AVANT-PROPOS
Miilln rennscenlur qiiae jain cecidere
Parmi les sciences ([iie les siècles |)réce'dents tenaient en grande estime, el aii\(juelles le nôtre a témoigné (Fabord nn dédain immérité, riiéraldique et les étndes de généalogie qni s'y rattachent ont été certainement les plus méconnues. Par une réaction excessive, comme elles le sont toutes, on n'a voulu voir, dansées sortes de travaux, qu'une satisfaction donnée à la vanité [)ersonnelle, el les recherches qu'ils exigent ont semblé un puéril emj)loi de l érudilion. Aussi les documents de cette nature n'ont-ils pu, à un moment donné, trouver grâce devant le sentiment d'inflexible égalité qui est le fond de notre caraclère, l^orsqn'on brûlait, en pleine rue, les cartons de l'ordre du Saint-Esprit, lorsqn'on fabriquait des gargousses avec les titres les plus rares, lorsqu'on lacérait les armoiries du Hoi. de la Ville de Paris, de la noblesse, du haut clergé et de la bourgeoisie anoblie, on obéissait à un irrésistible instinct de nivellement; on croyait faire justice de quinze siècles d'orgueil et d'oppression.
Une notion plus juste des choses et un sentiment plus vrai des nécessités historiques ont succédé bientôt, il est vrai , à cet entraînement passager : on a compris qu'en dehors des questions nobiliaires, l'héraldique offre à l'historien des points de repère extrêmement précieux. Il est impossible, en effet, de voir clair dans les ténèbres de nos annales et de s'y diriger avec quelque assurance, si I on ne connaît exactement les familles qui ont joué un rôle important en notre pays, si l'on ne sait ni retrouver le fd de leurs alliances,
ni discerner les sip^nes extérieurs (|iii les earaclérisent. Avec celle connaissance, an conlraire, on conslale soi-même et l'on tail toucher du doifjl les erreurs (jue commettenlcliaqne jour des écrivains plus raisonneui's qu'érudits. lie décliiiïrement d'un hiason incompris, re'tablissement régulier d'une lilialion peu connue, amrncnt ainsi des redressements inaltendus et fonl crouler parfois tout un éclialaudage d inductions hasardeuses.
En présence de ces résultats, il a hien lallu rendre à la science des j>'énéalofjisles el des hérauts d armes le i'an{> (jui lui ap|)artienl, et la reconnaîti'e poui- un utile auxiliaire des études historiques. (Test à ce titre qu'elle est rentrée dans le cvcle des travaux sérieux, et (pi elle a désormais sa place marquée dans les jurandes entreprises de la nature de celle (|ue poursuit la \ ille de Paris.
Les pères de cette science ne l'avaient point, d'ailleurs, comprise et prati- (]uée autrement. Si les petites gens de lettres, lecteurs de château, fabricants de titres nobiliaires, héraldistes à la solde des bourgeois-gentilshommes. Tout abusivement détournée de son chemin, en revanche les Palliol, les Vlénestrier, les Vulson de la C.olombière, les Anselme, les d'Hozier, et, avec eux, les auteurs de la Diplomatique , ne se sont point mépris sur les services (pi'elle peut rendre, lorsqu'on sait la maintenir dans sa véritable voie. La Chesnaye des Bois la proclame rc aussi utile à I hislou'c (jue les cartes de "géographie " et le chevalier de Courcelles recommande de chercher toujours, sous la Irivolité apparente des détails héraldiques, l'indication sérieuse qui s'y cache
Ce côté li'ivole et vaniteux, qui a compromis, dans une certaine mesure, l'héraldique privf'e, n'a jamais appartenu, il faut le reconnaître, à l'héraldique municipale. 1/impersonnalité du blason collectif l a j)réservé des écarts de l'amonr-propre , el a diminué les chances d impo|)ularit(> qui pouvaient s y attachei".
Qu'est-ce, en ellet, (jue les armoiries d'une ville? (l'est d'abord, el avant l(tut, le sceau dont (die se sert |)our anthentiquei' ses actes; c'est le signe
Dictionnaire de In nnlilcsHe, t. 1 . nvanl-|)ro])os , ^' Histoire /jriiédlogifjHe el liéruldiqiie des pairs de
|). -y.?). France, I. I . iiilrodiiclion , [). -iri.
