LA BARQUE DES NAUT/E PARISIACI, EMBLEME PRIMITIF DE LA VILLE DE PARIS
SoMMAiRH. — Dilficullé do découvrir les origines des emblèmes et armoiries propres à cJiaque peuple, à chaque ville ou à chaque famille. — Marche à suivie. — Origine de la Municipalité parisienne. — Mercatores aquœ Parisius. — Identité de la Communauté des marchands de Paris avec celle des marchands de l'eau, — Les Mercatores aqiiœ Parisius ont pour origine probable les Nautœ Parisiaci. — Communauté d'emblème entre ces corporations et la Municipalité de Paris. La barque de rivière, emblème de leur commerce. — Examen des sceaux et surlout du plus anciennement connu. — Conclusion.
Uifficullé (le
ou à iliaque fainill?.
Il est souvent inipossibie de découvrir l'origine des emblèmes qu'un peuple une ville ou une famille porte sui* ses di-apeaux ou bannières, sur ses monnaies, découvrir les oiigin
(les
ses sceaux ou armoiries. Le clioix qu'on fit de ces emblèmes eut, en elîet, pour -n'Wèmes «i armoii
i propres
principe général une analogie symbolique entre ces emblèmes et le nom, ainsi que ' ^'rhaqu.ftmê''' le caractère physique ou moral , les aspirations du cœur ou de l'esprit de ceux qui se les attribuaient. Ces motifs furent d'abord simples et logiques; mais, le symbole restant le même tandis que les noms, les caractères, les aspirations variaient avec le temps et l'individu, il devint presque toujours fort difficile de saisir la raison de l'attribution première, surtout lorsque cette raison, essentiellement fugitive, avait disparu depuis longtemps. Souvent aussi une cause des plus futiJes, une circonstance frivole, le simple caprice, le hasard, présidèrent seuls à ces choix. Et même, lorsque ces choix s'appuyaient logiquement sur un grand fait, tel qu'une glorieuse action militaire, un acte de dévouement civil ou toute autre particularité remarquable, le temps en a pu effacer toute trace dans l'histoii-e, comme dans la mémoire des hommes.
Ces emblèmes ne sont plus, dès lors, que des hiéroglyphes indéchiffrables; et l'historien, ne possédant aucun renseignement sur leur origine, doit renoncer à en chercher l'explication, au lieu de se livrer aux écarts de son imagination, ainsi que l'ont fait les auteurs dont nous venons de réfuter les arguments.
'lO LES ARMOIRIES DE PARIS.
Cependant, niènie en l'absence de données précises et afTirniatives, on peu( jiarfois résoudre une question de cette espèce, lorsque l'histoire particulière du personnage, ou celle des premiers temps de la ville dont on s'occupe, est bien déterminée; car, ainsi que nous venons de le dire, le caractère le plus ordinairi^; des emblèmes est d'avoir un raj)port symbolique avec la chose représentée'^'. Il est en outre évident que ce rapport synibolic|ue est d'autant plus frappant qu'on se rapproche davantage de l'époque où il a été fait choix de l'emblème. C'est précisément ce C[ui a eu Heu dans le cas spécial que nous examinons, h' sceau et les armoiries de la Ville de Paris.
Les armes dont nous voulons découvrir l'origine sont celles d'une ville. Il s'agit donc d'un sceau commun plutôt que d'armoiries proprement dites. L'emblème qu'il porte étant celui d un corps de bourgeois, étudions avec soin l'origine même de celte corporation, de cette municipalité. Comment s'est-elle formée? Quelle est son origine, quel est son caractère le plus saillant, son but principal, son plus important commerce? On sait, en effet, cjue les chefs municipaux des villes étaient toujours autrefois, aux époques normales, les habitants les plus considérables, les plus riches commerçants.
C'est là, sans aucun doute, une des voies les plus sûres dans lesquelles nous puissions nous engager.
Il en est une autre, qui consiste à remonter le cours des temps, jusqu'à ce que I on trouve la plus ancienne pièce que puissent nous fournir les chartes municipales. On examine alors, de siècle en siècle, les empreintes du sceau commun de la ville ou de la corporation, plus ou moins puissante, (pii a pu d'abord, dans une certaine mesure, constituer ou remplacer le corps de la cité. En procédant ainsi, l'histoire des transformations successives du sceau et l'étude minutieuse de cette empreinte oi'iginelle jetteront quelque lumière sur la question qui nous occupe.
C'est faute d'avoir suivi cette direction (|ue tous les héraldistes, en voulant tirer le blason de Paris de l'oubli où ils laissaient celui de presque toutes les autres villes, ne sont parvenus qu'à obscurcir, par la divergence de leurs opinions et de leurs erreurs, ie point môme qu'ils voulaient éclaircir. Écrivains des \vi*= et xvn^ siècles, ils ne virent dans Paris que la noble et grande cité qui frappait leurs regards; ils la personnifièrent et en firent la reine des villes de France. Ils se bornèrent dès loi's à examiner le sceau qu'on apposait de leur temjis au bas
Cela ressort de la définition du mot lui-même. Emblème signifie rr figure symbolique ou image r servant à désigner quelque chose."
LA B ARQUE DES NAVTM PARIS I ALI. lx\ des actes Hunii(ij)aux, et où voguait à pleines voiles, sur une mer agitée et sous un ciel étoile de (leurs de lys d'or, un magnifique vaisseau portant fièrement le pavillon de France. Kblouis de ces grandeurs, ils perdirent de vue que cette reiiK; ne représentait, en réalité, qu'une communauté de marchands et de bourgeois; ils oublièrent que ce navire ne fut, dans l'origine, qu'une modeste barcpie de rivière, qui, grandissant de siècle en siècle avec la vdle dont elle était l'emblème, était devenue un superbe vaisseau. Aussi le seul homme qui, au milieu de tous ces savants, de tous ces éci'ivains spéciaux, soit parvenu à découvrir la véritable origine des armoiries de Paris, est-il un simple ofïicier municipal, doué d'une giande sagacité et d'un sérieux espi'it de critique : nous voulons parler de Le Roy, contrôleur des rentes de l'Hôtel de Ville, en lya'i, et ancien maître et garde de la corporation des orfèvres ''l
Entrons, avec lui, dans la voie rationnelle que nous venons d indiquer.
