SCÈNE m. ;w
ARGENTINE
Oui, oui, mademoiselle; avant de lui dire ce (]ue vous voulez qu'il sache, je lui dirai tout ce (|u'il sait. Je comprends cela à merveille; dès que mon mari sera rentré, j'irai parler à M. Lelio.
ROSALBA
J'ai encore une prière à te faire. Mon père est dans l'usage de me donner, pour en disposer à ma \olon(é, le vingtième de tous les protits un peu considérables qu'il fait dans son commerce. Il vient (le gagner cent mille écus; et ce matin il m'a apporté quinze mille francs, dont je suis maîtresse al)solue. Tu ne devines pas ce que j'en veux faire?
ARGENTINE
Non.
ROSALBA
Si je ne te devais pas tant, je serais bien plus hardie à te les offrir.
ARGENTINE
A moi'!*
ROSALBA
Oui, ma bonne amie : ajoute ce plaisir à tous ceux f[ue je te dois : souffre que cette bagatelle soit mise en rente viagère sur ta tète : j'ai déjà (loimé des ordres à mon notaire, et je t'enverrai ce soii' Ion conti'al.
ARGENTINE
Ma elièi'e maîtresse, je n'ose ni accepter ni refuser votre hienfail; mais.,..
ROSÂLBÂ.
Si tu me refuses, je ne veux plus de tes services.
ARGENTINE
Écoutez. .le suis heureuse; je ne manque de rien, et j'ai déjà, grâce à vous, assuré le sort de mes enfants. Si mon mari venait à me perdre, il ne serait pas à son aise; que ce soit lui (pii profite de vos bienfaits : mon cœur et ma délicatesse y trouveront mieux leur compte.
ROSALBA
A la bonne heure; je vais dès ce moment tout arranger selon tes intentions. Adieu, ma chère Argentine : c'est aujourd'hui que j'ai reçu de toi la plus grande mar(|ue d'amitié.