MODE SUIVI DE NOS JOURS DANS UNE OUESTIOX DE DUEL
l’ne offense est reçue ou faite. Deux hommes, après une insulte grave, croient devoir recourir au combat, persuadés que les armes seules peuvent leur venir en aide pour terminer leur différend. Chacun d’eux remet à des tiers (ordinairement ce sont deux amis choisis de part et d’autre) le soin de régler d’une manière convenable le mode de la réparation exigée par les circonstances et les lois de l’honneur auxquelles la société obéit.
Chaque siècle, chaque époque amène dans les questions de duel certains sophismes que le bon sens ne peut déraciner. Montaigne ne voulait pas que les gentilshommes apiirissent à escrimer. Les raffinés, sous les Valois, au temps où l’épée faisant partie du costume amenait presque instinctivement la main à la poignée pour un mot ou un regard, avaient des règles qui seraient rejetées aujourd’hui comme contraires aux préceptes admis. De nos jours, où des intermédiaires posent
(i)Dppui8 lo jour où cc*8 lipiiPs paroisipaient (îans la première édition, j’ai donné au moins un égal nombi^ de leçons de duel. Do bonheur vraimeiu providentiel ne s’est pas une seule fois deraenti.
nf:Kl,EXIO>S SLR LES ARMES.
les conditions d’une rencontre, on a toujours varié les règles à suivre; tuais il est une erreur contre huiuelle je ne saurais trop m’élever, c'est celle que j’entends traduire journellement par cette phrase stéréoty|K‘e en (juekiue sorte sur les lèvres de tous ceux (|u’une discussion amène à un combat : .
— J’ai une vengeance à exercer ou une réparation à accorder, je suis à votre disposition ; vous, messieurs, ou mes amis, qui êtes mes témoins, je vous contie mon honneur, j’attends votre décision, et si le duel vous parait nécessaire, agissez comme en votre nom, vous m’appellerez à l’heure convenue, vous arinerez mon bras de rarine ([ue vous aurez choisie, tout vous regarde, mon rôle est suspendu jiistpi’au moment de l’action. — L’auteur de l' Univers et la Maison, fait dire à Ludovic ;
Je ne sortirai pas demain de nu demeure :
Vous accepterez tout, J'arme, le terrain, l’Iïeure.
Cet abandon généreux de sa vie, cette conliance illimitée dans rafTectuenx dévouement de ses témoins, séduit l’homme chez lequel le mouvement du cœur précède la réflexion et l’esprit. Xüus-mème nous avons suivi ces errements lorsqu’il s’agissait de notre propre existence; mais ici le professeur doit prendre la place de l'homme privé, et nous nous élèverons avec énergie contre ce laisser-aller chevaleresque, que nous n’hésitons pas à traiter de coupable.
La conservation, la défense de la vie, sont des obligations saintes (pie la Divinité a placées dans le cœur de la créature ; toutes nos pensées doivent être consacrées à protéger cette existence qui nous est confiée, et à laquelle se rattachent si souA'ent celles do tant d’autres personnes.
RKFLEXIONS SUR LES ARMES
Si le lùmoin était toujours parfaitement à la hauteur de sa mission , je comprendrais peut-être ralmégation entière do celui (jui se hat ; mais nialhenrensement, j’ai vu celle respousabilité lanl de fois oubliée par ceux sur lesquels elle pesait, que je m’élèverai lonjours avec une énergie croissanle contre cette méthode subversive.
J’ai manifesté dans mon chapitre du Duel toute la joie que l’ou (levait éprouver de la substitution des témoins aux seconds. C’est, en effet, un pas immense de la civilisation ; mais aujourd’hui, il y a plus que la vie (tout le monde en Kurope, et en France surtout, me comprendra), il y a l'honneur d’engagé, lorsque l’on se rend aiqirès d’un adversaire pour l’(?//peler, au nom d’un ami ou d’un homme (jui vous a remis celte mission pénible, mais honorable.
Le témoin doit donc reconnaître d’abord les chances favorables à celui qui le fait son mandataire, et ce n’est (|u’en présence d’une offen.se grave de la jiarl de celui dont il est l’assesseur qu’il doit céder aux exigences do rennenii.
Toutes les tentatives de conciliation sont-elles épuisées, il doit insister, comme nous l’avons écrit plus haut, sur Végalilé rationnelle des armes choisies, c’est-à-dire leur proportion aux forces respectives (1); il doit, quand il a jugé l’honneur .satisfait, arrêter une effusion de sang toujours imparfaite pour laver ce que la société contraint souvent à regarder comme un outrage, et pouvoir, si les lois du monde s’enquièrent de la régularité du combat, venir dire à ses pairs : L’injure était flagrante, les règles actuelles de l’honneur exigeaient une
I) Voir pngo 36S, Observation sur la longueur de l’épie.
RÉFLEXIONS SLR LES ARMES
rencontre ; elle a eu lieu, c’était un mallieur inévitable ; niais la loyauté présidait à la lutte, les chances éfçales étaient judicieusement réparties, et dans ce combat ipie cha'’un de nous déplore, mais que des circonstances impérieuses ont motivé, sans que la conciliation fût acceptable, l'épée f.t le plomb ont