\VANT-PI{()l»nS. III extérieur de su [jersonnalité civile et [Joliti(jue, comme le sceau du liant baron, à cheval, son épéc an poing' et son écu an col, est la riPiiralion vivante de son range! de sa puissance. Si , plus tard , la cité les scniple sur ses e'dilices; si elle les brode sur les vêtements de ses oiliciei's el sur les bannières de ses milices; si eWo en fait rornement de ses tètes el le lu\e de ses re'ceptions solennelles, ce n'est poinl là une vaine et aristocrati(|ue ostentation. Tous les citoyens y <jnl leur pari et sy voient représente's, le menu peuple aussi bien f|ue la riche bourgeoisie; Técu municipal esl l'expression de la communauté tout entière. Et lorsqu'on y voit, comme sur certains sceaux, figurer le Prévôt, ou le Maïew', soit debout sui' les remparts, soit assis et rendant la justice à ses concitoyens, soit entouré de ses échevins, jurais ou capitouls, et délibérant sur les inlérèls de la chose publi(|ue, ne semble-l-il |)as qu ou aperçoit lous les habitants groupés derrière leur premier magistrat, de même que, sur les monnaies, derrière 1 elligie du souverain, on croit voir apparaître la nation tout entière? Un ])()ur tous, dans la cité comme dans l'Ktal.
Les armoiries des villes, considérées au |)ointde vue du sceau, ont d'autres titres encore au respect des populalious. On ne les voit point au pommeau de l'épée, ou sur le haubert, comme celles du chevalier; elles ont un caractère plus pacifique. Avec le beffroi, la grosse cloche, la bannière communale et la charte d alFranchissement, elles comptent parmi les signes visibles du pouvoir municipal. Lorsqu'elles apparaissent dans l'histoire, c'est que les bourgeois et les gens de métier ont pris, à la longue, assez d'importance pour constituer une personne collective et pour la faire accepter par le souverain. Et, pour n en citer qu un exemple, celui ((ui nous touche de plus près, la barque des Nantes parisiens, cette nef séculaire qui flotte toujours et ne sombre jamais, ne cesse-t-elle pas d'être un simple emblème du commerce par eau, pour devenir le signe reconnu de la puissance communale, le jour où ses flancs sont assez larges pour abriter toute la population parisienne?
Mais le blason municipal n est pas seulement et d origine un sceau , c està-dire une signature figurée ; c'est encore une réunion de symboles convenus , un ensemble de signes caractéristiques qui rappellent un fait , fixent un souvenir et perpétuent une tradition. A ce point de vue surtout, l'étude des
armoiries des villes ofTro un intérêt historique ([n on ne saurait me'connaîlrc. Paris, mal^jré la simplicité héraldique qui distingue ses armes, y montre son histoire municipale écrite en trois traits. La nef, ou iiavc, des marchands de l'eau, plus ou moins transformée, rappelle cette antique corporation galloromaine, (|ui lut le noyau de la bourgeoisie parisienne et le plus ancien d('positaire du pouvoir communal. Le gueules, ou rouge de l'écu, c'est, disent les héraldistes, le sang du saint apôtre par lequel la Ville fut conquise h la civilisation chrétienne, et la couleur de la bannière vénérée sous laquelle les milices parisiennes marchaient à la suite du Roi. Enfin, le chef d'azuilîeurdelysé, signe ordinaire des bonnes villes, qu est-ce autre chose que l'autorité royale, placée au-dessus du pouvoir municipal pour le protéger et le contenir au besoin, pour défendre, à la fois contre les ennemis du dehors et contre ses propres excès, celte bourgeoisie alternativement fidèle et turbulente, qui était pour le trône une menace permanente, lorsqu'elle ne s'en montrait pas le plus ferme appui?
