‹ Les armes et le duelChapitre 192 sur 219 · LE PRÉVÔT · texte numérisé non relu

LE PRÉVÔT

Ft TaiiKineur, il pour prix <le virtonr.

Les m.TrtIics de rainoiir aux palmes do la gloire.

Le prévôt est un enfant d’une grande ville ; si son éducation a été peu soignée sous le raiiport moral, en revanche son instruction a été peu suivie. Son premier chapeau a été un bonnet de police ; il suivait les tambours en accompagnant leur musique avec deux morceaux d'assiette. A dix-huit ans il s’est engagé volontairement. A l’expiration de son premier congé, il s’est fait admettre comme remplaçant. S’il a choisi rarme de l’infanterie, les compiignies d'édite ont été toute son ambition ; à moins (ju’il n’ait pris la caisse ou le cornet, alors il est resté dans le centre. Les «Y/w/m sont devenus tambours-

(f) Loin do nous, qui avons été si heurciiscmont socondé, do vouloir môconnaUrf* los ulilos serviers do qiiplquoK-uns dos adjoints de nos confrères : cerUiins prévôts sont digues d‘ètre moitres, et nous sommes heureux de citer M. Ardoin, dont les qualités solides et l’incontestable talent tranchent si remarquablement avec le type plaisant que la vérité nous oblige é tracer.

Je ne puis que donner des éloges à mon premier prévôt actuel, M. Desjardins, dont Tactivité et le zèle égalent le talent et la loyauté.

Lu engagement de sept ans vient d’attacher à ma salle M. Jacob, jeune maître qui a déjà fait ses preuves. I» succès do ses assauts publics, sa tenue, ses qualités morales et physiques appréciées des jeunes amateurs d’escrime, telles sont les garamies qu’il m'olTre à son entrée, et auxquelles il ne manquera pas de faire honneur.

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iiiailres; /'/« /« co/i«eJ L’onloiinance la plus utile à

rarinée, selon lui, est celle qui a autorisé les fusiliers à porter moustaches, et la plus (lésastreuse, la plus comprometlaule pour la dignité nationale et guerrière, celle qui a défendu le port du sabre noinrné deuu-espadon, haute et précieuse faveur concédée jadis aux maîtres.

La salle d’armes du régiment l’a vu grandir ; après trois ans de travail non assidu, un beau jour que l’oji congédiait une classe, il a été, à défaut d’autres, j)ris pour jtrévôt par le premier maître, qui lui a confié la spécialité de boutonner les lleuicts.

Le respect au maître, riiouneur rendu aux armes relèvent de lui. Sa voix tonnante ])rescrit le salut qu’oii doit rendre aux tireurs. 11 enlève avec dextérité, d’un revers de fleuret, le bonnet de celui qui ne s’est pas découvert assez vite, car, dit-il, la jmlitesse est fille de l’honneur, c’est vous dire qu’elle est française.

Exempt de service sous le |)rétexte de la salle d’armes, il est <piehiuefois homme de eonjiance de rollicier ([ui sui’veille les maîtres. Dans ce poste, il prend de belles manières, et bourre sa mémoire de quehpies lambeaux de phrases qui sont des énigmes pour lui, mais (pi’il débite avec aplomb.

Le service lui pèse d’autant plus qu’il s’en préoccupe moins. 11 crie sans cesse aux passe-droits et aux injustices; c’est lui qui, dans un mouvement décoléré, a formulé cet aphorisme militaire, modifié depuis par les tambours-maitres, dont il est toujours l’ami : Je rends ma canne au f/oiwei-nement ; il s’amtngera comme il pourra.

Enfin arrive le moment de la liberté pour lui. Il a atteint

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trente-iinij ans ; In remplacement ne lui est pins permis ; (juanl à un réengagement, on le lui refuse : l’Elatest assez aveugle pour se priver de ses services. On lui délivre sa feuille de roule.

Au milieu d’un délaclieinent de quatre cents congédiés, vous distinguerez un prévôt; il a conservé son pantalon d’ordonnance; mais il a substitue une veste bourgeoise et un grand cimpeau rond, au dolman ou à la tunique, et au bonnet de police. Sur son suc ou à son porte-manteau en coutil rayé, sont fixés deux llenrels aux poignées destiucls sont suspendus deux masques renfermant les sandales et le gant. Sa main droite est armée d’une canne i(u’il manœuvre sans cesse ; la gauche caresse une gourde do Corse avec illustrations gravées au couteau. Il y a toujours Napoléon, un nom de femme, une tlcnr et une épée.

Il revoit ses pénates, s’ennuie bientôt près de ses vieux parents (ju’il fatigue. Après s’ètre fait désaltérer par tous ceux qui ont le malheur de se rappeler son nom, il songe à faire quelque chose.

Tous les étals lui sont indifférents, dit-il; mais à chaque proposition il refuse. — La gymnastitpie seule me convient à moi : l’escrime, la natation, la voltige, la danse : au régiment j’étais le premier pour les e.\ercices du corps. Mais ses ressources ne lui permettent pas, comme au type déjà mentionné par nous, de fonder un établissement; il faut donc acuir recours aux amis. Quebiues jeunes gens auxquels il a conté ses exploits pa.ssés, et que séduisent .ses allures martiales, sa prestance, ou qu’il a amusés par ses discours et ses forfanteries, s’intéressent à lui, le recommandent. Il arrive chez un maître ; il est sauvé : il est prévôt !

