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LES ARCHIVES DU CANADA. () PAR LOUIS P. TURCOTTE

MonsrEuR LE PRÉSIDENT, MEssrzURs,

Je regrette de n’avoir pas eu assez de temps à ma disposition pour vous présenter un travail complet sur la question des archives. Je tacherai cependant de traiter le sujei aussi longuement que possible, et dans la discussion qui va suivre bientôt, je me flatte que vos connaissances personnelles pourront combler les lacunes quo laissera cette étude.

Je félicite d'abord Messieurs de l’Institut Canadien d'Ottawa d’avoir attiré l'attention des membres de cette convention sur une question aussi importante et aussi vitale. Les vieilles chroniques, sources de notre histoirw, intéressent la société toute entière. Les historiens, les antiquaires les consultent soigneusement et les présentent ensuite aux lecteurs sous une forme attrayante dans leurs écrits. Et quels charmes n'offrent pas ces annales même aux étrangers qui se passionnent pour leur étude ! En effet, ne nous redisent-elles pas une série de luttes continuelles et d’une grandeur incomparable ; luttes avec les enfants du sol, luttes entre la France et l'Angleterre Lour ia prépondérance dans le Nouveau-Monde, luttes

(1) Cette conférence prononcée à la Convention Littéraire d'Ottawa, le 26 octobre 1877, a été relue à l’Institut Canadien de Québec, le 3 novembre 1877.

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enfin pour la conservation de notre culte, de nos lois et de notre langue ?

est donc un devoir impérieux pour nous que de réunir tous les matériaux épars de notre belle histoire, aujourd'hui surtout que les travaux littéraires se poursuivent avec plus de zèle et d'éclat que jamais, que l’on remue la poussière des siècles pour y découvrir les reliques du passé. Nous savons qu'il y a à l'étranger des richesses précieuses, ignorées des savants. Ne suivronsnous pas l’exemple des autres peuples qui se sont procuré les materiaux indispensables à leur histoire, les ont disposés avec soin, et en ont publié les pièces les plus importantes ? Si notre gouvernement, si nos sociétés savantes ont fait quelques démarches dans ce sens, nous verrons qu’il leur reste beaucoup à faire pour terminer cette tâche patriotique. Sans insister davantage sur l'importance de cette question, nous examinerons quels sont les principaux dépôts de nos annales, et quelles mesures ont été prises pour les conserver et pour les publier.

Autrefois, de l’aveu des hommes compétents, nos ancêtres possédaient à Québec les archives les plus complètes et les plus intéressantes. C’est dans cette antique cité que l’on allait chercher des copies ou des extraits de nombreux documents qui sont aujourd’hui disparus. Ces annales des premiers temps prennent une bien plus grande importance parce q'’elles sont presque les seules de l'Amérique Septentrionale.

Nous savons également qu'après la conquête les Français emportèrent avec eux une partie des actes officiels ; que pendant la révolution les archives françaises ont éte dispersées, et malgré le soin que l’on a pris plus tard pour les réunir et les classer, on a constaté que beaucoup de pièces concernant le Canada avaient été perdues; d’autres se retrouvent à l'étranger, au British Museum, par exemple, et jusqu’à Saint-Pétersbourg.

Des archives restées au Canada beaucoup de pièces ont été également détruites, d’abord pendant le siége, et ensuite par la négligence du gouvernement anglais. Ce qui a échappé à ces désastres se retrouve dans les différents dépôts publics et dans quelques familles.

À la fin du dernier siècle, en 1787, le gouvernement commença à s'occuper des archives, et en fit faire un

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inventaire. Des personnes compétentes qui ont consulté attentivement cet inventaire publié en 1791, ont constaté avec regret la disparition de nombreux volumes de m nuscrits qui existaient à cette époque. De combien d'autres pièces importantes nos historiens n'ont-ils pas regrette la destruction, par exemple, d’une partie du Journal des Jésuites perdu à jamais pour les lettres.