Ces trois traits, émaux ou figures, ne résument-ils pas, à eux seuls, l'histoire de la cité? Paris ne doit-il pas, en réalité, la |)lus grande part de son développement à l'action combinée de l'élément gallo-romain, de l'élément chrétien et de la royauté préservatrice? Cette triple origine, ingénieusement figurée sur ses ariuoiries, peut lui être commune avec d'autres villes; mais il n'en demeure pas moins évident que ce genre de svmbolisme a une signification assez nette pour qui veut l'inlerroger. C'est un liislori(jue très-sommaire, dont l'exactitude est incontestable, puisque rap[)arilion des pièces et des couleurs, dans l'écusson municipal, correspond toujours à une date plus ou moins précise, de même que leur altération ou leur supju'ession est ordinairement un acte d'autorité, ou un fait révolutionnaire, qui a laissé des traces certaines dans l'histoire.
Ce n'est pas tout : en matière héi'aldique, les accessoires ont leur importance. Les devises, en particulier, expression diine pensée, d'un désir, d'une espérance, résument, quand elles sont permanentes, le sentiment général que les pièces et les couleurs de l'écu traduisent à leur façon, et présentent, lorsqu'elles sont accidentelles, de continuelles allusions aux hommes et aux événements contemporains. Cette concordance entre les choses, les personnes
AVANT-PIIOPOS. V cl los iiiiiMiiios roniiiilocs (huis les d(3vises, est lelle qu'on pourrait, à déluul (le (locunu'uls plus ('onij)lels, ('crire à {grands traits l'histoire de certaines f'po(jues et coriiposeï" des inoiiopji'a|)hies , ou des hiopraphies sommaires, uniquement avec les senlences d'occasion [j;ravées sur les sceaux, les jetons ou les médailles, enrouh'es autour des armoiries, peintes ou sculpte'es sur les ('chafauds, les arcs de lriomj)he et autres constructions e'phémères qui servent aux ïèiea j)uhli(|ues.
Enlin les livrées, exhibition solennelle des couleurs d'une \illo et des costumes de {jala, ({ue les corps municij)aux et les corporations qui s'y rattachent ont le droit de poi'tcr dans les grandes cére'monies, ajoutent de curieuses particularite's aux récits officiels, et jettent parfois un jour inattendu sui' certaines obscurités historiques. Elles aident à com[)rendre et souvent à résoudre les questions d'attributions et de préséance, qui jouent un si grand rôle dans la vie des individus et des corps constitués; elles rétablissent la connexité (jui existe |)res(jue (otijoui's cuire les petites causes et les grands effets, et donnent ainsi la clef de bien des énigmes. En ne dédaignant pas ces meniu^s informations, on obtient encore des l'ésultats d'une autre nature : on se rend compte, bien mieux (pie ne le font d'ordinaire les historiens, de l'emploi des deniers publics; on comprend les tailles extraordinaires, les aides, les octrois, les demandes d'allocations ou de subsides; on pénètre enfin dans l'un des l'ecoins les plus ignorés de notre histoire : les voies et moyens d administration et de gouvernement.
Ces idées générales, qui résultent de l'étude des documents eux-mêmes, nous les avons appliquées à la recherche et à la coordination des éléments très-divers dont se compose le présent ouvrage. En pareille matière, il n'y a point évidemment de nouveautés à chercher, mais de vieilles idées à remettre en lumière. Les éléments d'une étude héraldique sur le vieux Paris sont un peu partout, à l'état d'erreur ou de demi-vérité; il ne s'agit que d'en faire le départ. Ici, plus qu'ailleurs, l'héraldistc digne de ce nom doit mettre à gauche le faux, à droite le vrai, et ne point se laisser abuser par l'ancienneté et le nombre des témoignages, lorsqu'il se trouve en présence d'inexactitudes manifestes ou de flagrantes contradictions. 11 lui faut, en outre.
rolroiivor, ëciilc ou figurée, la preuve contemporaine de chaque cliose; remonter aux origines et déduire les conséquences des faits; indiquer les signes héraldiques avec une rigoureuse précision, en pénétrer le sens, en expliquer le symbolisme; ne rien omettre enfin, et savoir cependant se borner en un sujel où il y a tant à recueillir.
Cette besogne multiple ne pouvait guère être l'œuvre d'un seul homme; tout ce que Ton pouvait demander, c'est que la diversité du travail se fondît en un Livre sulfisamment homogène. Nous croyons y avoir réussi.