Le chef du Corps municipal de Paris a porté, durant plusieui's siècles et jus(pi à la révolution de 1789, le nom de Prévôt des Marchands, bien que ses attributions s'étendissent sui- tous les citoyens de la Ville. Ce titre présente à l'esprit, d'une manière générale, l'idée d'une autoiité s'exerçant, non sur la totalité des habitants, mais seulement sur une partie importante et nombreuse de la population. Doù vient l'impropriété de cette qualification, dont on ne rencontre en France que deux exemples, l'un à Paris, l'autre à Lyon '?
Si l'on veut trouver f époque où ce titre apparaît pour la première lois, il iaut
Voyez la noie 1 de la pog-e 36 , et l'Appendice II, n° 12. Les contrôleurs de rentes créés, au nombre de deux, par édil du mois de décembre 1675, étaient chargés de surveiller les opérations financières relatives aux renies établies, dès i592, sur l'Hôtel de Ville de Paris. Le nom de maître s'appliquait à un chef d'établissement commercial , et avait autrefois, dans ce cas. la même signitication qu'aiijourd hui. Quant aux gardes d'un métier, ils étaient chargés de la défense des intérêts de ce métier, de l'exécution de ses règlements et de la surveillance et police sur les actes de ses membres.
Le L'wre des mestiers, d'Etienne Boileau, au titre II, intitulé Des orfèvres et de l'ordenaucc de leur meslier, contient les deux passages suivants :
tEI est à savoir que li preudome du mestier relisent ij preudoshomes on iij pour garder le mesflier, liquel preudome jurent que ils garderont le
rr mestier bien et loiaument as us et as coustunies rr devant diz, et quant cil preudome ont finé leur rr service, li communs du mestier ne les pueent mès rremetre à garder le mestier devant iij ans. se il frn'i voelent entrer de lenr bone volenté.
rEt se li iij preudome treuvent un home de rieur mestier qui ovre de mauvès or ou de mauvès r argent, et il ne s'en voille chatoier, li iij preurdoiiie ameinent celui au prevost de Paris, et li r-prevoz le punist si qu'il le banist à iv auz ou à vj. r selon ce qu'il a deservi. n [Règlements sur les aris et mestiers de Paris , rédigés ou xiti' siècle et connus sous le nom du Livre des métiers d'Etienne Roileau, édition de G. B. Depping, in-/4°, Paris. 1837. p. 39.)
Il est à remarquer que Lyon, dont les magistrats municipaux poi taient sous l'ancienne monarchie le même titre que ceux de Paris, ne pos-
LES ARMOIRIES DE PARIS, remonter jusqu'au milieu du xni*' siècle, au Livre des métiers, recueil des règlements des anciennes corporations d'arts et métiers de Paris, établi sous le règne de saint Louis par les soins d'Etienne Boileau, prévôt de Paris, Nous y voyons que les titres de Prévôt des Marchands, Prévôt de la Confrérie, Prévôt de la Marchandise , y sont tour à tour enqDloyés comme synonymes; qu'il en est de même de ceux àEchevin de la Confrérie, d'Echevin de la Marchandise, de Juré de la Confrérie, et que la qualification générale de Bourgeois leur est commune à fous'".
L'examen de ce précieux document historique permet de constater un second
sèdc point non plus de charte d'établissement de commune. Ce n'est que peu à peu et par suite de transactions , de débats et de luttes avec ses archevêques, qui avaient obtenu des rois de Bourgogne la temporalité de la ville, que le corps des marchands ou bourgeois rentra, vers le xii° siècle, dans les droits de commune qu'il avait possédés sous la domination romaine.
Ce fait est important pour nous, car il est en parfaite concordance avec ce que nous allons dire sur la formation de la Municipalité parisienne.
Ce point a tant d'importance, que nous croyons devoir citer le texie même du Livre des iiiéliers. Les passages suivants sont empruntés à l'édition de M. G. B. Depping :
rr Titre 111. — Des Blaeliers et des Vendeurs de f toute autre ttiunih e de grains
•'Quiconque est blaetiers à Paris, il puet avoir fftant de vallès el de aprentis comme il leur plaist. rret avoir mine leur propre boine et l'eau, seingnié ffau seiog le Roy el en puent mesurer dessi à j •-sestier tant seulement, au vendre et à l'achater "seil plaist à l achateur, et le sourplus de j sestier •'qu'il vendent ou achatent doivent-ils faire mesurer rraux mesureurs de la ville de Paris, mis et esta- •'bliz par les horgois de Paris; c'est à savoir par le rprcrosi des marcliands et par les jurés
-rTiTKK IV . — Des Mesureus de Idé cl de imite ■'autre manière de grains. — Nus ne puet eslre me- "surères de blé ne de nul autre manière de grain, "de quelque manière que ce soit, à Paris, se il n'a f-le congiet du prévost des tnarcheans el des jurés fde lu confraeric
rrNus mesureur ne puet mesurer nule manière -de grain à nulc mesure qui ne soit seigniée au
cf seing le Roy ; et se il a mesure el ele n'est pas seiffgniée, il la doit porter au parloir aus bourgois, et 'i-illeuc doit eslre juslée et seignié
ffSe aucun du meslier devant dit mesj)renl en ff aucune des choses desus dites, il le doit amendeifau Roy, selonc le jugement au prevosl de Paris; ffquar /î bourgois de Paris n'ont nul pooir ne nule f joustice ès choses desus dite , fors que de douer rrcongié de mesurer et de lollir le mesurage à au- (fcun, se il leur semble bon et il leur plaist. . .
"Titre V. — Des Crieurs de Paris. — Nus ne •fpuet estre crieur à Paris, se il n'en a enpétré le ■'congié au prévost des tnarcheans el as eschevins de ■rla marchandise ; el quant il en a enpélré lou conrrgié, il doit jv deniers as mestres des crieurs; et (fpour les jv den. le mestre des crieurs li doit 'fadrecier ses mesures cl apointier.
rQuiconques est crieur ii Paris, il convient qu'il 'fdoinst au prevosl des marcheans et aus eschevins de fia marchandise ou à leur conraendenient seureté frde Ix sols un denier; el seur cele seureté, li doit f livrer li laverniers son hanap. Ht se li tavermers "le pcrdoit, il auroil recours aus pièges de son T hanap.
