Les archives des arts
Le xivc siècle est tristement célèbre dans les annales de la ville de Rome. Civilisation, littérature, art, tout se perd pendant cette période néfaste qui n’est féconde qu’en souvenirs de luttes ou en actes de vandalisme. L'école romaine, qui avait jeté un certain éclat au siècle précédent, s’éteint ; ses représentants, les Cosmati, disparaissent l’un après l’autre; on peut ajouter qu’ils ne furent jamais remplacés, car l’école romaine du xvi° siècle, d’ailleurs si éphémère, eut cela de particulier qu’elle ne comptait dans ses rangs qu’un seul citoyen romain, le disciple favori du fondateur, Jules Romain. Bientôt, l’éloignement de la cour pontificale aidant, la cité se transforma en un vaste village dont les bouviers et les brigands se partageaient la possession.
Il n’était pas au pouvoir d’un pape de réagir contre une dégénérescence si grande; ses efforts pouvaient tout au plus
aboutir à la restauration d’une basilique, à la création d’une chapelle, à l’exécution de quelque fresque ou d’un retable monumental, entreprises bien mesquines, si on les compare à celles de la période précédente. C’est à un travail de cette nature que sont consacrés les documents dont on trouvera plus loin le texte.
Les renseignements dont je ferai usage sont empruntés à un registre conservé dans les archives romaines ; ils se rapportent au pape Urbain V (Guillaume de Grimoard). A n’en juger que par l’inscription placée sur la couverture (Expensœ pro fabrica palatii Avinionensis, i36g ), on pourrait croire que ce volume ne contient que des documents relatifs à Avignon, mais en réalité il est consacré aux travaux exécutés à Rome et dans les environs. On sait en effet qu’Urbain V séjourna dans la capitale de 1 367 à iSyo, et qu’il s’y occupa de restaurer le Latran et le Vatican.
Sur les restaurations ou embellissements de la première de ces deux basiliques on possède des renseignements assez étendus, rapportés tout au long dans les ouvrages spéciaux. Par contre, on manque de détails précis sur les travaux entrepris soit dans le palais du Vatican, soit à Saint-Pierre. Panvinio se borne à nous apprendre qu’Urbain V agrandit le palais et fit réparer les murs de la cité Léonine. Bonanni s’exprime en termes plus vagues encore. Mignanti nous parle de la restauration du campanile, mais sans distinguer entre la part prise à ce travail par Urbain V et celle qui revient à Innocent VI.
Le registre que je me propose de faire connaître nous apprend qu’en 1369 une vingtaine de peintres étaient occupés à la décoration de deux chapelles situées dans le Palais Apostolique, c’est-à-dire, sans doute aucun, le Vatican, résidence officielle d’Urbain V. Voici les noms de ces maîtres, dans l’ordre alphabétique : Angélus magistri Tadei de Florentin, Antonius Ypoliti, Antonius de Monterano, Bartho-
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lomeus de Senis ', Ceccolus de platea S. Pétri, Dominicus de Miranda, Guarnerius de Venetia, Jacobellus Jacchetti de Urbe, Januntius de Florentia -*, Joctus magistri Stephani de Florentia, Johannes arcypresbyter, Johannes Auri de Florentia, Johannes de Cesano, Johannes de Mediolano, Johannes de Montepulciano, Johannes magistri Thadei de Florentia, Julianus magistri Johannis, Laurentiusde Urbe, Nicolaus de Urbe, Nicolaus theotonicus, Paulus de Verona, frater Petrus theotonicus, Porta Mirra, Raynaldus de Cesano, Stephanus de Perusia.
La plupart de ces artistes sont complètement inconnus, et ce serait une tâche vraiment ingrate que d’essayer d’établir leur identité. Je me bornerai à mentionner la présence de trois peintres romains, dont l’un recevait seize sous par jour, somme fort considérable pour l’époque.
Mais si la majeure partie des noms qui viennent d’être transcrits paraît pour la première fois dans l’histoire, il en est quatre, par contre, qui appartiennent à des maîtres célèbres. 11 est facile de reconnaître le plus grand des élèves de Giotto, le Giottino, dans maître Joctus ou « Gioctus magistri Stephani de Florentia ». Giovanni da Milano est le collaborateur bien connu de Taddeo Gaddi ; Giovanni et Angelo Gaddi, enfin, sont les fils éminents du même habile peintre florentin.
