‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 153 sur 199 · DÉPÊCHES ADRESSÉES AUX DIX · texte numérisé non relu

DÉPÊCHES ADRESSÉES AUX DIX

Nous nous sommes enquis de la part d'intérêt que pouvait avoir l'histoire de France à cette découverte d'autant plus précieuse, qu'ainsi que nous l'avons dit en un chapitre précédent, les correspondances ordinaires, à l'adresse du Sénat, jusqu'en 155-4, ont péri par l'incendie.

La première dépêche est en date du 22 octobre 1500 : il n'en reste qu'un nombre assez limité sur le règne de Louis XII. Le recueil est de beaucoup plus important pour l'histoire du temps de François I". On peut estimer que jusqu'à l'avènement de Henri II le nombre total est d'environ trois cents dépêches. Les traits saillants, les signes caractéristiques de ces documents sont des communications, qu'en matière diplomatique on appelle essentiellement confidentielles, c'est-àdire d'une nature à n'être connues que de la personne du Ministre ou du Souverain. Elles portaient cette suscription : Serenissimo Principe et Excellentissimis Dominis Capitibus IUustrissimis Consilii Decem, Dominis Observandissimis. Le secret des intrigues, la révélation du nom des personnages de la Cour qu'on avait pour affidés, les entretiens les plus confidentiels avec le Souverain ou ses premiers Ministres sur des questions politiques, la pénétration des sentiments, les motifs des préférences et des inclinations des Chefs de l'État pour telles ou telles alliances, y sont rais au jour. L'ambassadeur Marco Dandolo, dans une dépêche datée de Blois le 1" février 1 503, dit ingénument : « Je m'en rapporte en toutes choses au très-profond examen et au très-sage jugement de Vos Excellences, sans rien ajouter de mon propre

arbitre à mes communications, me contentant de continuer de la manière dont fat agi jusqu'ici, depuis que je suis à cette légation, c'est-à-dire avec tout le zèle possible et toute la vigilance imaginable pour recueillir, par tous moyens (et avec la certitude que mes références sont de la bonne source), tout ce qu'il est possible de savoir à l'endroit des intentions et des pensées de Sa Majesté Très-Chrétienne, je ne me borne pas à un ou deux intermédiaires, mais j'essa ye de prendre tous les chemins, et je dirai même que je vais jusqu'à employer les personnes qui sont dans le continuel service du Roi et qui lui servent à boire et à manger...1 » Le Roi de France ferait-il alors de nouvelles campagnes en Italie? Du fond de ses bonnes chambres, de son château de Blois, son séjour favori, regardait-il d'un œil inquiet ou envieux vers le royaume de Naples? En quel degré de faveur réelle tenait-il les Vénitiens, ses alliés alors, mais que d'ici à peu d'ans il traitera peut-être comme ses plus farouches ennemis et dont il conspirera la perte par une ligue formidable ? Telle était alors la question qu'un Ambassadeur vénitien à la Cour de France devait toujours avoir en téte. Et bien en prit aux prudents Chefs du Conseil des Dix de rappeler fréquemment les Ambassadeurs de la République à cette forme de service dans la pénétration et dans l'information , car ce fut de la sorte qu'ils furent instruits pleinement de la conjuration tramée contre leur État, alors que les conjurés de Cambrai étaient tous persuadés que le plus mince détail de leurs résolutions et conventions n'avait point

1 AncuivK.» dk Vekisk. Papier* du Conseil des Di*. Dépèche* Jrs imt>assadeuri. 1 iuwck.

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