"Ouiconques est crieur à Paris, il doit lou/ les "jours que il est en escrit, dès le prcmiei' jour -qu'il fui mis en escrit, jusques à dont qu il en "ierl osiez, chascun jour un denier à la confrairie ■'des marchans, horsmis tant seulemenl le die- " manche qu il ne doit riens, se li crièies n'est ma- "lades, ou il va en pèlerinage à Sainl-Jaques ou " outre-mer; el quant il va en ces pèlerinages, il "doit prendre congié aus parloir au.r bourgois. . .
"Li prévo:- de la confrérie des uiarchanz et li es- -chevin ont la joustice delouz les crieeurs de toutes
LA BARQUE DES NAUTM PARISIACI. àS l'ail non moins iinpoi'lanl. INous i-eniarqiions, en vÀhA, fjue les cent niétieis environ doni le livre d'Etienne Boileau contient les statuts étaient presque complètement dans la main du Roi; que chacun d'eux, placé sous la juridiction immédiate du Prévôt royal, sauf de très-rares exceptions, nommait et déj)osait à sa volonté les prud'hommes, jurés et gardes de ces métiers, confréries ou roi porations. Quant aux Prévôt des Marchands et Echevins, quel que soit le nom sons hMjucl ils sont désijjnés, nous remarquons également qu'il ne leur est |)oint reconnu d'altrihution adnn'nistrative ou juridictionnelle sur les métiei-s, excepté cependant sur les crieui-s, les jaugeurs et les mesui-eurs. Or, [)ar nnt; charte datée de l'an ly-io, PInlippe-Auguste avait concédé les droits et privilèges dont il s'agit à la puissante corporation des Marchands de l'eau de Paris, Mercatores aqiw Pansnts^^\ L'identité de cette dernière compagnie avec celle que le Line des métiers appelle simplement la Marchandise ou la Confrérie des Marchands de Paris est donc bien établie.
D'un autre côté, il existe, aux Archives de l'Empire, un manuscrit oi-iginal et |)ostérieur de quelques années seulement au Livre des métiers; ce manuscrit contient un recueil des Sentences du Parloir au Bourgeois^'^^ et d'autres actes relatifs h l'ancienne organisation municipale de Paris, durant une |)ériode de soixante ans environ (i 'jG8-i S^B) Les documents dont il s'agit, au nombre de cent soixante et dix, examinés avec attention, nous montrent la ([ualification de Prévôt des Marchands et celle de Prévôt de la Marchandise de J'eaii employées d'abord
-choses, fors mise la justice de propriété et de r-sanc, et les autres par desus (c est-à-dire qu'ils cr n'avaient que la basse justice).
"Se li crieurs niesprent es choses de leur iiies- • lier, le prévaut des tnanhaii: le fet mètre el cep ■ laiit qiiil ail le mefl'et bien espeni, se ce n'est de - iarrecin ou des choses desus dites que le Roi con- "iioist
T Titre VI. — Des Jaugews. — i\us ne puet ■• l'stre jaugeur à Paris , se il ne la enpétré du prc- '■ rosi et des jurés de la confrarrie des marchenns de r Paris
rr Titre VII. — Des Taverniers de Paris. — f-Toul cil pueent estre tavernier à Paris qui veurrlent, se ils ont de quoi, par paiant le chantelage frau Roy. les mesures aus bomgois et les crieurs.
•■Chascun tavernier doit acheter chascun an ses
rr mesures des bourgois de Paris; et les vendent li "Imurgois à l'un plus et à l'autre mains, selonc r- qu'il leurplaii'a. dessi à j den. le jour.
'fQuiconques vent vin à broche à Paris, il con- •r vient qu'il ail crieur, se il ne fine au boiirgois . .
fret se nul est repris de fausse mesure, il amendera ffà la voulenté Ion Roy.n
Charte de Philippe-Auguste, donnée /// e-rtenso page 809 du tome XI des Ordonnances des Rois de France, et page \cix de la Dissertation sur t'origine de l'Hôtel de Ville de Paris, par Le Roy.
Ainsi que le nom l'indique , c'était le lieu de réunion des bourgeois de Paris et le siège du tribunal de leur juridiction.
Manuscrit formant un volume \n-k° de 8-2 feuillets de vélin, consei'vé aux Archives de l'Lmpire (section historique).
lili LES ARMOIRIES DE PARIS.
iiulilTéremnienl l'une pour l'autre dans des actes divers, et quelquefois dans la même pièce. Mais, peu à])eu, on y voit la première devenir plus fréquente, et, à partir de l'an i3oo, on n'y rencontre plus que rarement la seconde, qui disparaît ensuite complètement ''.
Il est donc établi clairement que le titre de Prévôt des Marchands, porté par
La qualification de Pièmt des Marchnnds csl. employée dans les actes suivants :
•3 avril i-j68. — Confiscation de deux hateanx amenés à Paris sans compagnie fi-ançaise (sanz compaignon hansé de Paris) , fol. xxxvi.
décembre 1280. — Confiscation de 11 tonneaux de vin, i'ol. wwn.
6 juillet 1-290. — Sentence pour succession,
fol. XXXVII.
1993. Permission accordée aux lienouards (porteurs de sel) invalides de se faire remplacer, fol. xi.nr.
1 1 mai 1993. — Sentence portant confiscation d'échalas, foi. xlui.
i3 niai i'2g3. — Nomination d un mesureur de bûches, fol. XLin.
98 mai i9g3. — Confiscation de \ h muids d"avoine, fol. xliii.
8 juin 1993. — Sentence pour succession, foi. xLin.
lo aoiit 1993. — Sentence pour succession, fol. xi.in.
i3 août 1293. — Sentence pour succession,
fol. XLIV.
15 février 1993. — Sentence pour succession ,
fol. XLlV.
