‹ Les arlequinades de FlorianChapitre 1 sur 133 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

jours facile à tromper, croit ce qu'on lui dit, fait ce que l'on veut, et vient se mettre de moitié dans les pièges qu'on veut lui tendre. Rien ne l'étonné, tout l'embarrasse; il n'a point de raison, il n'a que de la sensibilité; il se fâche, s'apaise, s'afflige, se console. dans le même instant : sa joie et sa douleur sont également plaisantes. Ce n'est pourtant rien moins qu'un bouffon ; ce n'est pas non plus un personnage sérieux, c'est un grand enfant; il en a les grâces , la douceur, l'ingénuité ; et les enfants sont si aimables , si attrayants , que j'ai cru mon succès certain si je pouvais donner à cet enfant toute la raison, tout l'esprit , toute la délicatesse d'un homme. »

Ce personnage ainsi rajeuni , c'était encore une innovation que d'en faire le héros d'une série de petites comédies ayant un but moral. «< Je ne pouvais, dit Florian , développer de grands sujets , ni prétendre à corriger les hommes en attaquant de grands vices; j'essayai du moins de les exciter à la vertu, en leur rappelant combien elle donne de vrais plaisirs. Je voulus surtout présenter le tableau de ces vertus familières, de ces vertus de tous les jours, les plus utiles peut-être, les plus nécessaires au bonheur; car ce ne sont pas , ce me semble , les grands préceptes de la morale et de la philosophie que l'on trouve à mettre en pratique le plus souvent. On est rarement dans le cas de sacrifier à son devoir, à sa patrie , à l'honneur, son repos , sa fortune , sa vie ; mais on est

PREFACE. ni

obligé à tous les inslants d'être un bon fils , un bon époux, un bon père. » Malheureusement la comédie ainsi conçue , présente un écueil assez difficile à éviter, c'est l'ennui , et cet inconvénient est d'autant plus grave, qu'il compromet , outre le succès de l'auteur, celui des bons conseils qu'il donne à son lecteur. Dans ses comédies , Florian a su se préserver de ce danger ; elles sont tout à la fois morales et amusantes; on y retrouve rarement cette fade innocence qui rend la lecture de ses romans si insipide , et que Marie-Antoinette caractérisait en disant : « Quand je lis le JSuma de M. de Florian, il me semble que je mange de la soupe au lait. »

LES

COMÉDIE

EN UN ACTE ET EN PROSE 9 février 1771)

PERSOiNNAGES.

ARLEQUIN, amant d'Argentine.

ARGENTINE

SCAPIN , rival d'Arlequin.

La scène est à Paris, dans une place publique, où l'on voit la maison où demeure Argentine.

LES

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