En ce qui concerne le Giottino, on savait déjà, par Vasari, qu’il avait travaillé à Rome. Le biographe lui attribue l’exécution d’une suite de fresques qui existaient de son temps encore au Latran et qui représentaient le pape in più gradi, expression assez amphibologique. Il nous parle
1. Il s'agit, selon toute vraisemblance, de Bartolommeo Bolgarini de Sienne (mort en 1378). Voir Milanesi, Documenti per la storia dell’arte senese, t. I, p. 49.
2. Probablement Giannuzzo di Monte, inscrit en x 366 sur les registres de la corporation des peintres de Florence. (Gualandi. Memoric. t. VI, p. 182.) Giannuzzo recevait un salaire de 16 sous par jour.
en outre de la décoration d’une salle du palais des Orsini (portraits d’hommes célèbres), enfin d’un saint Louis peint sur un pilier d’Aracœli et existant au xvie siècle encore. MM. Croxve et Cavalcaselle, dans leur savante Histoire de la Peinture en Italie, n’ajoutent pas de renseignements nouveaux à ceux que vient de nous fournir Vasari.
Nos documents nous font connaître l’époque précise du séjour du Giottino à Rome. Ils nous montrent que c est sous Urbain V que ce maître s’est fixé sur les bords du Tibre. Ils nous fonten outre connaître un fait ignoré de Vasari : la participation du Giottino à la décoration du palais du Vatican.
Les renseignements que l’on possède sur le Giottino ne dépassent pas l’année 1 36g, c’est-à-dire précisément l’année pendant laquelle on le trouve au service d’Urbain V. Il est donc probable que l’artiste est mort à Rome peu de temps après les travaux entrepris dans le palais du pape.
Le chiffre des appointements du Giottino — douze florins d’or par mois, soit environ vingt-quatre sous par jour — nous prouve quel cas le pape faisait de ce maître éminent.
Le séjour à Rome d’un des collaborateurs les plus célèbres du Giottino, Giovanni da Milano, était absolument ignoré avant l’analyse que j’ai donnée, dans la Chronique des arts , du précieux registre conservé dans les Archives du Vatican. Le fait se trouve même en contradiction avec l’assertion reçue, d’après laquelle Giovanni aurait, à partir de i3G6, résidé d’une manière permanente à Florence. Or on vient de voir qu’en 1 369, et peut-être auparavant déjà, l’artiste travaillait à Rome. — Jean de Milan recevait douze sous par jour.
Vasari rapporte qae Taddeo Gaddi confia, en mourant, son fils Atigelo aux soins de Giovanni da Milano. Nos documents tendent à confirmer l’assertion du biographe ; ils nous montrent les deux artistes réunis à Rome et travaillant
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ensemble. L’élève n’avait pas tardé cependant à égaler le maître. En 1369, quoiqu’il fût qualifié non de maître, mais de compagnon (discipulus Archipresbyteri, Jocti et Johannis Taddei), il touchait, comme Jean de Milan, douze sous par
jour.
Dans la suite, Angelo éclipsa complètement son frère, mais à l’époque dont nous nous occupons, les rôles étaient intervertis, Giovanni recevait le même salaire que le Giottino, soit à peu près trois fois plus que la majeure partie de ses collaborateurs. Nous pouvons donc le considérer comme ayant dirigé, de concert avec son compatriote, le travail si intéressant entrepris par Urbain V.
Je ne publierai ici que la partie du registre relative aux dépenses du matériel; des extraits du reste, c’est-à-dire le relevé des sommes payées aux artistes à titre d’honoraires, ont été publiés, d’après la copie que je leur en ai communiquée, par MM. Crowe et Cavalcaselle dans l’édition italienne de leur Histoire de la peinture en Italie L II me suffit donc de renvoyer le lecteur à cet ouvrage aujourd’hui classique.
Iste sunt expense facte a diexx mensis Julii citra.
Item imprimis die xx dicti mensis in ovis pro foleis pro capella parva sive sécréta (fol. 9) s. vin d. un.
Item eodem die pro tribus libris cere causa ponendi aurum in cappella sécréta et pro una libra termentinc cum vascello s. xxxvi.
Item eodem die [pro] vernice, lib. 11, oleo semelino, lib. 11, bolo armenico summa s. x.
Item eodem die in ovis pro foleis pro cappella sécréta, s. x.
Item eodem die pro tribus libris auripigmenti pro pretio s. xxxvi pro qualibet libra summa lib. v s. xu.
