AVIS AU LECTEUR
Dans l avant-propos placé en tête du premier volume de cet ouvrage, on s'est attaché surtout à faire ressortir l'importance historique du sujet, et Ton a indiqué, aussi clairement que possible, les principales divisions du livre. On a fait remarquer, en outre, que l'addition d'un g'rand nombre de pièces inédites empruntées, en tout ou en partie, aux Registres du Bureau de la Ville, avait rendu nécessaire la publication d'un volume d'appendices, dans lequel étaient venus se ranger méthodiquement tous les documents dont la longueur excède celle d'une note ordinaire, rr C'est toute une bibliothèque, rf disions-nous, tout un fonds d'archives qu'on a dépouillés, pour en mettre ries extraits sous les yeux du lecteur et lui épargner ainsi de fastidieuses rr recherches. 7? Nous ajoutions qu'une concordance rigoureuse rattache ces pièces diverses aux textes dont elles sont la justification, et qu'un double système de renvois, avec des numéros d'ordre, permet au lecteur de passer de l'un à l'autre volume : moyen facile de contrôler les assertions de l'auteur par les documents eux-mêmes, et de tirer des pièces reproduites toutes les conséquences historiques qu'elles contiennent.
La succession des pièces justificatives est, en général, conforme au plan suivi pour le texte dans le cours du premier volume. Tout ce qui est antérieur à la période révolutionnaire est classé dans l'ordre des livres et des chapitres; ainsi, les huit premiers appendices ont pour objet :
Les anciens sceaux des communes, comme introduction à l'étude du sceau de la Ville de Paris ;
n - LES ARMOIRIES DE PARIS.
Les opinions diverses sur l'origine des armoiries parisiennes , à titre de curiosités héraldiques et d'éléments de discussion;
Les villes, les corporations, les communautés parisiennes et les familles portant un navire dans leurs armes, à raison de l'analogie que cet emblème présente avec la nef symbolique des armoiries de Paris;
L'emploi du navire comme emblème unique de la Ville de Paris, parce que le navire constitue, à lui seul, un symbole, en dehors même de la forme héraldique qu'on lui a donnée plus tard;
Les canons, drapeaux et bateaux armoriés de la Ville, sous l'ancien régime, comme signe de propriété et de juridiction municipales.
Les appendices suivants, au nombre de trente environ, appartiennent à la période révolutionnaire et sont relatifs à la formation des districts et des sections, ainsi (pi à la création de nouveaux emblèmes et à la suppression des anciens. Le nombre de ces pièces paraîtra peut-être un peu considérable; mais il ne faut pas perdre de vue que la plupart ont péri dans l'incendie de l'Hôtel de Ville et de la Préfecture de Police. La copie qu'on en a faite, avant ce désastre, tiendra donc lieu des originaux anéantis.
Avec les gouvernements qui succèdent à la Révolution, on voit reparaître, non plus le sceau individuel de la Ville de Paris, absorbé dans celui de l'État, mais ses armoiries plus ou moins conformes à la tradition. Les innovations héraldiques du premier Empire, le retour aux vieux errements essayé par la Restauration, les tentatives de conciliation faites par le Gouvernement de Juillet, toutes ces alternatives de nouveau et d'ancien régime, en matière d'armoiries, sont on ne peut plus curieuses à étudier. Les idées et les sentiments de l'époque passent dans les documents les moins faits, en apparence, pour passionner les esprits, et l'état successif du pays s'y reflète avec une singulière fidélité. A ce point de vue seul, il était fort intéressant de les reproduire.
Tl ne l'était pas moins d'indiquer dans les appendices, ainsi qu'on la fait dans le texte, les erreurs héraldiques commises, do bonne foi, par ceux ([ui ont eu à représenter symboliquement la Ville de Paris. Trois extraits d'ouvrages contemporains sont consacrés à cette critique, dont les motifs
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n'existent plus aujourd'hui, puisque le type définitif de l'écusson parisien a été' l'objet d'une adoption ofïicielle.
Enfin les couleurs et les livrées du Roi, de la Ville, des seigneurs, ont donné lieu à de nombreuses mesures réglementaires, tant pour en concéder l'usage aux ayants droit que pour l'interdire à ceux qui n'y pouvaient légalement prétendre. La Ville de Paris, grande seigneurie collective, était intéressée à ce que les signes extérieurs de sa juridiction ne fussent portés que par ceux qui en étaient dépositaires à un degré quelconque, ou qui s'y rattachaient à divers titres. Les documents de cet ordre sont assez nombreux; il suffisait d'y faire un choix.