LKS MAinibü u’aIIMES.

Sou patron, ou pluWt sou bourgeois, car il a uu goût prononcé pour celte (lénomiiialiou qui indique toujours ses préleulious militaires, doit, dès le moiuenl de raduiission de sou aide, avoir toute confiance en lui; car la première phrase prononcée par le prévôt a été celle-ci ; Bourgeois, avec moi vous aurez une salle un peu bien tenue : Je sais, depuis longtemps, rétablir le désobdre.

Le maître sourit et essaye son adjoint. Il le reconnaît parfaitement incapable; niais, ii force de plastronner, notre hoinine parvient à ce degré de science nécessaire pour placer un honniie en garde. 11 counncnce alors une leçon, et malgré les conseils réitérés de son maître, il revient à son ancien langage :

Allons, monsieur, prenons-moi crânement celte lo(;on, plaçons-nous fièrement, la main au bout du bras, la tête fixée aux épaules, l'attitude cramponnée, assis sur vos hanches, et tenons-nous bien.

L’élève SC place en vertu de ces prescriptions et le discours coutinne ; Filez-moi un coup droit, en glissant sur moi comme de t huile ; du gracieux, du facile, mais toujours du crânement énergique. El à chaipie coup, relevant son fleuret en guise de cierge, répétant : .\ moi, c’est là, c’est çà, notre honnne arrête l'épée de la main gauche sur le petit cœur en drap garance qui orne le pla.stron dont on lui a fait cadeau.

Le moment du repos arrive ; c’est celui des narrations. Le prévôt ne tarit pas ; il raconte ses hauts faits militaires, ses assauts, ses duels, ses dialogues avec scs chefs. Sou capitaine était un homme plein d’instruction, la femme de son lieutenant lisait presque toujours ; autant l'oilicier était peu lectu-

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rieua-, autant l'épouse était lisarde. Son coniiiiandant était à cheval sur la discipline ; les amateurs de la bouteille étaient suidout poursuivis sévèrement par lui ; mais notre prévôt avait ti'ouvé {îi"àce devant son chef, car ime fois, ajoute-t-il, i/uv j’étais un peu hlm, « Commandant, <jue je lui dis, vous voyez toujours r/uand j’ai hu, et jamais i/uand j’ai soif. »

Le commandant fut stupéfait, les auditeurs le sont aussi : l’esprit impose toujours.

Une des peines du prévôt est (ju’il faille travailler entre ses repus.

Un jour une nouvelle se répand dans le monde académique ; un régiment de cavalerie doit donner un assaut. Les invitations circulent ; le prévôt voit arriver un trompette porteur d’un billet pour le professeur, occupé dans le moment a donner une leçon. JJouryeois, dit-il, continuez ; c’est une trompette qui vous parte une lettre. — Je viens à l’instant. — Eh bien, je vais la faire asseoir et la rafraîchir.

Pour l’assaut il a préparé son fleuret de prédiction, avec lequel il doit faire des miracles. Il tire avec vigueur, bourre son adversaire de coups durs toujours parés, et à la lin de la passe d’armes, plein de confiance dans son succès, et avec la générosité, compagne du vrai talent, il reçoit sans parer la dernière botte, arrache son gant et son masque, qu'il dépose avec son fleuret aux pieds de son adversaire, saisit la main du rival heureux, l'embrasse avec effusion, et répète avec deux appels du pied : Gloire aux armes, l'espect aux maîtres !

Je suis forcé de dire que cette médaille à face bouffonne a souvent un revei's odieux.

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11 y a (le nombreuses variées dans Todieux comme dans le ridicule. Mais je veux être bref sur ce i)oint, et ne pas les parcourir toutes.

Si je retourne la nuidaillc, ce n’est ni haine ni colère. Je suis habitué ii l’odieux. Les jours et les prévôts se siicci';- (lent pour moi depuis si lonj^temps !

Je voudrais simplement rendre la vue à tpieltiues aveuf,des volontaires. S’ils me rcfuscnl pour médecin, le jour viendra que la vérité leur crèvera les yeux. Mieux vaut se laisser opérer tout doucement. La bonne foi et la raison ont la main si légère et si sôre !

LE l‘L.\STRON-l‘RÉVOT.

Lorsque j’inventai l'escrime à la baïonnette, je reçus chez moi un prévôt qu’on m’avait supplié de prendre. Je reconnus en lui l'ignorance à son plus haut degré. Je lui dis alors : « Lorsque j’aurai un peu de temps, je vous donnerai des « leçons, et, si vous arrivez un jour à me toucher, n’oubliez « pas que c’est à moi que vous devrez cet avantage. » Je mis ma montre devant ses yeux et ajoutai : « Faisons des « armes jusqu’à ce que vous me touchiez une fois. » Uno heure après, il n’avait pas eflleuré mon gilet.

Je le pris donc comme plastron pour mes études à la baïonnette. Il crut que le plastron avait une intelligence, et le prouva en ne revenant plus chez moi. J’appris qu’il essayait de s'approprier mou invention, sans se douter ipi’il faut avoir de l’esprit pour être un voleur, et qu’il se faisait

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