‹ Les archives historiques du département de l'AubeChapitre 1 sur 246 · M. DCCC.XLI · texte numérisé non relu

M. DCCC.XLI

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Cet ouYiage a ëlé lire à cinq ccr.ls exemplaires numérotés Pl paraphés de la main de rnuteur.

AVAIVT- PROPOS.

Vers la fin de 1838, M. Gabriel, préfet de l'Aube, exprimant un vœu précédemment émis par le conseil général de ce département, demanda au ministre de l'Instruction publique, un élève de l'école des chartes pour mettre en ordre les archives de sa préfecture. Sur l'obligeante recommanàwù«i« de M. Aug. Thierry, M. de Salvandy, qui présidait alors à cette administration, me fit l'honneur de me confier celte mission. La lettre qui me donnait avis de mon mandat m'en traçait ainsi le but : «... J'ai l'honneur de vous informer que, par arrêté en date de ce jour, je vous ai chargé de dépouiller et de classer les archives du département de l'Aube. Vous voudrez bien rechercher avec soin toutes les pièces, tous les documents qui seraient de nature à faire partie de la collection des monuments inédits de l'histoire du tiers-état... et m' adresser de temps à autre quelques rapports qui me feront connaître les résultats de votre travail.... Salvandy. » En procédant aux recherches qui m'étaient prescrites, je ne tardai pas à reconnaître que les documents relatifs à l'histoire du tiers-état n'entraient dans la composition de ces archives qu'en nombre proportionnellement peu considérable, et que, dans l'intérêt général qu'elles pourraient of- -jir, ils n'occupaient qu'un rang très-secondaire. Mais en même temps, je fus vivement frappé des motifs nombreux de haute curiosité qui recommandaient ces papiers, et je conçus le projet de compléter la tâche dont j'étais chargé, en publiant le résultat de mes investigations. De là, l'ouvrage que nous imprimons aujourd'hui.

Cet ouvrage est divisé en quatre livres. Le premier n'est à vrai dire qu'une introduction. Nous avons tenté d'y réunir, sous le titre d'essai bibliographique, une nomenclature de toutes les sources où l'on peut puiser pour étudier l'histoire du département de l'Aube, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'époque de la révolution française. On peut, à l'aide

de ce tableau, connaître les points déjà explorés de cette histoire, et distinguer quelles sont, à l'égard du dépôt dont nous avions principalement à rendre compte, les lumières qui lui sont propres, et quelles sont les notions qu'il ne peut que rectifier ou confirmer.

Le second livre aborde directement le compte-rendu. C'est un catalogue, aussi régulier et aussi complet que nous ayons su le faire, de ces richesses.

Dans le troisième, nous nous sommes proposé, non pas de mettre en œuvre, d'une manière arrêtée et définitive, les matériaux indiqués dans la division précédente, mais de les relier entr'eux, à l'aide de rapides aperçus, et d'en faire ressortir l'intérêt d'ensemble sous une forme plus favorable, en substituant le discours et parfois le récit au langage aride d'une nomenclature.

Enfin, le quatrième continue cette marche de plus en plus analytique. Nous y avons inséré un certain nombre de textes, autant que possible inédits, et qui, par leur importance et leur variété, représentassent pour ainsi dire le double caractère qui distingue à la fois la collection dans laquelle ils ont été puisés.

Tel est le plan que nous nous sommes tracé. Si la force et le talent nous manquaient pour le bien traduire, le zèle et les efforts du moins ne nous ont point failli. Persuadé que l'étude de documents primitifs et élémentaires exige une action immédiate et directe, j'ai voulu voir et consulter autant que possible de mes yeux toutes les pièces dont j'ai parlé. C'est dans ce but que j'ai combiné la direction du travail matériel qui s'est accompli sous ma main à la préfecture de Troycs, avec des courses multipliées, tendant à compléter l'ensemble des recherches qui m'étaient nécessaires, dans les arrondissements de l'Aube, dans la Marne, la Haute-Marne, la Meurthc, les "Vosges, la Côlc-d'Or, l'Yonne, Seine-et-Marne et surtout à Pari», qui possède tant de richesses locales ayant appartenu jadis aux provinces.

Partout j'ai rencontré pour l'œuvre dont j'étais chargé, profit et assistance.

C'est ici le lieu de signaler, au moins d'une manière abrégée, les nombreux, les obligeants services que j'ai reçus de

toutes parts, et dont la longue énumération pourrait fatiguer un lecteur indifférent, mais non ma reconnaissance.

