DOCUMENTS POLITIQUES
1° Avis et informations à avoir dans l'intérêt de l'État. Ces avis seront soumis à la connaissance du Sénat, à moins que, par un vote des deux tiers des voix, ils ne soient déclarés de nature à être gardés par le Conseil. Les noms des informateurs et des confidents ne seront révélés en aucun cas ;
2° Les offres de révélations importantes dans l'intérêt de l'État;
3* Le choix, l'envoi et la solde des agents secrets ;
A* L'accommodement , par les voies de la séduction et de Ja récompense, des embarras qui sont de nature à inquiéter l'État.
Le programme était encore large. Aussi est-ce particulièrement du côté des papiers relatifs à ces Affaires Secrètes, formant série à part dans les Archives du Conseil, sous le nom de Parti Secrète, que doit se porter la curiosité des investigateurs. Tous les gouvernements, en effet, ont eu à compter avec ce Conseil : France, Espagne, Saint-Siège, Allemagne, États Ottomans, États Italiens, ont été, selon les circonstances, l'ohjet plus ou moins nécessaire des informations les plus variées. Il en résulte que les épisodes dramatiques et singuliers abondent. Nous ne parlons pas ici de ces épisodes, qui sont si connus pour avoir fourni carrière et nourriture à l'imagination des auteurs de romans célèbres, épisodes que justement on pourrait appeler les Grandes Histoires du Tribunal des Dix1. Nous parlons au contraire de ces
1 C'est-à-dire les épisodes dramatiques dont Marino Faliero (avril 1355), les Carrare de Padoue (janvier 1406), Francesco Carmagnola (mars 1432), le. Foscari (1445-1457), Antonio Foscarini (1615 et 1621)
mille et un détails imprévus et inconnus qui naissaient sous le pas des circonstances politiques, à toute heure, ù tout moment ; de ces faits oubliés parmi tant d'autres faits et qui se rattachent à la ténébreuse et toujours palpitante histoire des passions humaines, qu'un Tribunal régulièrement extraordinaire, composé le plus souvent d'hommes éminents, disposant de moyens considérables pour le châtiment comme pour la récompense, était chargé d'instruire, pour le bien, pour le service, pour l'intérêt, pour la raison d'État, et qui, sans qu'un seul jour ait interrompu l'exercice de sa juridiction, demeura stable pendant le cours de trois cent soixante* deux ans (1335-1797). Cherchons-le donc à l'œuvre dans ses propres documents. Indiquons aux historiens les traces qu'ils auront à suivre pour pénétrer le secret de ses opérations.
Depuis sa création et son établissement au quatorzième siècle jusqu'à la fin du quinzième, on peut dire que le Conseil des Dix n'eut pas une correspondance habituelle avec les Ambassadeurs de la République accrédités auprès des Puissances étrangères. Des dépêches de ces Ambassadeurs à l'adresse des Chefs du Conseil
furent les héros. L'historien Romanin s'est appliqué à rechercher et à produire la vérité sur ces histoires extraordinaires, si diversement racontées, présentées et commentées. Voye» ses intéressants chapitres dans j les tomes III , IV et VI de sa Storia documentata di Venezia. A titre de ' simple renseignement, il faut consulter aussi un livre récemment publié ^ par M. Giusbppe Tassisi : « Alcune délie pià clamorose condanue capi- \ tati eseguite in Venezia sotto la Republica. Mcmorie patrie. (Venise, Cecchini , 1866.)