‹ Les archives de VeniseChapitre 92 sur 176 · ESPOSIZIOM PRIXCIPI OU REGISTRES DES AUDIENCES DES AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

ESPOSIZIOM PRIXCIPI OU REGISTRES DES AUDIENCES DES AMBASSADEURS

Caractère tout diplomatique de ces documents. — Nombre des registres et des liasses formant la série des Esposizioni Principi. — Occasion de l'examen de ces Registres pour recLercher quels furent les Ambassadeurs de France à Venise depuis le treizième siècle. — Difficultés pour former un état nominal de ces Ambassadeurs avant le règne de Louis XI. — Etat nominal sous Louis XI , Charles VIII et Louis XII. Evêques ambassadeurs accrédités par François I*^"" et par Henri II. — Ambassadeurs envoyés par Charles IX et Henri III. — Caractère intime des rapports échangés alors avec la Cour de France. — Ambassadeurs accrédités par Henri IV. — Hurault, sieur de Maisse. — Antoine Séguier, sieur de Villiers. — De Fresnes-Canaye. — Ambassadeurs accrédités par Louis XIII. — Claude de Mesmes, comte d'Avaux. — Ambassadeurs accrédités par Louis XIV. — Les affaires de France commencent à perdre de leur importance à Venise en raison de la neutralité dont la République se fait une loi. — Ambassadeurs accrédités par Louis XV. — Fragment des Instructions données à l'abbé de Bernis. — Ambassadeurs accrédités par Louis XVI. — Chargés d'affaires de la République française. — Examen progressif du recueil des Esposizioni Principi. — Sommaire de plusieurs Esposizioni au seizième siècle. — Manière tout à fait spéciale de traiter les affaires politiques étrangères. — Un ambassadeur à Venise est forcément orateur. — Forme habituelle d'une audience à portes closes. — Contenu varié des Registres et des liasses du recueil des Esposizioni Principi. — Rapports sur des conférences ou des conversations avec des Ambassadeurs étrangers. — Mémoires des Secrétaires sur la visite qui leur est commandée. — Isolement des Ambassadeurs à Venise. — Lois étranges à leur endroit. — Comment ils en évitent la rigueur. — Les Registres des Esposizioni Principi qui méritent le plus l'attention des politi(iues sont ceux qui correspondent par la date de leurs documents aux règnes de Charles IX, de Henri III , de Henri IV et de Louis XIII.

Les Esposizioni Principi sont la fleur des papiers et des parchemins des Archives du Cabinet des Ministres :

cent vingt-sept registres, se suivant sans interruption de 1541 à 1797, et cent soixante-dix-neuf liasses se suivant de même de 1541 à 1797, composent cette très-intéressante série de documents diplomatiques.

Avec les Esposizioni Principi, en effet, nous sommes exclusivement sur le territoire des Ambassadeurs étrangers en résidence, soit ordinaire, soit extraordinaire, à A^enise. Le Collegio recevait les Ambassadeurs. Ceux-ci, arrivés dans l'enceinte du lieu des séances, exposaient les motifs qui les amenaient à cette audience. Or, comme c'était toujours au nom de leur Prince ou de leur Gouvernement qu'ils présentaient cet exposé dont un secrétaire de service prenait note à mesure que parlait l'Ambassadeur, de là l'explication de ce titre d'^5posizioni Principi donné au recueil des registres et des liasses formés par ces textes. En un mot, les Esposizioni Principi sont la narration des audiences données par les Ministres assemblés aux Envoyés des Puissances étrangères. La création de ce recueil tout spécial paraît ne pas avoir été antérieure à l'année 1541 , car auparavant il ne s'en trouve nulle trace dans les papiers d'Etat de la République , et les textes relatifs aux missions politiques et aux réponses à faire aux Ambassadeurs étrangers se rencontrent, à leur date, dans les registres secrets du Sénat, sous les rubriques diverses de Oratores , Atnhaxatores , Francia, Spagna , Germania , Imperator, etc., selon la Puissance que l'Ambassadeur représente. Pour ce qui est de la France, la part est grande et belle ; l'usage que nous en pouvons faire ici nous permet de produire le tableau le plus détaillé et le plus exact qui ait

jamais été donné du personnel de la diplomatie française à Venise et des conditions dans lesquelles elle y faisait figure.

