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II. — GROUPE DU MAXIMA

C’est à l’A. maxima que Guibourt rapporte la drogue décrite par lui dans son mémoire sur les Guacos, sous les n° IT et IIT; ce groupe présente un grand intérêt par la netteté des caractères : 1l semble aussi que ce soit une des espèces les plus employées, car on en retrouve les échantillons sous

— 9% — diverses dénominations dans plusieurs collections de produits médicinaux.

Je prendrai comme type de ce groupe un Guaco étiqueté : « Feuilles de Huaco, Santa-Anna, San-Salrador. Exposition de 1889 », que possèdent à la fois le Muséum d'histoire naturelle et l'École de pharmacie de Paris. Cet échantillon comprend non seulement les feuilles annoncées par l'étiquette, mais aussi des tiges et des racines et même des fragments intéressants ayant la structure de la tige à une extrémité et celle de la racine à l’autre. À cet échantillon, je rapporte avec certitude :

1° Le Guaco, appelé par Guibourt «Aristolochia maxima non volubile », et qu'on retrouve dans son droguier sous les deux étiquettes suivantes :

« Arisloloche Guaco non volubile, à feuilles étroites, à bois solide, non percé de pores béants, à odeur faible citronnée», et « Aristoloche faux Guaco à feuilles entières et longues, écorce et bois faiblement aromatiques. » C’est le n° IT de ses Guacos ;

2° Le Guaco n° III de Guibourt, appelé par lui dans son mémoire « Aristolochia maxima volubile », et étiqueté dans son droguier : «Guaco à feuilles larges, glabres etodorantes,? Aristol. geminiflora H. B. K — odeur musquée, sans doute accidentelle, racine d'un jaune verdâtre intérieurement à bois solide à structure rayonnée sans pores ouverts apparents. M. Chevrier». Ces deux échantillons me paraissent identiques. Je ne vois pas en quoi le n° IIT a paru voiubile à Guibourt. Il contient un fragment de racine, tandis que le no II, plus considérable de beaucoup, ne contient que des tiges et des feuilles, mais tous les caractères sont les mêmes ;

3° Un autre échantillon de l'Ecole de pharmacie de Paris, intitulé : « Guaco bejugo (contre les morsures venimeuses)

SN = Ci

RTS Guatemala. » Il contient des tiges et des feuilles identiques à celles du n° 1;

4 Un fragment de tige provenant de la même collection et étiqueté : « Guaco du Guatimala. Aristoloche insipide inodore. Goût de moisi » ;

5° Trois petits échantillons du Muséum d'histoire naturelle, ne portant pas de nom, et provenant de la République de San-Salvador, Exposition de 1838. L'une contient seulement des racines, l'autre à la fois tive et racine, la troisième contient une racine de maxima et une tige de cymbifera ;

6° Un échantillon del'Écolede pharmaciede Paris, étiqueté : « Exposition de 18S9, Salvador. Racine de Ste-Marie, municipalilé de Potonico.» Très belexemplaire composé uniquement de racines, à structure très nette. Le Muséum en possède également.

DESCRIPTION. — Tous ces échantillons sont identiques : ils doivent être rapportés très probablement à la même plante et l'on peut les décrire ensemble.

a) TIGES. — Tantôt mêlées aux racines comme dans l’échantillon type, tantôt et plus souvent séparées avec ou sans feuilles. Les fragments ont une longueur maximum de 25 cent. environ et un diamètre fort variable depuis 3 mm. jusqu’à 2? cent. 1/2. Les petites tiges seules sont ramifiées. Les plus âgées sont recouvertes d’un suber peu épais ne dépassant pas ? mm. d'épaisseur, fendillé çà et là, irrégulièrement, mais n’offrant jamais les profondes crevasses et l'épaisseur du liège du groupe cymbifera. Ce suber lorsqu'il n’est pas recouvert des restes de l'écorce primitive, est fauve, spongieux, fin, doux et velouté au toucher ; sur les jets plus jeunes on voit autour du suber les traces de l'écorce. Plus jeunes encore, l'extérieur en est grisâtre, peu subéreux, luisant par places, sur les points où l’épiderme est conservé. Enfin, sur quelques

PERS CEA tiges grêles, la couche épidermique olivâtre,luisante et comme vernissée, parfois un peu tuberculeuse, est à peu près continue. Quelques tiges assez minces sont un peu plus noueuses et moins rectilignes, moins luisantes. Ce sont celles qui portent les feuilles. Sous l'écorce, le bois est marqué de stries longitudinales, fines et parallèles.