Et d'abord le gouvernement n'a cessé d'entourer et d'encourager ma mission de l'appui le plus bienveillant. Les divers ministres qui se sont succédé à l'instruction publique, l'ont suivie et dirigée avec une constante sollicitude. M. le comte Duchatel, qui a pris en main avec un zèle et une supériorité de vues si remarquables, le problême difficile de l'organisation des archives de France, a bien voulu, dès son premier avènement au ministère de l'intérieur , ^ se faire rendre compte do mes travaux, et me conférer, pour le temps que je devais y consacrer, le titre d'archiviste du département de l'Aube. M. l'amiral Duperré, ministre de la marine et des colonies, a daigné s'intéresser aussi à mon œuvre et lui accorder l'honorable concours de ses encouragements.

J'ai dit avec détails, dans le cours de cet ouvrage, la protection et la sympathie éclairée que j'ai trouvée auprès des autorités locales. Dans le département de l'Aube, le conseil général, MM. les préfet, sous-préfets et maires de communes ont constamment témoigné, pour ma mission, la faveur la plus obligeante. A Paris, mes maîtres, confrères et amis de la Bibliothèque royale et des Archives du royaume, ont bien voulu mettre à ma disposition et les documents dont ils sont les dépositaires et les fruits de leurs propres travaux, avec une complaisance que j'essaierais de louer si de pareils éloges étaient pour eux chose moins habituelle. Dans les départements qui comprennent une partie de l'ancienne Champagne, MM. M. de ChambureetP. Guignard à Dijon; à Châtillon, M. G. Laperouse; à Châlons, M. l'archiviste du département; à Reims, M. L. Paris; M. Desmousseaux de Givré, alors préfet do l'Aisne; dans les villes du département, MM. Thiéblin, Bailli, Garnier, de Bar-sur-Aube ; M. Camus- Chardon, d'Arcis; M. de Lesseps, de Nogent; MM. Coûtant, des Riceys; Gerost-Choquet, de Villenauxe; Jacotot, d'Ervy, et d'autres savants, envers lesquels ma mémoire seule est ingrate, m'ont permis d'enrichir mon livre de leurs utiles communications. A Troyes, M. Corrard de Breban, dont les ouvrages ont franchi avec honneur le modeste cercle auquel se borne d'ordinaire le public des écrivains d'histoire

locale, MM. le docteur Carteron, Vernier, ancien dépulé de r Aabe, Harraand , bibliothécaire, et Gadan, bibliophiles distingués, ont prêté à mes recherches le guide précieux de leurs conseils et de leurs lumières. C'est dans le catalogue de leur bibliothèque que j'ai pour ainsi dire copié toute la biblio- (jraphie imprimée du département de l'Aube. Enfin, en livrant à la publicité, à l'aide de la presse départementale, les résultats successifs de mon travail, en mêlant ainsi aux nombreux intérêts qu'elle est appelée à entretenir et à défendre, la préoccupation de richesses et de souvenirs qui sont le patrimoine de tous, j'ai pu associer à mon œuvre le concours d'une foule de personnes, qui, à divers degrés, appartiennent à la science, mais qui toutes savent déjà mériter d'elle par un zèle qui les honore.

Un ensemble aussi remarquable de circonstances favorables, de protections puissantes, de hautes sympathies, d'aide bienveillante et désintéressée, n'est point, nous le savons, pour celui au profit duquel tous ces avantages semblent se réunir, une garantie de succès ni un brevet de capacité. Ils aggravent au contraire de tout leur poids la responsabilité qu'il assume. Qu'il nous soit toutefois permis de les interprêter comme des signes anticipés d'indulgence, et d'y répondre ici avec effusion par l'hommage de notre profonde gratitude. Quant à l'insuffisance que nous aurons apportée sans doute à mettre en œuvre tant de précieux éléments, nous ne serons pas le dernier, du moins, à la confesser. Il y a deux cents ans, en offrant à ses contemporains l'un de ces savants ouvrages, qui nous ont servi de leçons et de modèles, Pierre Pithou s'exprimait ainsi sur le compte de son livre :«.... Il mesprisera l'ignorance de ceux qui nesçachans » le prix de telles reliques, et combien elles coustent à re- » chercher entre la poulsière, voire souvent entre l'ordure, » font plus de compte dvn mensonge rcvestu de vaines pau roUcs que de la simple et ni'ie vérité (a). » De notre temps, • cl au milieu de notre société, nul ne saurait éprouver dé-

la) Prologue des Mémoire» héréditaires des cvmtes de Champagne. iri72. I11-4».