23 avril 129'!. — Confiscation de vingt milliers d'échalas, fol. xlvi.
8 mars 1294. — Rappel d un membre de la confrérie des marchands, fol. xlvi.
3i mars 199^. — Sentence relative à un juré porteur de vin, fol. lxxvii.
0 mai 1296. — Sentence au sujet d'un tonneau de vin répandu, fol. xlvi.
7 novembre 1395. — Sentence de confiscation de II tonneaux et 5 queues de vin, fol. xlvi.
29 janvier 1995. — Sentence de confiscation contre un bourgeois de Rouen , fol. xlvi.
16 avril 1996. — Sentence de confiscation contre un bourgeois de Harlleur, fol. xl.
19 novembre 1296. — Demande d une compagnie française pour descendre la Seine, fol. xlix. 3i octobre 1998. — Sentence relative à une
confiscation faite sur Raoul le Feron, d'Amiens ,
fol. LU.
10 novembre 1298. — Menace de déshérence faute d acquillenient de dettes, fol. lxxii.
5 janvier 1998. — Arrêt relatif aux prétentions de Jehan le Page, sergent à cheval au rihâtelet de Paris, fol. li.
9/1 janvier 1298. — Sentence de confiscation contre Mahi de ÎVanterre, fol. lui.
ik janvier 1298. — Sentence de confiscation contre Fouques Robert, de Calais, fol. luii.
2 4 février 1298. — Nomination d'une mesureuse de blé, fol. lxxvii.
28 février 1298. — Sentence de modération des droits de réception des mesureurs de sel . fol. LIV.
10 septembre 1299. — Autorisation de faire passer un bateau sous le pont de Paris, fol. lv.
La qualification de Prévôt de la Marchandise de l'eau se trouve dans les actes qui suivent :
1 o février 1991. — Confiscation de 2 o tonneaux de vin, fol. xxxix.
99 août 1991. — Sentence pour succession.
fol. VLI.
\h novembre 1991. — Sentence pour succession, fol. XLVI.
18 mai 1993. — Taxation des droits de visite aux jurés maçons et charj)entiers de Paris appelés comme experts, fol. xlui.
2 juillet 129/1. — Sentence |)our succession,
fol. XLVI.
2/1 féviier 1295. — Sentence contre un bourgeois de Caen au sujet de 117 pièces de vin, fol. xLvn.
•ik août 1297. — Sentence pour succession,
fol. XII.
3 octobre 1998. — Sentence de confiscation de xk tonneaux et 1 queue de vin, fol. xlii.
Nous arrêterons nos citations à l'an i3oo; elles sont ainsi assez nombreuses pour prouver ce que nous avons avancé.
Elles nous montrent que, dans le même registre, durant le même laps de temps, vingt-sept actes
LA BARQUE DES NAUT/E PARIS lACI. àb le clief de la Municipalité parisienne, s'est substitué à celui de Prévôt de la Marchandise de l'eau, et que ce ciiangement de nom n'a point eu lieu brusquement, j)ar suite d'un acte de la volonté souveraine, mais qu'il s'est opéré insensiblement, à partir du milieu du xm'' siècle, et qu'il a été la conséquence d'une Lraiisfoi'njation naturelle du langage.
Voyons si cette transformation est logi(|ue; et, puis(jue le nom de Jh-évol dea Marchandu succède à celui de Prévôt de la Marchandise de teau, examinons si le même l'ail se produit dans la nature des fonctions, ou, en d'autres tei-mes, si la Communauté des Marchands de Paris en généi-al vient se substituei' à la Communauté particulière des Marchands de l'eau.
Des actes du \\\f siècle, écrils en laiiii, désignent les membres de cette dernière corporation ou conlrérie sous le nom de Mercatorcs aquœ Parisius. Parmi ces actes, les uns portent octroi ou conlirmation de nondjrcux et inq)orlants pri-^ viléges en faveur de cette association; les autres sont la conséquence et l'application des premiejs.
Il en ressort que les Marchands de l'eau avaient seuls le dioit d'amener par la voie fluviale des denrées sur le port de Paris; qu'ils possédaient le privilège exclusif de navigation sur la Seine, en aval des ponts de la Cité jusqu'à Manies; ([u'aucun marchand étranger ne pouvait pénétrer dans ce i-iche bassin, sans être conduit par l'un d'entre eux ou par son représentant.
Dès 1 170, ils étaient reconnus comme jouissant de toute antiquité, ab anliquo, de ces droits et pi'iviléges, ainsi que le constate une charte du roi Louis VII, datée de cette armée et renfermant la mention suivante : rc Les citoyens de notre Ville de Paris, qui sont marchands par eau, vinrent vers nous, nous priant de leur concéder et confirmer les coutumes dont ils jouissaient du ten)[)s du lui Louis notie père Ces coutumes sont, de toute antiquité, que nul ne
sur trente-cinq contiennent la qualification de Prévôt des Marchands, et que, dans huit seulement, se rencontre celle de Prévôt de la Marchandise de l'eau. Nous remarquons de plus que , malgré cette différence de noms, les actes où se trouvent ces noms sont de nature semijlable et émanent évidemment du même ])ouvoir.
Enfin, si nous examinons à quelles personnalités ces titres divers s'appliquent, nous voyons que c'est toujours à un seul et même individu. Ainsi, de liîgS à 1296 inclusivement, .lelian Popin est
appelé, dans ces actes, treize fois Prévôt des Marchands et quatre fois Prérôt de la Marchandise de ieau.
On voit, particularité bien remarquable, le Prévôt des Marchands juger les contraventions aux privilèges de la Marchandise de l eaii , el le Prérôt dela Marchandise de l'eau , des questions de succession.
(Tous les actes (pie nous avons cités ont été |)ublii's par M. Le Roux de l>ii!cy dans son Histoire de l'Ilôtel de Ville de Paris. )
Idcnlilc <le la iliamlise de l'ciiu pt
ia Municipalilf' fiarisifllnc.
