‹ Les armaillis: legende dramatique en deux actesChapitre 6 sur 11 · M^DELI · texte numérisé non relu

M^DELI

J'étais trop fatiguée, je me suis reposée...

KQEBI (rageur, avisant le coffret) 1. 1 £-< ^fa^'-ânih* i Wm

Et puis il fallait admirer l'ouvrage du sculpteur..:^' / 'y^ ^^

RŒSELI (pour rompre le malaise, â Hansli) M

As-tu fait le café ? nous sommes assoiffées^

HANSLI ^^*4- ^^

Asseyez-vous, prenez du pain, prenez du beurre. Le café est prêt et voici la crème... /i

ir^

LINA

Viens l'asseoir là, Kœbi!

Mais Kœhi prend place à côté de Mœdeli, sur V escabeau où Hansli allait s'installer... Celui-ci a peine à retenir un geste de colère.

KOEBI (brutal) "^^ ] fl

Je m'assieds oii je veux. 44* f 1 W^

LINA (moqueuse)

Qu'il est aimable !

HANSLI (àLina)

Que sais-tu de la fête ?

KOEBI (à Msedeli)

Est-ce à (( l'Etoile » ou bien au « Sauvage » que se tiendra le bal ?

MiEDELI

« A l'Etoile ».

Déjà devant la maison le plancher de danse est dressé, la musique est commandée... Hier on posait des guirlandes, et tout le jour le boulanger a cuit des tresses, des gâteaux, des pâtés...

ROESELI

Le foehn* mettra les lanternes par terre, disent les vieux.

KOEBI (qui a posé la main sur l'épaule de Mœdeli et la regarde avec passion)

Eh diable! il ferait les quatre temps que je descendrai au village ! on ne danse pas si souvent.

(à Msedeli).

C'est avec toi que je veux tourner la première, veux-tu, Msedeli?

Au înoment où Mœdeli va peut-être répondre qu'elle accepte^ Hansli lui fait un signe,

* Vent très violent particulier aux pays de montagne.

MiËDELI

Non, Kœbi, pas la première; la première, je l'ai promise.

HANSLI

Oui, Msedeli me Fa promise.

KCEBl (frappant sur la table)

Gré nom î Tu fais un beau choix.

H se lève, va et vient furieux, et passant près de Hansli le secoue rudement.

Un joli danseur qu'une chèvre jetterait bas. Il le secoue plus fort,

LINA et nOESELI (inquiètes)

Assez plaisanté. Laisse-le.

Ne te fâche pas.

M^DELl (lui montrant ses deux amies et cherchant à le calmer)

Regarde, il y en a de plus belles que moi. Il ne faut pas m'en vouloir.

KOEBI (fAché)

Assez, assez!

MiEDELI (àHansli)

Mon Dieu, Kœbi est en colère ! S*il gronde, ne réponds rien, j'ai peur !

HANSLÏ

Sois tranquille.

LINA

Il est temps de partir, allons ! En route Ma3deli.

Toutes se chargent des boïlles, Hansli et Kœbi en même temps veulent aider Msedeli; mais Hansli est plîis rapide, le berger lui lance un regard furieux

LINA

Adieu les garçons !

RCffiSELI

A demain Kœbi !

MiEDELI (à Kœbi qui ne répond pas)

A demain, berger, à demain I

ROESELI (en riant)

Ne mets pas de trop gros souliers !

KŒ:BI (brusque)

Adieu !

HANSLI

Le ciel vous garde, bonne route!

Les jeunes filles s^ éloignent, Hansli les regarde s'éloigner. — Kœbi entre dans le fruitier, la fi^gure sombre, — Hansli leur lance une youdsée et agite son bonnet, — Elles lui répondent : A demain ! ! Hansli youdse encore une fois,

KQEBI (sortant du fruitier)

Tonnerre, tais-toi! Tu fais plus de bruit que d'ouvrage, et le bois pour ce soir n'est pas encore coupé... Paysan de malheur !

HANSLI (levant les épaules)

Pas si fort — j'y vais...

Hansli se met à fendre le bois. — Il s'y prend à deux ou trois fois pour ouvrir une lourde huche ; il n'y parvient pas.

KCEBI (ironique)

Voyez- VOUS quel gaillard, quels coups ! Quels poignets ! Ah ! Ah ! Ah î Un rude homme, ma foi ! Un beau coureur de filles !

Il prend la hache et d'un coup formidable fend la bûche,

kœ:bi

Tiens, ça c'est bûché !

Et de nouveau il secoue Hans par l'épaule. Dans le mouvement la veste de Hansli s^entr' ouvre, laissant tomber le bouquet qui y était caché,

KOEBI (exaspéré le ramassant)

Son bouquet ! Je savais bien !

Apercevant le coffret resté sur la table, il le brise. Ton coffret, voilà ce que j'en fais ! Va, cours après ta Maedeli, donne-le lui...

HANSLI

Kœbi, rends le bouquet! Rends-le moi ... Kœbi!

KŒBI

Ton bouquet ! Tu le veux. Et moi je le garde.

HANSLI

Quels droits as-tu ?

KŒBI (montrant ses bras).

Ceux-là ! Et file doux, garçon, file doux ! Quant au bouquet...

Il le jette à terre et V écrase.

HANSLI

Lâche, brutal !

KCaïïBI (s'approchant, menaçant).

Répète, répète donc, fainéant ! Bon à rien I

HANSLI

Lâche ! lâche ! lâche !

KŒIBI (qui ramasse le bouquet et l'écrase sur la bouche de Hansli) .

Tonnerre ! Tu le mangeras ton bouquet !

Les deux hommes se saisissent, courte lutte pendant laquelle Hansli haletant, étouffé par Kœbi, crie :

Lâche... lâche... Maedeli...

et Kœbi gronde :

Tais-toi, je te défends !

Soudain Hansli tombe à la renverse râlant.

Ah ! ah î ah ! ah î

Comme son adversaire ne bouge plus, Kœbi se relève sombre, effrayant..,

KCEBI

Qu'ai-je fait ? Il est mort, ah !

Il erre comme une bête fauve, s'éloigne, revient, puis considère le cadavre avec émotion.

Pour trois fleurs !

Il pousse du pied le bouquet écrasé, puis regardant à nouveau sa victime.

Ah ! ces yeux ! ces yeux !

Avec résolution Allons, il le faut !

Considérant Vahime.

Dans le torrent grondant ! Dans l'abîme profond qui ne rend pas son homme !

Terrifié, il s'arrête en entendant monter de la vallée la chanson des jeunes filles :

MiEDELI, LINA et RCESELI (au loin).

Prendre mari, Pourquoi faire?

Prendre mari, Quel ennui î 0 youdse, ô youdse, ô yegerli...

Un ami Me suffit !

Kœbi demeure penché sur sa victime dont il ne peut détacher ses regards tandis qu'au loin retentissent les joyeuses youdsées des Armaillis qui répondent aux chants des jeunes filles.

(Le rideau baisse lentement).

Page 1