‹ Les arlequinades de FlorianChapitre 60 sur 133 · NÉ RIXE · texte numérisé non relu

NÉ RIXE

Il nous a même dit que c'était pour quelque chose qui vous regardait.

NISIDA

Il est toujours occupé de mes plaisirs ou de mou Ijonheur.

NÉRINE

Que sait-on , peut-être songe-t-il à se donner un aide pour vous rendre heureuse.

MSIDA.

Que veux-tu dire?

NÉRIXE.

Je veiLX dire qu'il s'occupe sans doute de vous chercher un maj-i.

NISIDA, vivement.

Ah ! j'espère que non.

NÉRINE

Cela vous ferait du chagrin?

NISIDA, froidement.

Tout changement à mon sort ne pourrait que m'ètre désagréahle. Je suis heureuse avec mon père, je n'aime que lui, je ne veux aimer que lui; il ne respire que pour moi. Ce sentiment suffit ii mon cœur comme à ma félicité.

CLÉANTE

Ajoutez à tant de raisons la certitude de ne jamais trouver un époux digne de vous. Quand même sa fortune et son rang seraient au-dessus des vô-

SCÈ>'E VII. 93

(ics, quand Jiièmc il serait le plus aimable des liommcs, vous feriez encore un mariage inégal.

NISIDA

Vous me louez toujours, Cléante; j'en suis fà- (liée, car j'aime à causer avec vous, et cela m'en ciiipôche.

NÉRINE, basàClcantc.

Allez donc... 0 le poltron! (Haut.) Moi, qui ne \oiis loue point, mademoiselle, et qui ne vous en suis pas moins attacliée, je n'approuve pas cet éloimiement pour le mariage. Vous êtes faite pour \()iis marier; mais je veux que ce soit avec un iKimme dont l'âge et les qualités vous conviennent. !\l()nsieur votre père est trop vieux pour le cherci icr, vous êtes trop jeune pour le choisir; si vous \(iuk'z, je le trouverai, moi, je m'en charge.

NISIDA

Tu es folle, Nérine.

NÉRIXE.

Non, je parle très-sérieusement; je vois d'ici co (pi'il vous faut. Dites un seul mot, et je vous amène im jeune homme bien lait, d'une jolie ligure, d'un (iiiactère doux et sensible, d'un espril lin et aimalile; en un mot, un éjjoux renqili d'Iioinu'ur, de grùcc et d'amour. Si cela vous con\ient , vous n'avez qu'à parlci".

NISIDA

El tu répondras de toutes ces qualités, même de l'amour qu'il aura pour moi?

NÉRINE

Oh! c'est justement ce que je garantis le plus.

CLÉANTE

C'est pourtant le plus difficile à prouver. Quand on est la fille unique d'un homme opulent, on a le droit malheureux de ne jamais se croire aimée. La fortune fait payer ses bienfaits même à l'amourpropre : vous avez heau être jeune, belle, charmante : vous êtes riche, ce mot seul arrêtera tout amant tendre et délicat. Il doit être bien difficile de ne pas vous aimer; mais il est impossible d'oser dire que l'on vous aime.

NISIDA

Ce n'est pas à mon âge que l'on fait de si tristes réflexions, et si jamais....

CLÉANTE, vivement.

Si jamais....

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