à6 LES ARMOIRIES DE PARIS.
peut amener dans Paris on faire sortir des porls de cette ville, par eau, de la marchandise provenant ou à destination d'une localité située sur la Seine, entre le pont de Mantes et ceux de la Cité, s'il n'est marchand de Teau parisien, ou s'il n'a pour associé de son commerce quelque marchand de l'eau parisien " .tj Si l'on se représente l'admirable position de Paris entre les confluents de la Seine, déjà grossie des eaux de l'Aube, de l'Yonne, de la Marne, et près de recevoir celles de l'Oise; si l'on songe à la facilité que la voie fluviale présente aux grands transports, à la dilïiculté qu'il y avait, au contraire, de les exécuter alors |)ai' terre, à cause de l'insufilsance, du peu de siÀreté, du mauvais entretien des routes, et des ressources plus restreintes, plus coûteuses, que présentait d'ailleurs ce mode de transport, on comprendra que presque tous les objets d'approvisionnement et de commerce , toutes les denrées et matières pi'emières de consommation durent forcément prendre la voie fluviale et affluer sur les ports de la capitale.
Mais les Mercatores aquœ Parisius n'avaient pas seulement la jouissance de cette i-iche et importante voie de communication; ils en étaient, dans de certaines limites, les possesseurs exclusifs. Ce monopole, dont ils étaient si jaloux, fut nonseulement la source de leur opulence commerciale, mais encore celle de leur pouvoir municipal. Comme il fallait, pour profiler de la navigation de la Seine, être membre de la Hanse parisienne ou Compagnie françoise des Marchands de l'eau de Paris , autres noms sous lesquels est connue leur association , tout marchand de Paris, dès que son commerce acquérait quelque importance, désirait naturellement en faire partie. Les Marchands de l'eau, en même temps qu'ils étaient une Compagnie particulière de commerce fluvial, se trouvèrent ainsi former l'association des négociants les plus riches dans tous les métiers et confi éries de Paris, et, par suite, ils représentèrent réellement le corps des marchands en général, on la bourgeoisie parisienne proprement dite. C'est ce qui ex|)lique pourquoi il est si i^eu (|ueslion d'eux dans le livre des métiers d'Etienne Boileau , où, ce|)endant.
rrCives nosiri Pansienses , qui morcnlores suni ffper aquani, nos adiemnt, rogantes ut consuetii- "(lines suas, quas lemporc palris nostri Ludovici f Uegis liahueraut, eis concederenius et confiruiare-
ff mus
rr . . . C-onsueludinos auleni eoruni taies sunt al) r^anliquo : Ncniini licet aliquam inercaloriaui Pai-itfsius per aquam adducere, vei reducere. a ponte rrMeduiilp usque ad pontes Parisienses. nisi iile sil
rf Parisiensis aque mercator. vel nisi aliqueni Parirrsienseni aque mercatorem sociuin inipsa mercatocria liai)uerit. (Extrait de la Charte de Louis le Jeune porliuit confirmation des anciennes Coutumes connues sous le nom de Hanse et de Compagnie françoise, ou corps des Marchands de l'eau de Paris. Ordonnances des Rois de France, (.11. p. 63-2; Disserlalion sur l'origine de l'Hôtel de I ille de Paris, par Le Hoy, [>. xcvi.)
LA BARQUE DES NAUTM PATIISIACI. àl leur cliel esl appelé le Prévôt des Marchands; leur association, la Marchandise, et leur corps, les Bourgeois de Paris.
il (>st donc bien démontré que la Prévôté des Marchands , telle qu'elle a existé depuis le xiv'" siècle jusque vers la fin du xvni% a pris son origine dans la corporation des Marchands de l'eau. Nous n'avons point à nous occuper ici de savoir si cette dernière possédait, au nombre de ses privilèges, une partie plus ou moins grande des libertés municipales ; il nous suffît de constater qu'elle était une corporation. Cherchons, en outre, si, malgré l'ancienneté de son établissement, qui, dès 1170, était l'econnu exister ab antiquo , si, malgré l'absence de titres antérieurs au xn*^ siècle, l'histoire ne nous |)ermet pas d'en déterminer le principe certain ou du moins l'ori<jiiie très-probable.
On sait (jue, sous le règne de l'empereur Tibère , au commencement du i'^' siècle de l'ère chrétienne, il y avait à Paris une société de navigation semblable à celle qui, sous le titre de Splendidissimum corpus Nautarimi Rliodanicorum et Araricorum, existait, à la même époque, sur le Rhône et la Saône Ses membres portaient le nom de Nautœ Parisiaci, navigateurs parisiens.
Aux raisons tirées de la position si favorable de Paris sur les bords de la Seine, raisons que nous avons énumérées plus haut, venait s'ajouter encore, pour augmenter l'importance de cette compagnie, la nécessité de pourvoir aux approvisionnements des garnisons et des armées romaines. Il n'est point douteux que ces Naules ne formassent un corps puissant, digne de recevoir, comme celui qui exploitait le Rhône et la Saône , la qualification de splendidissimum.
Le monument unique qui leur est relatif constitue cependant toute leur histoire; il nous apprend leur existence, et nous prouve, d'une manière certaine, qu'ils formaient un corps régulièrement constitué et, sans aucun doute, d'une grande inqiortance dans la petite Lutèce. Ce monument est un autel dédié par eux à Jupiter, et dont quelques pierres ont été retrouvées, en 1710 . dans l'île de la Cité, sous le cliœur de l'église Notre-Dame . Sur ces fragments, que I on conserve au musée de Cluny et qui forment le plus ancien titre de la Ville de
Lts
Marcliands île Teaii ont
pour origine proliablo les
.\(tHt<c Pftrisutci.
Recueil d'inscriptions, in-folio, Heidelberg, 1601, par Jean Giuter, t. I", partie 2, p. i^ô.
Voyez : Histoire de l'Académie des inseriptions, t. III, p. 2 6 -2; Mémoires de V Académie celtique, t. I", p. 1 Mémoires de la Société des an-
tiquaires de France, \" série, t. IV. p. Soo: Mémoires présentés par divers savants à l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France, 2' série; Mémoire sur les antiquités galloromaines , par M. Jollois. p. h%, etc.
