‹ Les archives de VeniseChapitre 94 sur 176 · AMBASSADE DE PHILIPPE DE COMMVN'ES · texte numérisé non relu

AMBASSADE DE PHILIPPE DE COMMVN'ES

doue , pour se rendre à Venise par les lagunes , selon l'usage qui était alors , vinrent au-devant de lui vingtcinq gentilshommes « bien et richement habillez et de beaux draps de soye et escarlate » , et le conduisirent jusque près de la ville, en une église de Sainct-André, où il trouva un nombre égal de gentilshommes avec les Ambassadeurs de Milan et de Ferrare. Ce fut de là qu'il fit son entrée et que sur des bateaux plats , couverts de salin cramoisi et sur lesquels se pouvaient bien asseoir quarante personnes, il traversa la ville pour se rendre en son logis, au monastère de Saint-Georges, «et me menèrent au long de la grant t'ne , qu'ils appellent le Canal Grant et est bien large. Les gallères y passent à travers. . . et est la plus belle rue que je croy qui soit en tout le monde la mieulx maisonnée, et va le long de la ville. . . C'est la plus triomphante cité que j'aye jamais veue , dit-il encore, et qui plus laict d'honneur à Ambassadeurs et estrangiers et qui plus saigement se gouverne. Le lendemain me vindrent quérir et mener à la Seigneurie où presentay mes lettres au Duc qui préside en tous leurs Conseils, honnoré comme ung Roy, et s'adressent à luy toutes lettres ; mais il ne peult guères de luy seul. . . Pour ce jour ne dis aultre chose; et me feit-on veoir trois ou quatre chambres , les planchers richement dorez. . . et y a audict palais quatre belles salles richement dorées.» Commynes ensuite fait le récit émouvant de sa négociation : « Or fault dire (juelle fut ma charge. . . » Et bien que les résultats de sa mission aient été si peu heureux que , rappelant avec tristesse l'impression que lui avait causée la dernière réponse de

la Seigneurie, il dise ingénument : « J'avoye le cueur serré. . . » , ce grand homme ne leur rend pas moins cette justice de dire : « Et si ont bien congnoissance, par Titus Livius, des faultes que feirent les liommains, car ils en ont l'hystoire, et si en ont les os en leur palais de Padoue, Et par ces raisons et mainctes aultres que j'ai congneues en eulx , je dis encore une autre fois quilz sont en voye d'estre bien grans seigneurs pour l'advenir. » Cet homme illustre revint encore à Venise dans la même année, en octobre 1495, et jusqu'à l'avènement de Louis XII les Vénitiens ne virent aucun autre envoyé de France '.

Mais aussitôt que la mort de Charles VIII fut connue, les rapports entre son successeur et la République furent presque aussitôt renoués, et ce Roi envoya deux Ambassadeurs pour traiter, puis messer Accurse Mainier"^ ,

1 Mémoires de Philippe de Commynes, édition de la Société de l'Histoire de France, tome II, livre VII, chapitre xvm, page 403. " Digression ou discours, aucunement hors de la matière principale , par lequel Philippe de Commynes; autheur de ce présent livre , parle assez amplement de l'estat et gouvernement de la Seigneurie des Veiiissieiis, et de ce qu'il vist et y fut faict pendant qu'il estait ambassadeur pour le Roy en leur ville de Venise. » Chapitre xix. « Quelz furent les subjectz de l'ambassade du sieur d'Argenton auprès de la République de Venise. »

- Vovez au département des Manuscrits de la Ribliothèque impéuiale le n" 2892 (ancien fonds), Traictez faits par les Ambassadeurs du Boy avec les Ducz et Communautez de Venise, 1499. Et 3087, fol. 234, Articles écrits de la Court du Roy Très Chrestien à l'Ambassadeur dudit seigneur à Venise, messer Accurse Maysier, 3 juin. Et Archives DE Venise, une lettre de Louis XII à Costantino Quirini , lui recommandant le docteur Accursio Maincrio, {jrand juge de Provence, son ambassadeur à Venise. Lyon, 13 mars 1501. Ainsi que, à la BiBHO- TaÈQLE DE Saint-Marc, les Oiarii di Mahi.n Sanuto, tome II, 1498, l^"" octobre, 1499, septembre. Luigi XII spedisce due Oratori i;i Vene-

Page 1