‹ Les arlequinades de FlorianChapitre 76 sur 133 · SCENE XVII. H · texte numérisé non relu

SCENE XVII. H

alors ma pauvreté, mes mallicurs, tout ce qui m'empêchait de parler, seraient devenus des motifs d'espérance : je vous aurais raconté mes chagrins; votre âme sensihle se serait émue, vous auriez écouté l'aveu de mon amour, non comme le père de Nisida, mais comme l'ami d'un malheureux.

Qui ètes-vous donc? parlez, expliquez-vous.

CLÉÂNTE.

Je suis le fils d'un homme de qualité, et j'ai payé hien cher ce funeste avantage. Ahandonné par mon père dès les premiers jours de ma vie, victime des fautes d'une mère qui dissipa tout le bien qu'on lui avait laissé pour moi, je me suis trouvé dans le monde à l'âge où l'on a tant besoin de ses parents, sans fortune, sans guide, sans appui, seul, isolé dans la nature, n'ayant pour tout bien que la connaissance de mes maliieurs, et n'osant pas même porter le nom d'un père (jui m'avait ôté sa tendresse avant que j'eusse vu le jour.

NÉRINE

Monsieur, vous vous attendrissez....

Point du tout, mademoiselle.... Kh bien?

CLÉANTE

Ce n'est pas tout. A l'inslanl où un ancien ami de mon père était prêt à s'employer auprès de lui

pour m'obtcnir la permission de l'aller emhrasser, et c'eût été la première fois de ma vie, nous apprîmes que mon père était mort en Italie et qu'il avait laissé toute sa fortune à un étranger.

A un étranger! Quel soupçon!

CLÉAXTE.

Voilà sur quoi je fondais l'espérance de vous intéresser un jour. Cette fatale illusion m'empêcha de sentir que je vous offensais. Ali! du moins ne me refusez pas mon pardon, c'est à vos genoux que je le demande. (iise met à genoux.)

ARLEQUIN, ému.

Répondez-moi , comment s'appelait votre père ?

CLÉANTE

Le comte de Valcourt.

Le comte de Valcourt !

CLÉANTE

Oui, monsieur : j'ai les preuves.

0 ciel! vous le fds de mon bienfaiteur!... Ah! relevez- vous, monsiem-, relevez- vous; c'est moi (jui vous dois du respect.

CLÉ.\NTE.

Quoi! vous l'avez connu?

Si je l'ai connu! Et vous êtes son fiis! Ah! mon

Page 1