Heureusement il se trouva des hommes dévoués qui ont empêché une destruction totale, On commençait alors à s’occuper d'histoire. Nos écrivains Smith, Bibaud et Christie eurent besoin de consulter les archives pour nous donner leurs premiers travaux, et ils constatérent des lacunes regrettables. D'autres rendirent des services non moins éminents en réunissant les matériaux dispersés de notre histoire, et en sauvant de la destruction des manuscrits précieux. Les noms vénérés de Jacques Viger et de Faribault se présentent naturellement à notre mémoire, car personne n’a fait autant qu'eux dans l'interèt de l’histoire ; toute leur vie a été consacrée aux antiquités canadiennes et à éclaircir nos annales. Honneur et reconnaissance à ces chercheurs infatiguables qui nous ont conservé et légué tant de travaux qui sans eux seraient aujourd’hui perdus !”

Dans le même temps, la Société Littéraire et Historique de Québec, fondée dans un but tout à fait patriotique et national, s'occupait spécialement des documents historiques, et prenait de bonne heure les moyens de les réunir. Vers 1835, elle faisait à cet effet en Europe des démarches qui furent d’abord peu fructueuses.

Nos voisins, grâce à l'entremise du ministre des Etats-Unis, étaient plus heureux. M. Brodhead nommé agent pour se procurer des documents relatifs à l’état de New-York, fit copier (1841.44) 80 volumes de manuscrits. La législature décida de les faire imprimer ÿn extenso, et le résultat a été 10 volumes in-4", collection précieuse pour l’histoire de l'Amérique.

La Société Littéraire et Historique fit copier de la collection Brodhead 17 volumes, qui comprennent la correspondance officielle des gouverneurs français avant la conquête. Elle obtint également 6 volumes d'extraits des documents de Londres (Colonial Correspondence), provenant de la même collection.

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Grâce à une allocation du gouvernement, cette société avait déjà publié plusieurs manuscrits historiques fournis ar le colonel Christie, lord Durhan et l’abbé Holmes. Elle réimprima les voyages de Jacques-Cartier, devenus très-rares, collectionna cinq autres volumes de manuserits importants, plusieurs volumes d'archives judiciaires, etc. Tels sont, en résumé, les premiers services rendus par cette institution, la plus ancienne des sociétés savantes du Canada. Avouons cependant que dans tous ces travaux la plns large part de mérite revenait à M. Faribault, notre antiquaire canadien.

L'accès aux archives de Paris étant devenu plus facile, le gouvernement canadien chargea, en 1845, l'Hon. M. Papineau, alors en Europe, de faire copier des manuscrits qui out été déposés dans la Bibliothèque du Parlement et dans celle de la Société Historique de Québec.

Plus tard, en 1851-52, M. Faribault chargé d’une mission oflicielle en Europe, fit copier des archives des divers ministères la suite de la correspondance des gouverneurs du Canada sous le gouvernement français. Ces 24 volumes, qui renferment une foule de pièces importantes pour l’histoire de la domination française, sont déposés à Ja Bibliothèque du Parlement d'Ottawa.

Il y a encore dans cette bibliothèque d’autres manuscrits intéressants dont on trouve la liste dans le catologue des ouvrages sur l'Amérique publié en 1858. Ce dernier travail que nous devons à M. Gérin-Lajoie, est fait avec le plus grand soin, et contient non-seulement le titre des pièces manuscrites de la Bibliothèque du Parlement mais aussi de celle de la Societé Littéraire et Historique.

Depuis 1858, on a réuni seize autres volumes de manuscrits, Comprenant entre autres la correspondance du gouverneur Simcoe, et divers documents recueillis en France par le R. P. Martin.

Le 8 juin 1852, les législateurs, tout en ordonnant la ré-impression des édits et ordonnances, firent une autre démarche qui ne me parait pas avoir été mise à exécution. Ils adoptèrent une résolution déclarant qu'il y a dans nos archives nombre de documents qui méritent d’être imprimés, et prièrent le gouverneur d'en faire un choix, de les faire imprimer et distribuer pour l’information du public.

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