Un généalogiste distingué, un héraldiste de la vieille école, feu le comte Anatole de Coëtlogon, conçut, il y a quelques années, l'idée première de ce travail, et en soumit le manuscrit à la Commission des travaux historiques. Traitée à la manière des anciens auteurs, coulée dans le moule un peu étroit des vieux livres de ce genre, écrite sans prétention et sans art, comme on écrivait il y a deux siècles et demi, cette élude, exubérante en maints endroits, montrait ailleurs de grosses lacunes et présentait de nombreux desiderata. Eclairé par les conseils de la critique, aidé par une collaboration dévouée que le Service des travaux historiques n"a jamais cessé de lui fournir, l'auteur aurait probablement refondu et com])lété son livre, si la mort lui en avait laissé le temps. Enlevé prématurément dans les premiers mois de 1869, il a pu voir cependant une moitié du texte imprimée, et emporter l'assurance que le reste s'achèverait par les mêmes mains qui avaient jusque-là travaillé à l'œuvre commune.
Vingt-cinq feuilles du premier volume étaient tirées lorsque éclatèrent les événements de 1870. Le lecteur les trouvera telles que le Service historique les avait arrêtées, d'accord avec l'auteur. A j)artir de la feuille 26, le travail est entièrement nouveau. Sui" une indication un peu vague, contenue dans le chapitre des Couleurs et livrées de la Ville de Paris, et à propos d'une entrée solennelle que M. de Coëtlogon comptait donner comme le type uniforme de toutes les cérémonies de ce genre, le Service historique a pensé qu'il y avait là une mine précieuse à exploiter. Les abstractions héraldiques et les menus détails du blason ont leur intérêt sans doute; mais, à côté de cette héraldique morte, il est une héraldique vivante, qui parle, marche,
) AVAM-PliOPOS. VII
iiljit, se iiioiilrc dans les nies du vieux F;ii'is cl délile sous les yeux de I hisloire, comme elle délilail. autrefois entre les masses profondes de la population parisienne. I^es sceaux, les armoiries, les devises, les couleurs, les livrées, les magistrats, les milices de la Ville, (ont apparaît dans ces splendides cortèges, (pie noire siècle necouiiait plus, et(pii (Maieul aulaiitd'événemenis |)(Uii nos pères. L lu-raldique municipale tnmt là ses grandes assises; il u y a véritablement (pi'à se melliv; aux fenêtres pour la voir passer.
(le poste dOhservalion cl de curiosité, le lecteur Ta deviné sans doule. c'est (ont simpicmcnl un |)upitre sur lequel sont [)lacés et ouverts , à la page intéressante, les Begislirs du Bureau de la Ville, collection merveilleuse où sont racontés, avec un incroyable luxe de détails, \es galas du temps passé, (conservés aux Archives nationales et consultés surtout dans les parties qui touchent à riiistoire générale de notre pays, ces registres sont à peu j)rès inconnus de la plupart des écrivains (jui s'occupent des choses parisiennes. C'était un motif de plus pour les metti'c; largement à profit.
(ï race à cetti; addition, ([ui se rattache principalement aux livrées, mais (pii complète fori beiireusemeni aussi les cliapitres relatifs aux sceaux, aux armoiries proprement dites, aux devises et aux couleurs de la Ville de Paris, l'ouvrage a doublé de grosseui', i'\ les pièces justificatives, qui devaient former la seconde moitié d'un volume unique, ont dû être disposées de manière à constituer un tome second. Voici donc (jnelle est l'économie générale du travail :
L'ouvrage se compose de deux volumes, l un de texte et 1 autre d appendices. Le volume de texte présente trois grandes divisions :
L Sceaux et emblèmes.
IL Devises.
IIL Couleurs et livrées.
