‹ Les archives de VeniseChapitre 71 sur 176 · PRÉSENTS DU UOI AUX AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

PRÉSENTS DU UOI AUX AMBASSADEURS

M La suitte des médailles de la vie du Roy ne peze en argent que deux mil cinq cens livres , et les moindres présents que le Roy fait aux ministres étrangers sont d'environ 4000 livres, un peu plus, un peu moins. Ainsi pour y suppléer, on mettra un certain nombre de médailles d'or parmy celles d'argent, et le nombre de médailles d'or sera augmenté à proportion du plus ou moins de valeur du présent que Sa Majesté voudra faire. Et comme les revers de ces médailles ne sont pas entendus de tout le monde et que Sa Majesté a faict imprimer un livre, il y a trois ans, qui en contient l'explication au bas de l'estampe de chacune, je proposay qu'on joignit un de ces livres au présent des médailles ; ma proposition parut raisonnable '. Le medaillier que le Roy m'ordonna de donner contenoit treize tiroirs, dans lesquels il y avoit deux cens quatre vingt sept médailles dont 280 ctoient d'argent et sept d'or^. »

Nous inclinons du reste à croire que l'usage de présenter le medaillier du Roi aux Ambassadeurs ne fut pas durable, et nous trouvons qu'en 1785 le présent du Roi au Vénitien Giovanni Dolfino fut une boîte

1 « Mais (ajoute encore M. de RiiEiEriL) comme tous les exemplaires qui en ont ete imprimez ont ete distribuez par ordre du Roy, il fallut pour commanccr cette sorte de présent, que je donnasse le livre dont Sa Majesté m'avoit honoré au marquis de Hinuccini. quand je fus luy |)orter les médailles dont Sa Majesté luy fit présent, ce qui est cause qu'on réimprime le livre des médailles pour le joindre à tous les présents que le Roy fera à l'avenir aux ministres publics qui auront été à la Cour; au moyen de cet usafje, les médailles du Roy se répandront dans tout le monde par une voye naturelle (.t durable, et y feront connoître les actions de Sa Majesté et la gloire de son règne. "

2 H Celles d'argent pèzent une once un gros et demy cliacime, et celles d'or deux onces deux gros. »

à portrait avec diamants, de la valeur de vingt mille livres.

Mais ce ne sont point de ces menues choses, dont l'intérêt est d'un genre tout privé, que l'historien, de nos jours , doit demander aux Relations des diplomates de la curieuse République. L'étude qu'on a faite de ces grands documents a révélé des pages impérissables; ce sont celles que ces Vénitiens ont consacrées aux poitraits , petits et grands, des princes et des conducteurs de la politique dans les États où ils ont eu mission d'aller. Là est le véritable attrait de ces belles pièces, utiles à l'histoire. En cet art, comme les peintres de leur immortelle école en ses beaux temps', ils sont des maîtres. Faut-il rappeler ici comment, par eux, l'histoire peut aujourd'hui produire une Catherine de Médicis qui n'est point la femme que nous avaient montrée soit les trop beaux flatteurs, de l'école de Brantôme, soit les trop cruels détracteurs, de l'école de Régnier de la Planche'? Où trouver une série pareille à cette réunion de portraits arrivant de toutes les Cours contemporaines, h de rapides intervalles, et présentés, pour ainsi parler, aux regards de ces Sénateurs qui, par ce moyen, connaissaient sans cesse, d'après des témoins oculaires éloquents, et les affaires des royaumes, empires et répn-

^ Vovez à ce sujet la lielle page de M. A. Reumom, dans sou livre * Délia Diplomatia italiana dal secolo xiii al xvr , " page 97. (Florence, liarbera, 1857.)

2 Voyez le récent ouvrage, aussi iiitéressani f|ue jiidit-ieux , de M. ImliKRT I)K Saint-Amand, « Lcs Femmes de la Cour des Valois n .

C A H AGTERISTIQUE D'UNE DEPECHE ET D'UNE RELA TION. 3(i 1

bliques, et les passions et les intérêts cachés, et la physionomie individuelle de ceux qui avaient en leurs mains lesdites affaires ?

Pour nous résumer, nous dirons : Demandez donc aux DÉPÊCHES le cours graduel et journalier des événements , les récits immédiats des faits, les interprétations momentanées, les impressions subites; demandez-leur les conversations avec les ministres, les audiences des princes, les anecdotes courantes. Mais, demandez aux relations l'image méditée de la Cour, le tableau politique largement fait et judicieusement exposé des questions qui ont défrayé et animé l'esprit d'un Gouvernement pendant les trois années que l'ambassadeur a pu l'observer, demandez-leur aussi la figure fidèlement étudiée, l'âme habilement pressentie de ses chefs, ainsi que l'attitude et les sentiments des peuples.

Dans ses dépêches, l'ambassadeur est un narrateur, esclave des circonstances; dans sa relation, il est l'historien des hommes et des choses politiques, et selon la mesure du talent que lui a départi la nature ou qu'il a acquis par l'étude, il est aussi un artiste et un philosophe.

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