Paris, on lit l'inscription suivante : TIB • C AESARE • AVG • lOVI ■ OPTVMO • MAXSVMO M • NAVTAE • PARISIACr PVBLICE • POSIERVNT
'-Sous Tibère César Auguste, les navigateurs parisiens ont élevé imhliquemenl [ce monument] à Jupiter très-bon, très-grand, n
Chaque partie de cette courte inscription a une grande portée. Les mots sows Tibère César Auguste nous donnent la date; les Navigateurs parisiens, voilà le nom de l'association; enfin le membre de phi-asc ont élevé publiquement prouve que cette association avait une existence régulière et légale, et qu'elle disposait de ressources communes assez considérables. L'expression p<è//ce, qui équivaut presque toujours à puhlico sumptu, implique, d'ailleurs, l'assimilation des Nautœ Parisiaci, soit à un corps municipal, soil à une colleclion d'hommes, dépositaire d'une partie de la puissance publique. C'est dans les mêmes termes que les représenlants les plus élevés du pouvoir ont toujours exprimé, sur la pierre, leur participation à l'érection d'un monument.
L^i grand nombre d'auteurs , Le Roy entie autres, dans sa Disserfation sur l'origine (le i'Hàlel (le Ville de Paris, ont voulu tirer de cette inscription de plus nombreuses conséquences, et attribuci- à ce coi'ps de navigateurs parisiens certains droits, certains privilèges municipaux; nous ne les suivrons point dans cette voie, qui nous écarterait de notre sujet. 11 nous suffira de constater, comme nous l'avons fait pour les Mercalores a(]ua' Pansais, que les Naula' Parisiaci étaient une société reconnue par la j)uissance publique qui régissait alors la Gaule. Nous ferons, en outre, observer (ju'il est naturel de su[»poser que ses membres joignaient au rôle
LA BAHQUli DES NAUTM PAUISIACI. Zi9 (le iiavij|al(Mirs (cliii de mairhaiuls; (luVii d'autres termes ils durent, sous la domination romaine, |)résenter nni^ (jrand(; analogie de caractère et d'attributions avec ce (|u'étaient s(uis l((s rois de France les Marcliands de l'eau parisiens. Et, connue malgré les révolutions de toute nature qui survinrent dans le cours de tant de siècles, la cause (|ui donna naissance à ces deux corporations subsista toujours, il esl ])résumal)le que, sous des noms dlirérents, avec des fonctions et des privilèges d'espèces analogues, mais variables en inq)ortance et en étendue, suivant le tenq)s et les circonstances, elles ne cessèrent pas d'exister et furent la continuation l une de fauti'e.
(^>oncluons donc (pie la Prévoté des Marchands et l'Échevinage, ou Municipalité parisienne, proci'daient d(^ l'ancienne confréi'ie des Marchanda de l'eau de Paris, et que, selon toute pi'obabilité. cette dernière corpoiation eut pour origine les Naula; Parisiaci du temps de Tibère.
Cette origine du coips connnunal de Paris ne nous donne-t-elle pas une solution aussi simple (jue logupuî de la question qui nous occupe? enii.,- «s corporation
et
Existe-t-il, j)our une compagnie de marchands faisant le négoce sur un ileuve i' Mui.i<i|i'iii et ses affluents, un symbole pins naturel, un emblème ([ui représente mieux aux yeux la nature jjarliculièic de son commerce, (|ui en soit une image plus frappante, qu un bateau de rivière, moyen de transport unique, si commode et si économique tout à la fois ? N'y a-l-il pas lieu de supposer que les Naulœ Parisiaci purent le prendre pour emblème? Et alors n'est-il pas rationnel de croire que cet emblème dut passer des Naula' Parisiaci aux Mercatores aquœ Parisius, lesquels, sous un nom ditléreiit, constituaient la même association? Ceux-ci ont naturellement dû le transmettre à la Municipalité de Paris, dont cette riche et puissante corporation de mai'chands possédait tous les droits et privilèges, en même temps qu'elle en remplissait tous les devoirs?
(joininunaut'' d'emblème
le l'aris.
I,a Imrqiio île rivière , flnhlènif (Ir? leur rurnniiTrf.
connu.
Toutes ces conjectures, qui se sont offertes d'elles-mêmes à nos premières F,x,,m.n jes sc«,ux mvestigations, sont natui'enes, vi'aisemblables et logiques. INous pourrions y .lupiusanciennemem joindre les nombreux exemples des villes dont le commerce par eau fait la principale richesse, et qui ont pris soit une simple barque, soit un vaisseau pour symbole'". Il suflirait de nommer, en France seulement, Nantes, Marseille, Dieppe, Lorient, Landerneau, Paimbœuf, la Rochelle, Morlaix, Tréguier, Roscoff,
c Appendice" IH.
la Giotat, Redon, Libourne, elc. Mais ce serait essayer, sans grande utilité, de corroborer par des analogies une opinion qui ne cesserait point cependant de rester à l'état conjectural. Il y a plus à faire. La seconde source de renseignements, que nous avons indiquée, va nous fournir des preuves décisives, irréfutables.
Au bas d'un cirographe qui date du commencement du \nf siècle, et qui est relatif à un accord sur la vente du sel entre les marchands de Paris et ceux de Rouen, se trouve appendu, sur double queue en parchemin, un sceau en cire jaune, de forme ronde''^', et représentant un bateau antique, avec un mât sou-
Sceaii de 1200.
tenu à droite et à gauche pai- trois cordages. Sa légende, ainsi conçue, Sigillum Mercatorim aque Parisius, indique suffisamment à quelle corporation il appai'tenait.
Ce mot était destiné à garantir la sûreté des transactions. On le traçait en grosses lettres au milieu d'une feuille de vélin , qui se trouvait ainsi divisées en deux portions à peu près égales. Sur chacune de ces portions et au-dessous du mot à demi coupé , on écrivait le contenu de la transaction ; puis on coupait le cirograpimm par le milieu , et chacune des deux parties contractantes gardait par devers soi une moitié de la feuille, afin de constater, (juand il en serait besoin, la sincérité de la transaction, eu représentant et rejoignant ce ciro- Ijraphe coupé en deux. Au lieu de ce mot, on en mettait quelquefois un autre ou même une plu-ase tout entière. Les Anglais coupaient ordbiairement
leurs ciroffrapites en scie, tandis qu'en France et en Brelagne on les coupait en ligne droite.