La première partie est une solide dissertation historique, débutant par des généralités sur les sceaux des villes et sui- les emblèmes caractéristiques dont ils dérivent. Chemin faisant, l'auteur rencontre les diverses opinions
vin LES ARMOIRIES DE PARIS.
omises par les vieux e'crivains sur Torigine des armoiries de Paris, et il les discute avec une véritable sagacité. Arrivé à la barque des Nmitœ Parisiaci, il entre en pleine bistoire parisienne et n'en sort plus. Depuis la pierre votive, érigée sous le règne de Tibère, jusqu'au dernier cartoucbe béraldique peint ou scul[)té do nos jours sur les édifices municipaux, en passant par le liro^ç'aphe de Tan 1200, par les sceaux des époques agitées, comme celles de Marcel, des Maillolins, des Bourguignons, de la Ligue, et des époques j)aisibles, comme les règnes de Cbarles V, de Louis XII, de François L^ de Henri IV, de Louis XIV, l'auteur n'omet aucun détail intéressant, et enregistre, en son lieu, chaque modification héraldique de quelque importance.
Après avoir ainsi fait l'histoire du sceau et des armoiries sous l'ancien régime, il est amené, |)ar la série des événements, au seuil de la période révolulionnaiie. Là, bouleversement béraldique complet : les hommes de 1789, qui se proposaient de renouveler tant de choses, ne devaient point se montrer fort respectueux de la tradition en matière d'armoiries. Ils traitent donc le vieux sceau parisien comme la Prévôté et l'Echevinage, dont il avait été jusqu'alors la marque officielle et la signature authentique. Le pouvoir communal, jadis uni(]ue et centralisé à la Maison de Ville, est désormais fractionné dans les districts et disséminé dans les sections, qui sont devenues de véritables départements municipaux; le sceau de la nouvelle Commune de Paris subil un semblable morcellement. A l'antique nef, symbole unique figuré sur tous les documents sigillographiques de la communauté parisienne, succèdent des centaines de sceaux, plus ou moins fantaisistes, qui gardent profondément l'empreinte des idées et des passions du moment. J^a profusion des devises et des emblèmes qu'on y grave n'est pas moins grande; de généreuses pensées, des maximes éminemment palrioticpies y sont burinées, surtout dans les premiers moments de l elfervescence populaire. On y sent le souffle véhément de 1 789; on y voit s'affirmer, avec une rare énergie, l'esprit nouveau, si riche alors de promesses et d'avenir. Plus tard, les symboles changent avec les idées, et les déceptions amènent d autres emblèmes, empreints de sentiments moins généreux.
Cette collection, dont on nous pardonnera de faire ressortir la valeur, après la perte de la plus grande partie des documents sur lesquels on a pu
AVANT-PROPOS. ix l elnblir, est passée, {jràce à nos de'saslres, à 1 ëtat de rareté historique. Nulle |);u ( on ne retrouverait aujourd'hui une re'union aussi complète de ces sceaux ('(ranges, (pie rexaltalion du temps avait multipliés au delà de toute limite, et doni on ne |)ossède maintenant (jue des empreintes isolées, spécimens singulièrement naïfs d'un symbolisme plus raisonneur (jue raisonnable et phis ardent que mesuré. La régularité de la forme y est presque toujours sacrifiée à la signification passionnée du fond, et les vieux hérauts d armes y trouveraient certainement bien des traits à reprendre; mais l'historien et le chercheur, moins soucieux de l'orthodoxie héraldique, en feront certainement leur profit.
La seconde partie du volume est consacrée à l'étude d'un accessoire dont l'importance historique n'a pas besoin d'être démontrée. La devise, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, est éminemment significative; elle a, comme l'homme lui-même, un corps et une âme, et ce n'est pas sans surprise qu'on voit l'auteur restituer à ce mot, si détourné de son acception primitive, le sens profond qui lui appartient.
Par une habitude un peu didactique qui lui était propre, et qui s'explique par le long oubli dans lequel les études héraldiques sont tombées en notre pays, M. de Goëtlogon traite des devises, comme des sceaux et des emblèmes, comme des couleurs et des livre'es. Dans un premier chapitre, il en expose les généralités, et c'est dans un second chapitre seulement qu'il aborde le côté parisien de son sujet. L'origine du Fluctuât nec mergitur, en particulier, est indiquée aussi nettement qu'il était possible de le faire. Cette devise, la seule qui ait surnagé, comme la barque et la ville à laquelle elle fait une double allusion, est relativement assez moderne; mais elle traduit d'une façon si concise l'idée dont la nef parisienne est l'expression figurée, qu'on s'explique aisément sa fortune. C'est la devise consacrée; nulle autre ne saurait aujourd'hui lui disputer l'honneur d'enrouler sa banderole autour de l'écusson municipal.
