SCÈNE XIX
Trop souvent c'est une méprise , Lorsque l'on croit être au bonheur.
Dissipez ma frayeur extrême En me promettant de nouveau Que vous m'aimerez pour moi-même , Et non pas comme son jumeau.
NÉRINE
Éloignez de vaines alarmes , L'hymen unira nos deux cœurs :
D'un rival vous avez les charmes, Mais vous n'avez pas ses rigueurs.
Pour fixer mon âme incertaine , L'amour me prête son flambeau ; A l'aimer je perdis ma peine, Vous ne serez pas son jumeau,
ARLEQUIN , à Rosette.
Souviens-toi bien de l'imposture Qui pensa faire mon malheur :
En amour la moindre piqûre Blesse profondément le cœur.
Si jamais un amant fidèle, Brillant d'un feu toujours nouveau , Te jure une ardeur éternelle, Prends-y garde, c'est mon jumeau.
ROSETTE, au cadet.
Mon ami, devenez mon frère.
L'amitié vaut bien les amours; Et si votre sœur vous est chère.
I?>2 LES JUMEAUX DE BERGAME. SCÈNE XIX. Je vous reconnaîtrai toujours.
(A Arlequin.)
Je devais me laisser surprendre, L'amour n'a-t-il pas un bandeau?
Si mon cœur a pu se méprendre, Ce n'était que pour ton jumeau.
LA
COMÉDIE
EN UN ACTE ET EN PROSE 22 mars 1790
PERSONNAGES
MATHURINE, fermière du pays de Caux.
LUCETTE, fille de Mathurine.
ARLEQUIN, paysan du village.
DUVAL, neveu du bailli.