sormais ni celle mémo crainle, qui fui dans un temps légitime, ni celle môme assurance. Pour nous, qui savons seulement combien le public actuel renferme de juges éclairés, et quels immortels ouvrages ont été tirés, par d'habiles ouvriers, de celte poulsière féconde, nous n'affrontons qu'avec une juste défiance le compte sévère qu'il fera de notre œuvre. Et que l'on n'accuse pas, dans cet aveu, la précaution oratoire d'une modestie affectée à laquelle nous ne prétendons pas et dont nous ignorons les artifices I Près de mettre au jour un travail rapide, comme tout ce que produit la rapide époque où nous sommes, et qui demanderait cependant la longue élaboration des années, au moment de quitter un dépôt d'archives qu'il nous a été donné d'organiser, mais dont la conservation matérielle après nous n'est peut-être pas même assurée pour l'avenir, ne nous serait-il pas facile d'invoquer, à défaut d'autre excuse, si nous voulions pallier notre propre faiblesse, l'incertitude, l'état précaire et l'espèce d'abandon dans lesquels vit aujourd'hui l'homme de lettres.

Jetez les yeux en effet, pour ne parler que de celle-là, sur la littérature rétrospective. Nous avons, il y a cinquante ans, siippriméles Bénédictins. Mais nous avons supprimé du môme coup ces asiles studieux, cette quiétude facile, cette république littéraire, ces phalanges de travailleurs sans cesse renaissantes, qui défiaient la mort môme et qui se transmettaient comme héréditairement, avec les exemples émulateurs de l'œuvre commencée, de hautes tradition^ de goût et de critique. Nous avons supprimé tout cela I Et, depuis ce temps, les grands monuments qu'avait ébauchés leur patience intrépide et qu'elle nous a légués, languissent ou restent définitivement interrompus. Chaque jour le terme inévitable vient frapper un à un non seulement les derniers de ces architectes illustres, mais encore ceux qui, plus heureux que nous, ont pu s'instruire à côté d'eux, en les voyant à l'œuvre : et chaque jour aussi, les corps savants, sous peine devoir s'éteindre en eux l'élective postérité de ces grands hommes, sont obligés, pour combler ces vides irréparables, de se recruter plus bas dans les rangs de notre médiocrité universelle. Enfin, un nouveau dé-

luge, non plus d'ignorance et de barbarie, mais un déluge de légèreté, de sophisme et de demi-savoir, est venu nous inonder; il s'étend et gagne dans le monde ; il monte, il déborde et vient asseoir son flot impur jusque dans le sanctuaire delà science.

Quant à la politique, car c'est ainsi que se nomme maiutenaat ce qui devrait s'appeler l'administration, qu'a-t-elle édifié sur tant de ruines qu'elle a produites ?

Il existe par exemple sur le papier du Bulletin des lois, voire même dans quelque grenier du vaste hôtel Colbert, à Paris, une école royale des chartes spécialement destinée à former des paléographes et des bibliothécaires. L'école a pour professeurs deux savants d'une haute distinction. Une ordonnance du roi lui ouvre des débouchés honorables (a). Cependant, morte au moins deux fois, d'inanition, depuis le peu de temps qu'elle a reçu l'être, ranimée de nouveau, il y a quelques années, par une parole échappée de la bouche d'un ministre érudit, elle a vu, toutefois, depuis 1830, se presser à ses portes un nombre croissant de jeunes candidats, ambitieux surtout de savoir, et que n'ont pu rebuter ni la stérilité officielle de l'institution, ni la bonne foi de leurs devanciers et de leurs maîtres, qui les éclairaient euxmêmes sur le piège véritable tendu à leur avenir. Veut-on savoir maintenant en quoi consiste la carrière de l'école des chartes? Veut-on savoir le résultat qu'offrent, dans la réalité des choses, les études sévères qu'elle commande? La carrière, c'est— à l'âge où il s'agit d'orienter sa vie dans le monde, — de

(a) L'article 10 de cette ordonnance est ainsi conçu : I Après les deux (dernières) années d'études auxquelles ils sont soumis, les élèves de diplomatique et de paléographie française seront examinés do nouveau par les Juges du premier concours.

» Ceux des élèves qui auront été reconnus dignes de cette distinction, recevront de notre ministre secrétaire d'état de l'intérieur un brevet d'archivistc-paléographe, et oblicndront ensuite, par préférence à tous autres candidats, la moitié dos emplois qui viendront à vaquer dans les bibliothèques publiques (notre bibliothèque de la rue Richelieu exceptée), les archives du royaume et les divers dépôts littéraires. »

laisser là toute occupalion que les gens positifs décorent du uom de choses sérieuses, pour se parquer, pendant trois ans, au milieu de travaux ingrats et dune exclusive spécialité. Puis, au bout de ces trois années, en admettant que le succès couronne vos efforts, le ré^wi/af, c'est de devenir, — s'il plaît à Dieuetàlafortune,— rédacteur en chet de l'Europe, comme l'était il y a peu de temps M. C********; feuilletoniste de théâtre, comme le spirituel X, collaborateur du National et bibliothécaire, mais par droit de naissance ; auteur de romans à la mode, comme M. F.W**; référendaire àla cour des comptes, comme M. D****; ou enfin (c'est ici l'histoire et non pas l'historien qui manque de gravité) directeur d'usine industrielle, comme notre honorable confrère M. B****, archivistepaléographe 1