L’adhérence de l'écorce au bois varie suivant les échantillons.

Sur une section transversale nette, l'aspect est spécial. Audessous du suber fauve, mince, se voit une très fine ligne blanchâtre ou grisätre qui représente toute l'écorce. Le centre estoccupé par une moelle blanc grisâtre, volumineuse surtout dans les tiges jeunes, et qui, si l'on fend la tige en long, se montre formée de disques minces, superposés. Entre l'écorce et la moelle, la région ligneuse est formée de fins rayons très réculiers, nets, alternativement blancs (ou gris) et brun verdàtre, répondant aux rayons médullaires et ligneux. Dans les tiges petites ou moyennes à peu près tous ces rayons vont directement du centre à la périphérie ; chez les gros, ils sont quelquefois bifurqués ou incomplets, mais rarement et sans révularité. La loupe n’y montre aucun pore. L'aspect général est très différent de celui des Mil-homens.

b) Les RACINES constituent parfois à elles seules la drogue tout entière (dans la Racine de Ste-Marie, par exemple), ou bien elles sont mêlées aux tiges. Ces racines se distinguent facilement des tiges par quelques caractères. D'abord, elles ne sont pas cylindriques et constituent des sortes de pivots dont le diamètre maximum atteint 4 cent., puis diminue rapidement. Plusieurs tiges, de diamètre varié, naissent sur la grosse extrémité, tandis que des radicelles plus petites, mais toujours peu nombreuses, peuvent se montrer sur les côtés du pivot. Ces fragments de racine ont 20 à 25 cent, de long.

Suber uniforme, mince, fauve un peu ocracé, généralement

re

sans stries n1 crevasses, s'enlevant par plaques minces irrégulhières. D'autres fois, au contraire, il existe quelques fentes longitudinales. Au-dessous du suber, région corticale gris jaunâtre, d'une minceur extrème, parfois très adhérente au bois et presque inséparable, tantôt pouvant s’en détacher par fragments et portant alors sur sa face interne la trace des rayons ligneux sous forme de stries brunes, parfois sinueuses, très nettes sur le fond jaune ; sous cette écorce, sur les points où elle manque, on voit le meditullium ligneux formé de rayons ligneux et médullaires, les uns brun-verdâtre, les autres d’un blanc crème, longitudinaux, non parallèles, mais irrégulièrement sinueux, et se touchant souvent. La région corticale est si mince, que sous le suber on devine très bien cet aspect à travers l'écorce.

Sur une tranche nette, la structure est fort remarquable et spéciale : le suber mince occupe la zone extérieure; l’épaisseur de l'écorce est négligeable; pas de moelle. Le corps ligneux occupe donc toute la surface, et les faisceaux d’un brun verdâtre ou marron clair se détachent très nettement sur le fond. Ces faisceaux sont très légèrement sinueux; quelquesuns aboutissent au centre et s’y réunissent ; d’autres s’arrêtent à distance variable de l'axe, mais assez régulièrement. Le nombre de ces rayons varie avec le diamètre ; mais la racine, même très Jeune, ofire cet aspect caractéristique. Les pores ne sont ordinairement pas visibles. Sur deux fragments cependant, la loupe permet de les voir. Ils sont très fins.

La surface de section de cette racine est douce au toucher, comme talqueuse.

Ici, chose remarquable, c'est la structure des Aristoloches renversée. Au lieu d’avoir des rayons médullaires incomplets, qui n’atteignent pas le centre et s'enfoncent comme des coins dans le bois (Mil-homens, etc.), ce sont les rayons ligneux minces qui S'enfoncent en coin dans les larges rayons médul-

laires dont ils provoquent la bifurcation. Il y a ainsi des rayons ligneux de deuxième et de troisième ordre. Guibourt a été induit en erreur par cette apparence, et a donné aux rayons médullaires le nom de bois. En regardant avec attention, on voit pourtant, mais rarement, quelques rayons lisneux bifurqués.