1. Storia delta Pittura in Italia, t. It, p. 102-104, et p. 127, 128. Florence, t883.
Item eodem die pro mi decinis colle cervine pro pretio s. xxv pro qualibet decina . . . summa lib. v s. xn d. vi.
Item eodem die pro v libris biacche pro pretio s. 11 d. vi, pro qualibet libra summa s. xù d. vi.
Item eodem die pro mozzatura carte et cambusii causa faciendi collam pro cappella magna. . . . lib. i s. xvm.
Item dedi famulo qui portavit dictas res n s.
Item dedi famulo qui portavit barile cum coloribus qui fuerunt portati a Florentia quos misit Francisscus (sic) a sancta Maria rotunda s. n d. x.
Item pro cl libre gipsi grossi pro capella magna.
lib. n s. i d. v.
Item pro duobus postis stangi pro auro ponendo pro capella sécréta lib. i s. n.
Item pro passagio supradicti barilis cum coloribus qui fuerunt porta[ti] a Florentia s. xx.
Summa hujus marginis lib. xxu s. vu d. vu.
Item die eodem pro v paria (sic) linteaminum cum dimidio que emerunt Franciscus et Johannes magistri Thadei, causa ponendi in celo cappelle magne. . . . lib. vin s. i.
Item die xxm dicti mensis Julii in ovis pro foleis pro
cappella sécréta s. vu d. i.
Item die xxvi in ovis pro dicto opéré s. v.
Item eodem die pro tribus libris cere pro cappella sécréta causa ponendi in istanpis (?) de auro s. xxim.
Item eodem die pro duabus libris termentine causa faciendi collam pro auro ponendo in dicta cappella, s. xn. Item eodem die pro tribus anphoris pro cappellis. s. ix. Item die xxvn in ovis [pro] dictis cappellis. . . s. ni. Item eodem die pro tribus scopis pro cappellis. d. xvn. Item die xxvm dedi Jacobello de turre campi pro uno centonario (sic) foliorum quod ipse fecit in principio operis.
lib. n s. vu.
Item eodem die dedi dicto Jacobello pro uno centonario
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auri fini positum (51c) super stangnum lib. un.
Item eodem die pro uno setaccio causa setacciandi gip-
sum pro cappella magna s. vi.
Item eodem die pro supradicto opéré in ovis. . s. vin.
Item eodem die pro u libris vernicis pro dictis cappellis
s. xv.
Summa hujus marginis lib. xvni s. xvm d. vi.
Item die ultima dicti mensis Julii pro tribus sciphis causa portandi calcem in cappellis (sic) s. vi.
Item eodem die in ovis pro dicto opéré s. mi.
Item eodem die pro rasura carte pro colla pro cappella magna s. xi.
Item die secunda mensis augusti in ovis pro dictis cappellis s. 1 d. vi.
Item eodem die pro duabus mensuris calcis pro cappella sécréta lib. 1 s. un.
Item eodem die pro v decinis colle cervine pro cappella magna . . lib. vi s. v.
Item die ni mensis augusti pro tribus decinis colle cervine pro cappella mangna (sic) lib. ni s. xv.
Item eodem die pro una decina biacche pro cappellis
lib. 1 s. v.
Item eodem die in ovis s. 111 d. ni.
Item die mi pro uno caterno carte realis causa fiendi certos patrones pro cappella majore s. x.
Item eodem die in ovis pro dicto opéré s. vi.
Item eodem die pro uno aquilglolo quod erat necessarium Jocti pro capella sécréta s. 1 d. v.
Item eodem die pro vascellis colorum pro cappella mangna s. xlii.
Item eodem die pro tribus libris cere pro patronibus pro cappella mangna lib. 1 s. 1111.
Item dedi famulo qui portavit dicta vascella. . . s. 11.
Item die nu et v in ovis pro cappellis. ... s. vu d. 1.
Item die vi in ovis pro eodem s. nu.
Item eodem die pro albo sancti Johannis pro duabus decinis pro cappellis, pro pretio s. xxv pro decina. s. l.
Summa hujus marginis lib. xxi s. i d. m.
In secunda edomada (5/c) mensis augusti.
Item die vm mensis augusti pro uno corbellone, causa corbellandi calcem pro cappellis s. vi.
Item eodem die in ovis pro cappellis. ... s. vu d. i.
Item eodem die pro n libris cum dimidio casei pro colla pro radiis tondi cappelle secrete s. m d. vr.