Telle est l'explication donnée par dom Lobineau dans son Histoire de Bretagne, in -fol. 1707, t. II, p. 337. Les cirographes portaient aussi le nom de clinrlei parties et celui de chartes endentées.
L usnge des cirographes est presque aussi ancien que celui des transactions écrites. Il existait chez les Grecs et les Romains, et il n'a pas complètement disparu chez nous. On le retrouve dans les registres dits « souche ou « talon, les billets de banque, les actions et obligations commerciales, etc.
^- Nous ne savons pourquoi les auteurs qui en
I.\ HARO DE DKS NAUTAi l'AlUSlACl. 51 (le scoaii (le la comiiajiiiic commerçante, mère de la Municipalité parisienne, a la j)lus haute importance, parce qu'il est le plus ancien (|ue l'on connaisse, et (pi'il doit l'cmplacer pour nous l'empreinte originelle que nous cherchons. L'acte auquel il est attaché n a point de date précise; mais ce lait n'a lieii, en réalité, de hien embarrassant pour nous.
La date d'un sceau n'est pas de même natui-e que celle d'un acte : jjouj' celui-ci, il s'agit de fixer le jour où il a été signé et scellé; poin' celui-là, la date est comprise dans des limites de temps bien plus larges, cai- son existence, comme instrument utile, dui'e depuis le moment où il a été gravé jusqu'à celui où il est mis hors de sei'vice, soit par l'usure ([ui, en forçant à le remplacer, peut fournir l'occasion d'en changer les dimensions sans modiOer les pièces, soit par suite d'ini changement apporté à ces pièces elles-mêmes.
11 suffît donc que nous puissions, à (pielques années près, déterminer la date de la charte dont il est question. Oi' l'écriture est certainement de la hn du \if siècle ou du commencement du \m'' ; celle de la légende du sceau est de la même époque"' : les noms des dix bourgeois de Paris qui y sont mentionnés, et parmi lesquels ti<>urent ceux de Gudlaume Escu-à-cou et de Bertin Porée<^', le conliinient La mention même du nom de Gisors, ville où se fit, en ])résence du Roi, l'accord relaté dans ce document entre les marchands de Paris et ceux
parlent, oiitro aiilios MM. Borel d Iloiitei'ive (Aiimaire de la noblesse de France, année i p. 3ii) et ]jC Roux de Lincy (Hisloii-c de l'Hôtel de Ville de Paris, p. i/i8), lui aUn'l)uenl une forme ovale. Cependant ce dernier écrivain a cerlainenienl vn ce sceau, puisqu'il en donne dans sou ouvrage un dessin très-exact et de forme circulaire.
Voir h fac-similé de cel le cliarte pl. 1.
Riclies et influents bourg-eois de Paris qui vivaient an commencement du xui" siècle, et dont le dernier a donné son nom à l'une des rues de la capitale. I^e premier est probablemeul le même que (millaume Escu-à-col qui, en laio, fit. avec son frère utérin Jean de la Passée, bâtir une chapelle sous l'invocation de ta très-sainle Trinité, dans un terrain de deux arpenls. situé hors la porle de Paris, du côté de Saint-Denis, et où ils avaient déjà construit une grande maison, pour y recevoir les pèlerins et pauvres voyageurs qui arrivaient après la fermeture des portes de la ville. Dans cette maison, dit le commissaire De I^amare, auquel nous empruntons ces détails, il y avait, entre autres, une
grande salle de vingt et une toises et demie de long sur six toises de large , élevée au rez-de-chaussée de trois ou quatre pieds et soutenue par des arcades, pour qu'elle fût plus saine et plus commode aux pauvres que I on y recevait. ( Traité de In police , par De Lamare, t. I, liv. III, tit. ui, p. Ayo.)
Nous devons faire remarquer ici une eneiiiimportante de copie, qui a échappé à l'auteur de ï Histoire de r llolel de 1 ///e f/e Pflm. Il donne, p. ao-j, le lexte de ce cirographe, et omet de menlionner les noms des deux derniers bourgeois , qui sont P)ertinus Porée et Ricardus Claudius.
Malgré cette omission, le nombre des dix bourgeois énoncé dans l'acte s'y Irouve exactement, parce que de Odo Popin et de Renoldus Bordon oti a fait quatre personnes, Odo. Popin, Renoldus et Bordon. Cette rectification est nécessaire , d'abord à cause du nom même de Bertin Porée qui nous sert de date , et parce que , donnani nous-même une copie de cet acte, nous désirons que le lecteur, qui [)ar hasard constaterait la différence. j)uisse immédiatement savoir où est l'inexactitude.
(le IU)U('ii, coiicoidc! parfaitement avec cette date approximative; car Pliilippe- Auguste fut battu près de Gisors, en i 198, par Richard Gœur-de-Lion. Il séjourna quelque temps dans cette même ville, en 1 -joa , durant ses conquêtes en Normandie, et l'année suivante, lors du siège des Andelys, qu'il dirigea en personne
On ])('ut donc affirmer que, vers l'an 1^200, ce sceau servait à authentiquer les actes émanant de la corporation des Marchands de l'eau de Paris, et que, dès cette époque, il portait pour emblème une simple barque de rivière. On peut alfirmer, en outi'e, que ce symbole est tiré de la nature même du commerce de la compagnie qui l'a choisi; c|ue, par conséquent, le sceau qui a précédé celui dont nous parlons, s'il pouvait être quelque peu différent dans sa forme, devait encore porter certainement, non l'image d'un vaisseau, mais celle d'une barque ou d un bateau'"^'. 11 est impossible, en effet, d'admettre qu'en remontant vers l'époque oii l'on fit choix d'un symbole on puisse voir diminuer le rappoi't de ce symbole avec l'objet qu'il doit représenter. On comprend que les graveurs, en renouvelant un sceau, augmentent, embellissent, ornent davantage les emblèmes dont il se compose, fait qui, d'ailhmrs, s'est presque constamment produit (' ; mais le contraire ne peut guère avoir eu lieu. On ne saurait admettre, par exemple, que l'ouvrier, l'artiste, voyant gravé sur son modèle un grand navire, un vaisseau propre auv voyages de mer, l'ait, de son propre mouvement ou sui" un avis quelcorique. changé en une modeste barque de rivière. De plus, si le bateau représenté sur le sceau du xm*^ siècle a la forme en usage à cette époque , il est aussi la représentation exacte de la navé' anti(pie employée sur les rivières du temps des
M. Léopoid Delisle, dans son ouvrage intitulé Catalogue des actes de Philippe- Auguste (l'aris. i856, in-8°, p. 273), donne à ce cirograplie la date de janvier 1210, qu'il fait suivre d'un point d'interrogation, pour indiquer qu'il n'en affirme pas l'exactitude. C'est, au reste, parmi les nombreux actes de 1 2 1 o qu'il cite , le seul passd en Noi'mandie, tandis qu'il en mentionne un grand nombre datés (le cette province, de l'an 1 1 98 à Tan i2o3.
