se fut bien rendu compte de leur valeur, et lorsque, l'année dernière, le Directeur actuel décida qu'il serait procédé à leur examen , on reconnut que parmi ces papiers étaient les correspondances étrangères adressées aux Chefs du Conseil pendant le seizième siècle. M. Tommaso Gar fut intelligemment secondé dans cet examen et ce classement par l'érudit chevalier Federico Stefani', et présentement la curiosité des chercheurs est à même d'éprouver, à cet égard , les plus vives satisfactions.
* M. FeJerico Stefanl mérite les plus vifs éloges, non-seulement pour sa coopération dans l'œuvre du classement de cette partie des Archives de Venise, mais encore pour les intéressants travaux d'histoire auxquels il a mis la tnain depuis plusieurs années. Il est aujourd'hui un des continuateurs Ifs jilus actifs du grand et célèbre ouvrage de Pompeo Litta sur les familles célèbres d'Italie. Il y a quelques années, le ministère de l'instruction publique eu France lui confia la mission de rechercher dans les jiajiicrs d'Italie, particulièrement en Toscane et en Vénétie, les documents relatifs aux orijjines des Bonaparte, et les publications qu'il a produites à cet effet sont des plus estimées.