L'odeur est partout nulle, quand on ne touche pas aux échantillons. Si l'on gratte ou si l'on sectionne, on ne perçoit œuère d'odeur que sur les gros fragments. Cette odeur est toujours faible ; sur les racines, elle a quelque chose de téré-

benthiné. Les échantillons de Guibourt ont perdu toute odeur. = La saveur, d'abord peu nette, devient âcre à l’arrière-coût. Elle est plus marquée dans les parties âgées, plus marquée aussi et parfois très accentuée dans la mince région corticale. Mais d’autres fois le goût est à peu près nul, et il faut mâcher longtemps pour percevoir une certaine âcreté.

c) Les FEUILLES sont alternes, à peu près distiques, grandes, ovales oblongues, entières, acuminées plus ou moins finement, nullement cordées à la base (ou à peine), trinerves en bas, à nervures saillantes à la face inférieure. La nervure médiane donne quelques nervures secondaires alternes ; des nervures de troisième ordre vont presque parallèlement d’une nervure secondaire à l’autre et se ramifient à leur tour en un riche réseau anastomotique. La face supérieure est d’un vert foncé un peu erisâtre, surtout dans les vieux échantillons. La face inférieure, moins foncée, est d’an vert olive.

La grandeur de ces feuilles est d’ailleurs assez variable, comme l’a montré Guibourt, avec tous les intermédiaires entre les extrèmes. Elles atteignent comme maximum 18 cent. de long sur 5 1/2 de large. Elles sont dures au toucher, assez épaisses, peu fragiles, à cause de leurs nervures résistantes. Un court pétiole les supporte. Elles sont glabres ; cependant

les pétioles et les jeunes tiges sont recouverts d'une poussière crisâtre que le microscope montre formée de poils desséchés.

Les feuilles de l'échantillon type, qui date seulement de l'Exposition de 1889, ont, quand on les froisse, un arome nettement citronné. On a vu que ce caractère était noté sur l'étiquette de l’un des échantillons de Guibourt et dans la description qu'il en donne. Mais cet échantillon a aujourd'hui perdu toute odeur en vieillissant.

Le goût est d’abord citronné, lui aussi, puis légèrement âcre, mais non très désagréable.

Tous ces échantillons ont une structure identique de la tige et de la racine, et, lorsque les feuilles existent, elles sont

aussi tout à fait semblables. Ils proviennent donc, soit de la

même espèce, soit d'espèces très voisines. Mais est-ce l’A. maxima ? La chose est assez probable, bien qu’en l’absence de tout organe floral il soit difficile de se montrer affirmatif. Les feuilles répondent assez bien à celles que l’on attribue à cette espèce: elles ressemblent en particulier à celles de la description et de la figure de Jacquin'. Il est vrai que celle-ci les représente de face et qu’on n’y voit pas de réticulum, mais la description donne les feuilles comme : subtus reticulato-venosa.

La tige est décrite tantôt comme volubile (Duchartre, etc.), ce qui n’est certainement pas le cas de nos échantillons, tantôt comme sarmenteuse (Lamarck). Les notres sont droites, mais les fragments sont assez courts et il est bien possible qu’elles fussent sarmenteuses.

La racine est dite par Jacquin: teres, ramosa, primaria diametro sesquipollicari ; vestitur cortice fusco rimosoque, succo autem scatet aurantio. Cette description semble différer de celle de nos racines, dont l'écorce est plutôt claire,

1 Amer., p. 233, fig. 146.

non fendillée, et semble trop mince pour donner beaucoup de suc.

D'autres organes diffèrent aussi dans la description de Duchartre: ainsi les pétioles qu'il dit préhensiles, etc. Il me reste donc quelques doutes sur l’exactitude de la détermination de Guibourt; mais, malgré tout, c’est de l'A. maxima que tout ce groupe se rapproche évidemment le plus.

