SCÈNE XIV
ARLEQUIN, CLÉANTE
Mon cher ami, je ne sais comment t'apprendre une nouvelle qui te fera de la peine, et qui m'afflige beaucoup aussi.
CLÉANTE
Je n'ai jamais été gâté par la fortune , aucun revers ne peut m'étonner.
J'avais espéré que nous ne nous quitterions jamais, cl que ton mariage avec Nérinc te fixerait dans ma maison pour toujoiii's : mais tonl est changé.
CLÉANTE
S'il n'y a que ce mariage de rompu, je suis trop vrai pour vous cacher qu'il ne pouvait avoir lieu.
Hélas! je me suis donc trompé dans cela coinme dans l)ien d'autres chost^s. Mais ce qui me corile le
^Og LE BON PÈRE.
plus à te dire, ce qui nie cause le plus de clia-! grln, c'est que je suis forcé de te deuiander un service.
CLÉANTE
Ah ! monsieur, ordonnez , parlez , que faut-il faire ?
J'en suis bien fâché, j'en suis désespéré; mais il faut que tu aies la bonté de t'en aller.
CLÉANTE
De quitter votre maison?
Oui, mon cher ami.
CLÉANTE
Ai-je eu le malheur de vous déplaire?
Au contraire, je t'ai voué la plus tendre amitié; je ne sais comment je ferai pour me passer de ta société : ton esprit, ton travail me sont agréables et nécessaires; je t'estime, je t'aime, je sens mieux que personne tout ce que tu vaux ; mais, quoi qu'il puisse m'en coûter, il laut , mon cher ami , que tu t'en ailles.
CLÉANTE
Ai-je offensé quelqu'un dans votre maison? vous a-t-on fait quelque plainte?
Pour cela il s'en faut bien; tu es doux, serviable,