CONTRES ET DEMI-GONTEES
Les contres et demi-contres ont été jusqu'ici exécutés à l'aide de cercles et de demi-cercles. Nous croyons, nous, l'expérience et la configuration des corps corroborent cette as-
(1) On sait qu'une parabole est une courbe résultant de la section d'un sône, parallèlement au cOté générateur du cône. C'est donc une courbe i^ui ne se termine point.
sertion, que l'emploi des courbes circulaires et demi-circulaires parfaites manque d'exactitude ; ou doit employer la forme elliptique. En effet, parer, c'est protéger, c'est couvrir. Or l'homme placé en garde présente une surface dont la largeur est le tiers environ de la hauteur. La parade exécutée tend donc à couvrir cette surface. La pointe de Tépée décrit alors, non un cercle, ainsi qu'on l'a écrit jusqu'ici, mais bien une ellipse dont la hauteur et la largeur du buste sont les diamètres. Le demi-contre est par conséquent une portion d'ellipse et non un demi-cercle. Nous estimons donc juste notre rectification sur les mots employés avant nous.
Si l'art de l'escrime demande, en raison de ses rapprochements géométriques, une grande rectitude dans ses définitions et la démonstration de ses théorèmes, il ne faut pas cependant apporter de minutieuses difficultés, ou un purisme de diction que la pratique contraint de rejeter.
Une longue fréquentation des salles d'armes, mes rapports nombreux avec les professeurs, les élèves ou les amateurs, m'ont fait entendre de singulières arguties. On trouve des personnes qui blâment Temploi du mot cercle (ellipse), lorsqu'on garde de tierce on revient à la garde de quarte sur le menacé d'un coup droit. Leur objection se base sur ce que Tépaisseur du fleuret de l'adversaire contre lequel le vôtre vient frapper empoche rachèvement complet de la courbe. A cette guerre d'expressions on peut répondre que le contact des deux fers occasionne un dérangement de ligne plus considérable que la largeur de la lame, ensuite on devrait donc, pour justifier ces appellations, employer dans une leçon les mots de degrés^ minutes et secondes.
Que dirait-on d'un professeur recommandant un demi-contre de 3S9% 55', etc. Pour la facilité de la démonstration, nous dirons le cercle ; mais, il est bien entendu que cette expression devra toujours entraîner l'idée de l'ellipse, ou alors il faudrait dire parez X ovale.
Depuis que je fais des armes j'ai entendu ceux qui voulaient se poser comme forts, soutenir ceci : Nous sommes en garde de tierce, on me menace d'un coup droit, je change Tépée en quarte ; j'ai d'après eux décrit seulement un demicercle, et cela par la raison qu'il serait resté l'épaisseur de l'épée ennemie, car, dit-on, étant parti du dehors, vous occupez la ligne du dedans. Cependant cette épaisseur est toujours dépassée de beaucoup par l'emportement de la parade, ce qui fait qu'étant parti de la ligne de tierce et me trouvant un peu au delà de celle de quarte, j'ai dû parcourir plus d'un cercle, puisque je l'ai dépassé de la distance qu'il y a de tierce à quarte.
J'ai déjà combattu cette thèse contre M. Lhomandie lorsque je le faisais plastronner, lui, l'inventeur de ce fait trop minutieux. Ces sortes d'innovations sont conçues dans le but unique d'embrouiller l'intelligence des amateurs, car en définitive le cercle a 360 degrés, et ils appelleraient demi-contre celui qui d'après eux n'en aurait que 358 ou 359 ; mais, encore une fois, cela est impossible.
En décrivant la moitié d'un cercle (ellipse), en exécutant les mouvements de quarte à demi-cercle, ou de seconde à tierce, l'on opère un demi-contre.
Ces mouvements, dont nous avons parlé avant le para-
graphe précédent, sont, selon nous, des superfétalions que Ton peut indiquer aux élèves pour leur en faire roconnatlre la nullité ou le désavantage résultant do leur emploi.
Je regarde, et tous les professeurs penseront comme moi, qu'il est inutile de fatiguer la mémoire et Tintelligence des élèves par des enseignements de la force de celui que je donne pour exemple. J'ai lu quelquefois des définitions du demi-contre ainsi données : \om baissez la pointe en seconde, on attaque ou l'on n'attaque pas : vous reprenez comme engagement ou comme parade, la position de quarte, vous avez, d'après leur assertion, décrit un demi-contre ; vous baisseï la pointe en seconde, on ne vous attaque pas ou on vous atque, vous reprenez la position de tierce, vous avez, d'après l'inventeur de cette théorie, décrit une ligne demi-circulaire ou parade simple. Nous ne pouvons approuver ces principes, ce serait embrouiller l'escrime.
Les professeurs ont toujours plus de confiance dans les contres que dans les simples.
Un auteur a écrit naïvement qu'un mouvement circulaire en quarte était un moyen infiiillible de parade. Il aurait bien dû ajouter, si on no vous trompe pas ce mouvement.
Si un homme peut parer le double contre sans être touché, c'est qu'il a plus de vitesse ([ue son adversaire, mais cela ne prouve pas qu'il ait plus de jugement. Que les amateurs n'oublient pas cela, qu'ils détruisent cette grave erreur que, depuis trop longtemps, ils ont logée dans leur cei*veau en disant : Voyez comme cet homme a du talent, il pare le doublecontre, on ne peut pas le toucher ! Le contre ou le cercle est
la parade circulaire (l'ellipse), qui, par exemple, parti de rengagement couvert de tierce ou de quarte, revient au môme point, ayant passé sous l'épée de l'adversaire.
Mais si Ton possède assez de vitesse pour parer un coup droit lorsque, engagé de tierce, on peut revenir par un mouvement circulaire dans la ligne de quarte, c'est bien un contre et non pas un demi-contre que l'on a paré.
Ainsi voici leur résumé : Si de tierce vous allez en seconde, et si de seconde vous revenez en tierce, ce dernier mouvement est une parade simple.
Et si de tierce vous allez en seconde, et si de seconde vous allez en quarte, vous avez fait un demi-contre.
Et le grand secret, le voici, c'est que dans la première intention vous êtes revenu d'où vous étiez parti sans dépasser l'épaisseur de la lame, et que dans l'autre on a dû faire un demi-contre parce que l'on revient dans la ligne opposée en tierce.
Je le répète encore, c'est inventer pour embrouiller.
En 1766, Danet combattait cette théorie, que le bon sens le plus vulgaire repousse; un critique l'accuse de ne pas avoir parlé en oracle sur cette question ; nous pouvons , nous, dire au commentateur de celui qui a écrit à la fin du dix-huitième siècle sur la manière la plus certaine de se servir utilement de fépéej qu'en faveur de Danet on peut reproduire le vers de Racine :
Cet oracle est plus Bûr que celui de Colchas.
Toutes les fois que vous faites la moitié d'un cercle, vous faites un demi-conlre, soit de bas en haut, soit de haut en bas.
De môme, que vous soyez parti de la ligne du demi-cercle ou de celle d'octave, vous avez paré un contre en décrivant un cercle et en passant au-dessus de Tépée de l'assaillant pour reprendre la place que vous occupiez.