STRUCTURE. — Par opposition au groupe cymbifera, la structure est ici très homogène et dans tous les échantillons réunis déjà par leurs caractères extérieurs très nets, elle est absolument identique. L’anatomie devient donc ici beaucoup plus importante.

a) T1GE. — La tige jeune offre sur la coupe :

Un épiderme à paroi externe épaisse, souvent muni de quelques poils pluricellulaires simples.

Au-dessous, trois ou quatre assises de parenchyme cortical, dont les cellules contiennent souvent un gros cristal d'oxalate.

Une zore de quatre à cinq rangées de fibres polvédriques à parois épaisses, à zones concentriques, interrompues de loin en loin, en face de certains rayons médullaires, par quatre ou cinq cellules plus grandes et moins épaissies.

Une région libérienne peu distincte, à cellules comprimées et écrasées.

L'axe ligneux formé par des rayons ligneux non dichotomisés, symétriquement rangés autour d’une grosse moelle et montrant souvent le bois primaire à leur pointe. Ces rayons

ligneux sont formés par quelques gros vaisseaux annelés, :

rayés et ponctués, et par un grand nombre de fibres ligneuses. Celles-ci sont fortement épaissies, à lumière petite et arrondie; mais quelques-unes d’entre elles, suivant certaines lignes transversales, irrégulières , s’épaississent beaucoup

moins, et gardent une lumière plus grande et plus polyédrique, ce qui donne au bois un aspect particulier, visible surtout sur les tiges plus âgées.

Les rayons médullaires sont plus étroits que les faisceaux ligneux : inégalement épais d’ailleurs, ils sont formés par trois à quinze rangées de cellules très régulièrement alignées en files, à parois assez épaisses et ponctuées, et contenant abondance d'amidon: ces cellules sont quadrangulaires à angles mousses, un peu allongées radialement.

Les cellules de la moelle plus grandes, allongées un peu suivant l'axe, également ponctuées, contiennent de l’amidon et souvent des cristaux, soit en gros prismes qui remplissent la cellule, soit en mâcles arrondies et hérissées de pointes.

Les tiges moyennes ont une plus grande épaisseur du liber qui contient aussi des cristaux, mais rares; les rayons médullaires de l'écorce, prolongeant ceux .du bois, sont très nets jusqu'à la couche scléreuse.

Les grosses tiges ont en dehors du suber ; le parenchyme est plus large ; la zone des fibres est moins continue, et il s y mêle beaucoup de cellules ordinaires épaissies. Le parenchyme sous-jacent contient des cristaux assez abondants, et çà et là quelques cellules épaissies. La disposition du bois,avec des lignes irrégulières de fibres plus minces que les autres, est très nette. L’arrangement des rayons médullaires, ordinairement fins, réguliers et allant presque tous de l'écorce à la moelle, reste aussi le même.

Il existe aussi de l’amidon dans l'écorce.

b) RAGINE. — La racine présente au-dessous du suber une zone parenchymateuse assez large, avec abondance d’amidon et quelques cristaux, mais différant bien de la région correspondante de la tige par l’absence à peu près complète des éléments scléreux, fibres et sclérites, qui sont réduits ici à

quelques groupes de ? à 5 éléments assez espacés. Certaines cellules du parenchyme contiennent une substance brun-jaune, opaque, oléo-résineuse. L'amidon, extrêmement abondant, remplit complètement les cellules des rayons médullaires et de lPécorce.

La structure de l'axe ligneux est d’ailleurs la même que dans la tige. La différence d'aspect extérieur tient : à la largeur très grande des rayons médullaires de la racine, qui sont souvent beaucoup plus volumineux que les rayons du bois et s’élargissent de plus en plus vers l’extérieur; à l'absence de moelle; à linégalité des rayons ligneux, dont les uns atteignent le centre, tandis que les autres s'arrêtent plus ou moins loin. De même certains rayons médullaires incomplets divisent les faisceaux ligneux, mais sans la régularité que l’on trouve dans le groupe cymbifera, par exemple.

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