Les couleurs, qui dérivent des émaux de l'écu, les livrées, qui sont l'application des couleurs aux costumes des magistrats municipaux, aussi bien qu'à
l'uniforme des menus officiers du Parloir et des milices urbaines, forment la matière de la troisième et dernière partie de l'ouvrage. Ici, la discussion a dû appeler à son aide un e'ie'ment nouveau. Pour faire lliistoire du sceau parisien et en présenter les types successifs, il a été' nécessaire d'interroger les vieux scels qui pendent aux actes de la Marchandise de l'eau, et d'en reproduire fidèlement les empreintes; pour déterminer exactement les couleurs de la Ville et en montrer l'emploi dans les diverses pièces du costume, il a fallu recourir aux miniatures, seules représenlations polvchromes qui puissent donner un pareil renseignement. On a donc interrogé les manuscrits contemporains des différents âges de l'Echevinage parisien, et l'on a demandé aux enlumineurs du temps, qui voyaient passer sous leurs yeux ces grands cortèges historiques dont nous parlions tout à l'heure, la confirmation matérielle des détails fournis par les chroniqueurs sur chaque pièce du costume municipal. Pour les époques plus rapprochées de nous, on s'est borné à reproduire les gravures en noir, en les rattachant toujours aux cérémonies dentelles sont la représentation.
Le volume d'appendices est riche en pièces justificatives de différente nature; tout ce qui excédait les dimensions d'une noie a dû y prendre place et se ranger dans un ordre convenu. Une concordance rigoureuse rattache ces divers documents au texte dont ils sont la justification, et un double système de renvois facilite les recherches. C'est toute une bibliothèque, tout un fonds d'archives qu'on a dépouillés, pour en mettre les extraits sous les yeux du lecteur et lui épargner ainsi de fastidieuses lectures.
Curieux et attrayant dans la forme, l'ouvrage que nous présentons au public est sévère au fond, et la discussion critique y tient plus de place qiie les détails agréables. C'est une })age de l'histoire du gouvernement municipal: A ce titre, il convenait de lui donner place dans la collection historique créée par la Ville de Paris. Qu'on parcoure, en effet, les livres des annalistes parisiens; on n'en trouvera pas un qui ne mentionne le rr blason de Paris, ^ qui n'en recherche les origines et n'en explique à sa manière la significa-
AVANT-PROPOS xi lion oiiiblemalique. (jillos Corrozet, le promier en date, le versifie dans le jjoni du Lenips; Bont'ons, son continuateur, brode sur le même fond; Belhîlorest, Etienne Pascjuier, André' Favyn, Du Breul, Du Chesne, Du Maillan, Malingre, Lemaire, Sauvai, donnent à ce sujet d'inge'nieuses e\|)lications et se livrent à toutes les Fantaisies d'une e'rudition aventureuse. Les héraldistes de profession, tels (pie Vulson de la Coloml)ière, Pierre Palliol et le P. iMénestrier, se lancent à leur tour dans un symbolisme étrange; mais ils ne com- |)rendraient [)as (pi un historien de Paris se refusât à interpréter les armoiries de cette ville. Le contrôleur Le Roy, Félibien et Lobineau n'ont garde de les passer sous silence; ils y mettent seulement moins d'imagination et plus de critique.
Après eux, la matière n'était point épuisée; de tous ces livres il y avait à eu faire un, qui ne fût point une nouveauté, et qui ne dégénérât point en une simple compilation. Les sceaux, les armoiries, les devises, les couleurs, les livrées de la Ville de Paris, étroitement rattachés à son histoire, ce n'est point un sujet méprisable. En héraldique, comme ailleurs, le secret des grandes choses est souvent dans la juste interprétation des petites, et c'est au résultat final qu'elles donnent, au bénéfice sérieux qu'on en retire, qu'il faut mesurei' la véritable valeur des études historiques.