Le premier ambassadeur de France à Venise qui a laissé des traces , on pourrait dire immortelles , de son ambassade et de sa négociation , est le narrateur qui , dans V Histoire de la conquête de Constantinople (1198- 1207), a rendu un compte si curieux de son passage par Venise , du séjour qu'il y fit et de la négociation qu'il y entama avec le concours de ses compagnons Jean de Friaise et Gautier de Gandouville , députés comme lui du comte de Blois. Ce récit * de Geoffroy de Villehardouin n'est pas seulement un monument admirable du vieux langage, il est aussi une assise, peut-on dire, des plus utiles pour notre histoire. Ce fut en 1199 que ce personnage traita avec la République des Vénitiens.

En 1249 est signalée par l'historien Matthieu Paris, l'ambassade du comte de Bar ei du seigneur de Beaiijeu, sous le règne de saint Louis ^ .

Depuis ces temps jusqu'au règne de Charles VII , il

1 Voyez Mémoires lelalifs à Phistoire de France depuis le treizième siècle jusqu'au dix-huitième siècle , tome ï".

2 Ces deux seigneurs auraient reçu leur mission du Roi, alors qu'il était de passage à l'île de Chypre. « Per idem, te tu pus , cum Rex Francorum qui in Cypro hyemando co)nm.oraljalur, Diisit Comitem de Bar virum. discretutn et eloqucntem. et dominum de Beugin militem strcnuissitnum. ad Venetos et altos viciiiarutn iiisularum ac urbiutti iiicolas... cui Veneti favorabiliter sex marnas naves frtimento et vitio et aliis victualium generihus onustas, tiec non et militare presidiuin et midlos cruce signatos, liheraliter transmiserunl. « Matth. PAnis. Hist. Angl. Voyez RoMANiN, Storiu dociitttenlata di Venezia , tome II, p.ige 250.

se présente pour l'historien une particulière difficulté au signalement personnel des Envoyé^ de France. Les noms en effet manquent le plus souvent dans les documents même les plus spéciaux à leurs négociations, et pour toute désignation, nous n'avons pas autre chose que « Les Ambassadeurs ou V Ambassadeur du Roi Très-Chrétien '. » C'est ainsi que, malgré nos recherches les plus attentives, il nous serait impossible de préciser quels furent les Envoyés français à Venise en 1307, en 1344, en 1374, en 1384 et en 1385. Le Religieux de Saint- Denis, ordinairement si précis et toujours intéressant dans sa précieuse Chronique, nous fait même défaut pour Venise. Il nomme bien maître Pierre Plaon, envoyé à Rome pour le roi Charles VI avec l'évéque de Senlis en 1399, accompagnés des délégués de l'Université de Paris, maître Jean Luquet, docteur en droit divin, messire Robert de Dours, docteur en droit canon, maître Jean Courtecuisse et maître Pierre Leroi , alors qu'ils furent en Italie pour la grande question de l'extinction du schisme; mais il se tait sur les missions à Venise. La seule dont il fasse mention fut produite en une occasion tout agréable, qui lui a permis de raconter en termes

1 AncuivES DE Vemse, Registri inisti del Senato, n° XXXIX, 1384- 87, feuille 12. A la date du 8 octobre 1384, on trouve : « Quod respondeatur istis Ambaxatorihus Serenissimi domiiii Régis Francian quod intellecla Ambaxata sua nobis sapienlissimc exposita presentibus respondemus... » Voyez le même Registre, page 109 : Re.tponsio facta Am- Laxiatori Régis Franciae per transituni domini Régis Ludovici in causa qui vc'iiial Veneliis. (1385, 10 juillet.) Voyez les Registri Secreti del Senato , 1412-1414, n^ V, page 43. Respondealur Ambaxatoii Régis Francia;... ac traclaiidam pacem inter dominum Regetn llungariœ et nos. (1412, 11 juillet.)

fort galants le départ de France du prieur de Toulouse et de messire Raymond de Lescure, conduisant à Jean II, roi de Chypre, alors à Venise, cette belle Charlotte de Bourbon , fdleule du Roi de France , qui lui était fiancée , et dont ce bon reli{;ieux , qui paraissait s'y connaître, écrit qu'en considérant les agréments de sa personne on pouvait dire : « C'est bien un vrai trésor de beauté; la nature s'est plu à l'entourer de charmes, mais elle s'est trompée en la créant mortelle '. » Cela en 1411.

