LE PRÉVÔT CRUEL
11 y avait à ma salle une place de prévôt vacante. Voyant un grand nombre de prétendants se présenter, M. le comte
LES MAÎTRES d’aRMES. 5ÎÎ1
(II) V... me dit : « Lequel choisirez-vous? » — « Le plus malheureux, lui répondis-je. 11 me serra la main.
Je pris donc un ancien militaire, jeté dans la vie civile et qui ne pouvait trouver à vivre. 11 venait humblement demander des secours à un de scs amis qui était cliez moi. Il entra à six cents francs, et il en était fou de joie. Je m’empressai, cha(iue fois qu’il montra du zèle, ainsi qu’à chaque fête, d’aujimenter sa paie ; si liicn qu’au bout de trois années il arrivait, par ses appointements et une foule de bénéfices, à la somme de quatre mille cinq cents francs. C’était l’apogée de tout ce qu’il avait rêvé de plus merveilleux.
H n’avait plus qu’à me prouver son ingratitude.
11 ne le fit pas loyalement, mais il le fit amplement; et s’il ne m’en laissa pas des marques sensibles, il ne tint pas à lui.
Il prit une salle à C(Mé de la mienne.
11 fit tous ses efforts pour détourner de chez moi mon neveu, fort jeune alors, lui montrant tout en beau, et lui disant ; nous aurons le nom de Grisier au-dessus de notre salle, et nous ferons fortune.
Je remplaçai cette fortune par un certain nombre de coups de canne. H tenta un lâche et cruel effort pour me crever un oeil ; je n’ai dfl échapper à cet infernal attentat que par la volonté' de Dieu.
Mon neveu, honteux de s’ètre con)promis à écouter ce scélérat, lui envoya un cartel avec toutes les épithètes qu’on adresse à un homme dont la conduite passée fait pressentir un refus.
Il porta la lettre chez le commissaire de police !