Tout cet ensemble représente une série de notes étendues et hors texte. La lecture consécutive en serait peu attrayante; mais, si l'on prend soin de rattacher à chaque partie de l'ouvrage les documents qui en sont la preuve et qui en justifient les assertions, si l'on tient à retrouver la trace écrite de toutes les variations héraldiques que l'auteur y expose, on ne regrettera pas d'avoir sous la main la copie des nombreuses pièces qu'il avait recueillies, et dont il ne reste plus aujourd'hui qu'un souvenir.
Le même sentiment de conservation, le même désir de placer sous les yeux du lecteur des documents iconographiques qu'il est aujourd'hui fort difficile de consulter, et qui donnent aux pièces originales un attrait de plus, nous a déterminé à reproduire certaines images, contemporaines des faits auxquels se rapportent les appendices. Un volume de pièces justificatives se prête moins heureusement peut-être à ces sortes de reproductions; mais, outre que le premier était déjà très-abondamment pourvu de représentations figurées, nous avons pensé, avec Horace que le lecteur entrerait plus intimement dans l'esprit des époques et dans le caractère des personnages historiques, en ayant sous le regard l'aspect matériel des choses, en même temps que sa pensée saisirait le sens et la portée des documents reproduits.
C'est pour ce motif que nous avons fait établir une vingtaine de planches,
(') Segnius irritant animos doniissa per aures, Quam qua; sunt oculis subjecta fidelibus
{Eiiisl. ad l'isoiien.)
IV LES ARMOIRIES DE PARIS
étroitemenl liées aux appendices qu'elles sont destinées à e'clairer et à corn pléter.
A côté de l'intéressant morceau emprunté à l'ouvrage de M, Natalis de Wailly, nous plaçons, comme introduction à l'étude du sceau parisien, les anciens sceaux des communes, décrits dans le cours de cette savante dissertation. Vient ensuite une série d'écussons, où sont figurées les armoiries des villes, des corporations et des communautés parisiennes, ainsi que celles des familles françaises portant, à l'exemple de Paris, un navire dans leurs armes. La nef symbolique est le lien qui unit entre elles toutes ces figurations héraldiques. D'autre part, aux extraits des récits d'entrées solennelles se rattache naturellement la reproduction des gravures un peu grossières qui ornent les imprimés du temps, et qui sont passées depuis longtemps à l'état de raretés bibliographiques. Enfin les représentations allégoriques de la Ville de Paris, qui étaient si bien dans le goût de la Renaissance, et qui firent, pendant plusieurs siècles, les frais des grandes fêtes publiques, figurent dans le volume, à côté des nombreux objets — canons, couleuvrines, poids, marteaux, poteries, etc. — que la Ville frappait de ses armes, comme le Roi apposait les siennes sur tout ce qui était à son service.
11 semble que les temps plus rapprochés de nous soient mieux connus et puissent plus facilement se passer de ces sortes de reproductions; c'est pourtant une erreur. On sait l'ensemble; on ignore les détails, et c'est par les détails qu'on pénètre dans l'intimité de l'histoire. Ainsi, les grands faits de la Révolution sont présents à tous les souvenirs, et, cependant, on ne se rend bien compte de l'exaltation patriotique de 1789, du mouvement constitutionnel de 1790, des regrettables entraînements de 179-2, qu'en ayant sous les yeux les témoignages matériels des divers états par lesquels a passé successivement la population parisienne. C'est à cet ordre d'idées qu'apjjartiennent les planches représentant les drapeaux des soixante districts de Paris, le plan de la Ville divisé en quarante-huit sections et les imprimés émanés de l'autorité révolutionnaire.
Plusieurs de ces documents, quoique placés dans le second volume, ont également leur point d'attache dans le premier; ils se comprennent mieux,
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ils reçoivent une interpre'tation plus complète, (juand on les rapproche tout à la fois du texte didactique et des pièces justificatives. Le lecteur voudra bien ne pas perdre de vue que, si Touvrage a dû être divise' en deux tomes distincts, il n'en forme pas moins un tout inséparable : ici, un exposé de principes et une argumentation doctrinale; là, une suite de pièces sur les- (juelles s'appuie toute la discussion, et, dans le cours des deux volumes, des repre'sentations figurées en nombre suffisant pour rendre aussi attrayant que possible un sujet quelque peu aride de sa nature.
Nous Tavons dit dans l'avant-propos du premier volume, et nous croyons utile de le redire en terminant : c'est faire œuvre de philosophe et d'historien que d'aider aujourd'hui, par une consciencieuse analyse, au travail synthétique dont l'avenir aura le bénéfice et fhonneur. Les documents que la Ville publie sont des matériaux; les écrivains qui les mettront en œuvre plus tard auront, grâce à nos labeurs, un peu moins de peine à régler l'ordonnance de leur architecture, et les livres qu'ils produiront seront sans doute des monuments dignes de Paris et de son histoire.