Item die xi pro una decina biacche s. xxv.
Item pro una libra indici macchabei. . . . lib. t s. xvi.
Item eodem die in ovis pro cappellis. ... s. vu d. j.
Item eodem die pro calamis et pro caudibus varium (s/c) pro pinnellis s. xx d. vi.
Item die xn et xi u in ovis s. vm.
Item die xiui pro tribus linteaminibus pro cappella magna lib. m s. xv.
Item in tertia edomada mensis augusti pro uno pario bariliorum pro aqua cappelle majoris portanda. . s. xx.
Item eodem die pro uno secchio causa tenendi aquam in dicta cappella s. xx.
Item eodem die in ovis pro cappellis s. v/.
Item die xv/t pro una libra olei semelini. ... s. m.
Item eodem die pro una libra viridi eris. ... s. xvi.
Item eodem die pro ovis s. vm.
Item die xv/ii in ovis s. v.
Item eodem die pro xm libris magre et vm libris de ocrea, quod habui a Petro Mire (?) s. xxt.
Item eodem die pro xvi libris de terra verde a Francisco Bruni pro pretio s. vi pro libra. . summa lib. /m s. xvt.
Item eodem die pro tribus vasis causa tenendi aquam pro pinnellis lotandis s. m.
Item die xix in ovis pro supradictis cappellis ... s. v.
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Item die xx in ovis pro predictis capellis s. x.
Item pro duobus caternis cartis banbacinis (sic), s. vin.
Item pro uno caterno carte realis . . . pro figuratione evangelistarum pro cappella majoris (sic) s. x.
Summa hujus marginis lib. xx s. xix d. n.
Item die xx dicti mensis augusti pro uno centonario gipsi lib. 1 s. v.
Item eodem die pro xxiiii libris albi sancti Johannis
lib. ni.
Item eodem die pro duabus decinis colle cervine pro cappella magna lib. n s. x.
Item die xxi dicti mensis augusti pro tribus libris vernicis, pro dictis cappellis lib. i s. mi.
Item eodem die in ovis pro dictis cappellis . s. vii d. 1.
Item die xxm in ovis [pro] eisdem s. vin.
Item eodem die pro uno centonario cum dimidio gipsi grossi lib. u.
Item die xxvi, pro ovis pro eisdem cappellis. . . . s. x.
Item die xxvm ... in ovis pro eodem (sic). ... s. v.
Item die penultima mensis augusti in ovis pro dictis cappellis s. x.
Item eodem die pro uno caterno carte realis pro patronibus eguanlitarun (sic) s. x.
Item eodem die pro in decinis colle cervine pro foleis domini Aunionis (?) lib. ni s. xv.
Item die mi mensis septembris ix ovis pro cappellis s. xv.
Item eodem die Jacobello de turre canpi pro uno centonario stangi innaurato (sic) lib. vit s. i d. vin.
Summa hujus marginis lib. xxiiii d. ix.
In secundo edomada mensis septenbris pro tota edomada in ovis pro cappellis et foleis s. xx.
Item in eodem (sic) eodomada (sic) in aspungia. d. xn.
In tertia edomada mensis septenbris.
Pro una lib ra jallolini s. xvi-
Pro verde terra fina, xn lib. pro pretio s. vi pro quali-
bet libra lib. m s. xii.
Pro ii decinis colle cervine lib. n s. x.
Pro il libris indici machabei pro pretio s. xxxvi pro
qualibet libra summa lib. ni s. xn.
Pro xiiii libris biacche pro pretio xxx d. pro qualibet
libra summa lib. i s. xv.
Pro linteaminibus pro scabellis lib. ni s. x.
Pro ni libris vernicis pro cappellis lib. i s. i.
Pro ovis pro cappellis et foleis pro tota edomada
s. xvn d. un.
Pro setulis pro capellis vel pro pinnellis fiendis. . s. vi.
Pro caudibus varium etiam pro pinnellis fiendis s. u d. un.
In quarta edomada mensis septenbris.
In secunda feria dicte edomade in ovis pro cappellis et pro scabellis s. ni d. un.
Eodem die pro duabus libris indici Machabei pro dictis cappellis et scabellis lib. ni s. xn.
Item un feria pro duabus decinis colle cervine pro dictis scabellis lib. n s. x.
Item eodem die pro duobus parfis linteaminum pro dictis scabellis inpandandis lib. ni s. xvi.
Item eodem die pro banbace causa ponendi aurum in cappellis d. nu.
