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CORRESPONDANCE DE L'AMBASSADEUR

qu'il occupait, avec la plus grande et titrée compagnie de France, mais cela ne fut que pur article de cérémonial et affaire principale des Sieurs de Bonnueil , de Guron, de Berlise, de Brulon, de Sainctot, de Vernueil, de Breteuil, de la Live, et autres introducteurs et maîtres des cérémonies de France qui avaient charge d'en régler et déterminer les apprêts.

Sous les Valois et le grand Henri, les choses se passaient avec plus de bonne grâce, sans que la politique y perdit rien de son compte, tout au contraire. Au lendemain ou au surlendemain de l'audience publique, l'Ambassadeur, selon que la Cour avait lieu d'être en termes plus ou moins intimes avec l'État de Venise — ce qui fut sans cesse le cas depuis Henri II jusqu'à Louis XIV — avait ses entretiens particuliers avec le Roi. Cette visite intime donnait matière toujours curieuse et attachante à sa correspondance, et jusqu'au jour où le prédécesseur quittait définitivement sa résidence , les lettres étaient signées par les deux ambassadeurs, et ne portaient d'autre adresse que ces mots : Al Serenissimo Principe di Venetia. Les cachets étaient à l'effigie du Lion de Saint-Marc, tenant le livre en sa griffe.

Cette correspondance était assez régulière. Il la faut estimer à plusieurs lettres portant la même date, écrites sinon un même jour, du moins partant chaque semaine par un même courrier. En cas de plusieurs dépêches expédiées à la fois, le secrétaire avait soin de les désigner par des numéros successifs. Dans les cas extraordinaires, tels que ceux de la mort du souverain, de la nouvelle d'une victoire ou d'une défaite importante, de

la signature d'une trêve, ou des conclusions d'une paix, l'Ambassadeur pouvait disposer d'un courrier spécial mandé aux frais de la République, laquelle récompensait celui-ci en raison du plus ou moins de vitesse dont il avait fait preuve. Il y eut de ces exemples de rapidité qu'on peut tenir pour prodigieux : ainsi , le plus extraordinaire nous semble être celui qui , relatif à la nouvelle de l'entente conclue à Cambrai, si hostile pour Vrenisc, atteste que les lettres écrites à Blois, le 7 février 1509, par l'Ambassadeur parvinrent au Palais de la Seigneurie le 14 du même mois au matin. C'était donc n'employer que sept jours pour parcourir l'énorme distance qui sépare Blois de Venise Le même cas s'était d'ailleurs présenté dix années auparavant à l'occasion de la nouvelle de la mort du Roi Charles VIII, qui, advenue le samedi 7 avril à Amboise, fut annoncée à Venise le samedi 14. La connaissance d'une nouvelle si importante valait la peine d'une telle célérité, car les États d'Italie s'attendaient plutôt alors à recevoir l'avis d'untseconde entreprise de Charles VIII aux plaines de Lombardie qu'à être assurés du fait de sa mort à Amboise*. En 1678, le 28 mai, la dépêche n° 240 de l'ambassadeur Contarini, pour annoncer avec certitude une prochaine conclusion au traité de Nimègue, était envoyée expressément moyennant le prix de soixante louis d'or3. Dans

1 Dépêche de l'ambassadeur Antonio Condnlmer. Diarii di Maris Saniîdo, vol. IV.

2 Marin Sanndo. Diarii, vol. I, supp., fol. 35.

3 Je sonbsignc, Champagne, et confesse avoir receu, par les inaiu> de M. Canin, intendant de S. Exc. Monseigneur Contarini, Ambassadeur de la S. République de Venize, par l'ordre même de S. Exc, la

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