En diverses autres circonstances, les documents sont plus explicites et désignent la personne des négociateurs, mais encore ici nous trouvons peu notre compte, les noms étant interprétés d'une façon telle qu'il est malaisé de reconnaître ceux qui les portaient. Ainsi, en 140-4, le Duc d'Orléans envoie un Pierre de Scrovignis ^? En 1412, il y a aussi trace dune autre ambassade. En 1425, c'est l'abbé de Saint- Antoine , Artaud de Grandval^, avec un compagnon, socins.

1 Si quis etiam tune foimositatom ejus attcndisset, dixisset : Hec est verus pulcliritiulinis radius, quam natura studio multo depinxit, nilque in ea erravit ni.si ([uod mortalcm statuit. « Chronique du Rhlioikl'X de Saint-Denis, contenant le règne de (Charles VI de 1380 à 1422, » publiée en latin pour lu première fois et traduite par M. L. Bellaguet, tome IV. (Paris, 1842.)

2 Archives de Venise, Registri Secreti del Senato, n° II, 1404- 1406, page 82. Diratur Pelro de Scrovi{;iiis q]n ad nos venit per partent T)wU Aiiielianensis..., etc. P. 82, 84, 80. (3, 12 et 18 janvier 1404.) Comissio farta Fili|)po de Scrovingnis reducenti ad doniinnin Diiccm Aiirelianensem super facendis et dicendis... Et page 131. (1405, 27 juillet.)

3 AncHivEs DE Venise, Regislri Secreti del Senato, n" IX, 1425- 1426, page 12, Quid responsum fuit domino abbati S*^" Anlonii Vicn-

Mais quel était ce compagnon? En 1429, il est question d'un Simon Charles, maître des requêtes '. Bref, il faut arriver jusqu'en 1459, époque de l'ambassade du seigneur de Montsoreau , Jean de Chamhes , beau-père de Commynes, accompagné du sieur de la Rosière, maître des requêtes , de maître Je/tan Daysse et du secrétaire du Roi Toreau, pour connaître quel mode était en usage auprès des Vénitiens pour la réception des Ambassadeurs à l'audience de la Seigneurie.

Le seigneur de Montsoreau en a fait lui-même la relation piquante. Il y vint en octobre avec mission de ne pas laisser se bien établir les mesures qui venaient d'être prises au concile de Mantoue et qui ne s'accordaient point avec les vues de ceux qui avaient en leurs mains la politique de la France. Lui et sa compagnie arrivèrent à l'île de Chioggia, où quarante gentilshommes, députés par la Seigneurie, le vinrent saluer, et dont un le harangua. Embarqués sur deux bateaux du Doge richement parés , ils furent conduits jusqu'à l'abbaye de Saint-Georges-Majeur, où la Seigneurie les défraya de toutes dépenses. Les ambassadeurs furent reçus au Palais le dimanche qui suivit leur arrivée : « Alasmes devers le Duc bien accompagniez de grant nombre de gentilshommes, trouvasmes en notre descendue entre le palays et la rivière, crois, plus de cinquante mille hommes , et le Duc nous vint au devant jusques en la

nensi et socio , ambasciatoribus Régis Franciae , ad exposta per eos. (1425, 3 mai.)

1 Idem, iùid., Registre n" XI, 1429-1431 (1430, 3 février), p. 161. (^uid rcsponsunifuit egregio viro de Odontagna et Oratoribus dornini Régis Franciie re^uirenlis lisant et confederalionem cuin noslio dominio.

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