Item eodem die pro duabus salmis gipsi lib. v.
Item eodem die in ovis pro cappellis et scabellis s. vin.
Item vi feria in ovis pro dictis cappellis et scabellis. s. vin.
Summa hujus marginis lib. xxxv d. nu.
In quinta edomada mensis septenbris.
In secunda feria dicte edomade in tribus libris vernicis pro scabellis xx,
Item eodem die in ovis pro cappellis et scabellis s. vu d. i.
Item in tertia feria dicte edomade in ovis pro predictis cappellis et scabellis s. vi.
NOTES SUR LA TAPISSERIE
Inquinta feria dicte edomade in ovis pro predictis s. v.
Item in sesta feria dicte edomade in ovis pro predictis
s. vu d. vi.
Item eodem die pro una decina colle cervine pro scabel-
s. xx.
Summa quinte edomade suprascripte dicti mensis septenbris lib. ni s. vi d. vu.
Summa omnium expensarum a die xx mensis Julii usque ad diem secundam octobris. cxt.v. lib. xim s. d. n.
Summa summarum tam operariorum quam colorum et aliarum rerum suprascriptarum est cvr u lib. i s. et d. n.
NOTES SUR LA TAPISSERIE
Alt MOYEN-AGE
L’intérêt croissant qui s’attache aux productions d'un art naguère si dédaigné m’engage à publier ici une série de notes recueillies postérieurement à la publication de mon petit volume de la Bibliothèque de /’ Enseignement du dessin (2e édition, Paris, Quantin, 1884; traduction anglaise, Londres, Cassell et C'e, i8S5). Je m’appliquerai surtout à élucider l’histoire, encore trop peu connue, de la haute et de la basse lisse en France.
Aux textes réunis par Jubinal, Francisque Michel et M. Lacordaire, il convient d’ajouter le précieux témoignage d’un auteur du xi° siècle, André de Fleury. Dans sa biographie de Gosselin (mort en io3o), biographie composée en 1041, André nous apprend que le comte de Gascogne envoya à ce saint personnage, outre des vases et des étoiles de toute sorte, trois tapis d’une rare élégance et de dimensions inaccoutumées. -Quoiqu’il s’agisse probablement de
tapis de pied, et non de tentures proprement dites, je crois devoir rapporter ce document qui m’a été signalé par jM. Léopold Delisle, l’éminent directeur de la Bibliothèque nationale. Dans un autre passage, André mentionne, au contraire, expressément des tapisseries servant de tentures : « ornantes faciem templi olosericis auleis ».
Ai-je besoin de rappeler, à ce sujet, que l’emploi de la haute lisse ne date nullement du xiue siècle, comme on a voulu le soutenir, mais remonte à l'antiquité grecque et même à l’antiquité égyptienne. C’est là désormais un fait irrévocablement acquis à la science.
« Post hune Arnaldus, cornes Wasconum, tredecim vasa specie solidata argentea, geminasque arabici metalli libras, zonas quoque oloseriæ texturæ, XLII nihilhominus pallia, triaque mine elegantiæ atque quantitatis tapetia, aliaque innumera ah ipsa beato confessori direxit natria. » (Pertz, N eues Archiv, tome III, p. 363. Cf. p. 374.)
Mon savant confrère, M. de Champeaux, me signale, dans le Trésor sacré de Saint-Denis de dom Germain Millet (p. 433), une notice curieuse qui semble n’avoir pas été relevée juqu'ici. L’abbaye de Saint-Denis possédait au xvn1, siècle encore, ou plus exactement en 1 63G, date de la publication de l’ouvrage de dom Millet, une tapisserie représentant le roi Louis VII (1 137-1 180). J’hésite à croire, malgré 1 autorité de ce témoignage, que la tapisserie datât du xii® siècle. C’était, sans doute, un de ces hommages rétrospectifs si fréquents aux xv et xvic siècles.
Quoi qu’il en soit, voici la description qu’en donne dom Millet : « On voit encores aujourd’huy en la partie supérieure de 1 église S. Denys, que nous nommons le chevet, une vieille tapisserie où le roy Louis Vil est représenté avec les habits royaux et la couronne en teste qui donne son sceptre et sa main de justice au susdit abbé Sugere repré-
NOTES SUR LA TAPISSERIE
senté en habit pontifical, et au-dessus y a une inscription contenans cette écriture : Lud. Rex Fran. Suggerigm