Quant aux emplois qu'en vertu d'une ordonnance royale, cette école est censée conférer à ses élèves, nous invoquons ici le témoignage des huit ou douze ministres qui depuis dix ans se sont succédé à la direction de l'instruction publique etdontquelques-unsfurentdesliltérateurséminents. Enfants de la Science dont naguères le crédit les fit puissants, qu'ils disent si, devenus ses tuteurs, ils se sont gravement souvenus des intérêts de leur illustre pupille. Dans ce temps où toute question vient aboutir à une sorte de tapis vert et se jouer au cours aléatoire des boules parlementaires, qu'ils disent, si, cédant à des importunilés dont leur gloire et leur conscience littéraires furent les premières victimes, ils n'ont pas laissé maintefois s'égarer au profit de toutes sortes d'avidités, le prix et surtout l'honneur et les fonctions de travaux que réclamait la science?

Tournerons-nous les yeux d'un autre côté ? nous y rencontrerons la même stérilité chronique et la même impuissance. II y a dans toutes les préfectures de France, à l'état d'ordre ou de désordre, une collection de lois, instructions, circulaires, arrêtés ministériels, préfectoraux et autres, tous relatifs à la manutention des archives départementales, archives qui renferment, — il n'est plus permis à personne d'ignorer ceci,— des documents d'une grave importance. La bibliographie seule de cette collection occuperait un petit volume. Elle remonte, par delà le Comité de salut public, jusqu'à

l'Assemblée nationale, et s'arrête, pour le iiîoraeni, au ministère actuel. Parmi ces actes, les uns enjoignent de mettre le parchemin des districts à la disposition des arsenaux, pour servir à la fabrication des cartouches ; ceux-ci de le vendre au quintal. D'autres, il est vrai, parlent d'ordre et de conservation. Mais il est de notoriété publique que jusqu'à ce jour les premiers seulement ont été pris au sérieux et exécutés à la lettre. A son tour, M. le ministre de l'intérieur est venu joindre à cet énorme dossier un volume in-4" d'instructions nouvelles. Il est vrai que ces instructions sont marquées au coin du bon sens, du zèle pour tous les intérêts publics, et d'une raison éclairée qui veut les moyens d'y satisfaire. Il est vrai que, pour la première fois, des hommes spéciaux et compétents ont été consultés, que chaque difficulté reçoit une solution, qu'une marche possible est tracée, et que le ministre lui-même promet de veiller fermement à

ce qu'elle soit suivie Mais qui sait si entre le moment où

j'écris ces lignes et celui où la presse les aura définitivement transcrites, qui sait si la Question d'Orient ou je ne sais quelle autre Question n'aura pas renversé le vingt-neuf octobre, et si, enfin, les circulaires de M. Duchatel, reléguées où le sont déjà tant d'autres circulaires, n'iront pas accroître elles-mêmes le désordre de nos archives de province !

Voilà de graves considérations, invoquées, il est vrai, à propos d'un petit livre, mais qui préoccupent aujourd'hui tous les esprits studieux. Pour nous, nous n'obéissons pas seulement à un mouvement de notre âme, mais nous croyons aussi remplir un devoir de conscience en les consignant ici. Sans regret pour notre passé, presque fier du présent, moins inquiet qu'incertain sur l'avenir, c'est parce que nous n'avons qu'à remercier pour nous-même que nous nous sommes cru en position de réclamer pour tous. Nous avons enfin pensé qu'en échange de la véritable faveur dont nous avons été l'objet, nous pouvions offrir à nos bienfaiteurs un présent digne de leur rang élevé, le seul qui puisse se donner sans ostentation et s'accepter sans rougir, quelle que soit la main qui le confère : la vérité.

Août i841.

SIGNES CONVENTIOrsiNELS {a).

Arch. du roy Archives du royaume.

Arcb. H. d. V. T Archives de l'IIôtel de ville de

Troyes.

Bq Bihliothèque.

Bq. roy Bibliothèque royale.

c centimètres.

env environ.

FF Frères ou Frattes et ses déclinaisons.

fo folio.

O. (de la page 82 à la page 92) . hauteur.

inv inventaire.

J.-C Jésus-Christ.

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