Un manuscrit de la Bibliolbèquc impériale, coté FR 2092 et intitule Vie de M"' Saincl Denys, contient, au verso du folio 87, deux miniatures ilonnanl la représentation l'une du Grand-Pont, l'autre du Petit-Pont de Paris, au xn' siècle. On y voit, voguant sur la Seine, une barque de forme identique à celle de notre sceau.
Un autre manuscrit de la même bibliothèque,
coté 2090 et intitulé de même, nous offre, au folio h , une miniature où se trouve une autre image ilu Petit-Pont de Paris au \iv' siècle; une banpie sen)blable y figure.
Voyez les fac-similé de ces nmiiatures pages hk . 55 et i56 de Paris et ses historiens aux xiv' et xv' siècles, documents et écrits originaux recueillis et commentés par Le Roux de IJncy et L. M Tisserand, Paris, 18(37.
Ainsi, par exemple, la ville du Puy en Velay |)ortait dans l'origine sur son sceau une aigle au vol abaissé. Peu à peu, sous le bm'in du graveur, les ailes se sont relevées, et leurs pointes, inclinées d'abord vers le bas du sceau, ont successivement parcouru tous les points de sa circonférence, et se dressent fièrement aujourd'hui vers le ciel à l inslar de l'aigle impériale des Césars germaniques.
LA BARQUE DES NAUTM PARISIACI. 53 lioiiiaiiis, et devait, servir- aux tcansports des Nautœ Parmoci. 11 n'y a donc [joint là seulement un usage certain du bateau considéré comme emblème; il y a, en outre, cr-oyons-nous, dans la loi-me même de cette barque, une image traditionnelleIl est parl'aitement démontré, par la seule inspection des sceaux doni nous domions le dessin, qu'en i358, i366, iSgS, iûo6, i /n , i ^ i 5 et i^ya, la cojupagnie des Marchands de l'eau de Paris avait pour emblème, pour scel commun, pour armoiries, sauf quelques diflerences peu importantes dans la fornie, la même barcpie qu'on a|)erçoit au commencement du xni'= siècle; car les lleurs de lys (pie nous y voyons apparaître, l'ait dont nous parlerons plus loin, ne sont que des accessoires n'enlevant à la pièce principale rien de son caractère symboli(pie.
Mais nous avons démontré que de cette puissante communauté ou confrérie étaient nés la Prévôté des Marchands et l'Echevinage, c'est-à-dire la Municipalité de Paris; nous avons vu qu'elles continuèrent à vivre toutes deux l'une à côté de l'autre, mais (pje la |)remière, composant en réalité, par suite de la richesse et de l'influence de ses membres, le corps des bourgeois parisiens, quoiqu'elle ne lut ([u'une compagnie particulière, s'unit si intimement avec la seconde, qu'elles eurent les mêmes chefs et le même lieu d'assemblée. Ajoutons ([u'elles eurent aussi le même sceau.
Cette dernière aflirmation a besoin de preuve ; car, malgré la réunion d'intérêts divers dans les mains de ces commerçants magistrats, deux sceaux auraient pu exister, l'un pour le commerce, l'autre pour les actes municipaux. Mais l'objection . (pioique naturelle, ne peut avoir de portée, lorsque l'on connaît le véritable caractère de l'union intime existant entre ces deux communautés. Le négoce par eau ne constituait pas seulement une administration commerciale fonctionnant à côté d'une administration civile, sous la direction de chefs communs à l'une et à l'autre: c'était une antique et puissante corporation, qui contribua puissamment à la fondation de la ville, et fut la source presque unique de ses richesses et de son acci'oissement : corporation qui, peu à peu et par la force même de sa nature absorbante, s'étant approprié ou fait concéder de nombreux droits et privilèges, avait assumé sur elle des charges et des devoirs ordinairement attribués à. un corps de ville.
La fusion fut complèle; il n'y eut bientôt, ni dans les mots, ni dans les idées,
YjW l'examinant . on doit naturellement tenir et à l'arrière de la barf[iie, pour (aire mieux cadicicompte de la trop gi'ande courbure donnée à l avant celle-ci avec la forme ronde du sceau.
ni dans les faits, aucune trace de séparation; le sceau dut donc suivre cette loi, et, malgré la légende Sigillum Mercatorum aqua- Parisius, qui semble l'attribuer spécialement à ces marchands de l'eau, on le voit servir aux actes de la Municipalité proprement dite.
C'est ce que démontre, en effet, d'une manière évidente, lexamen de nombreux actes municipaux passés pai' la ville de Paris aux xm*", xiv^ et xv*^ siècles
Enfin, line preuve matérielle, palpable, pour ainsi dire, j)eut, à elle seule, remplacei- toutes les autres : le même sceau-matrice a fourni deux empreintes ([ui sont conservées aux Archives de l'Empire, et pendent, fune à un acte de 1/112, l'autre à un acte de 1 ^1 5. Dans le premier, elle est appelée scel de la Marrhnnriise de l'eane, et dans le second, scel de la Prévôté des Marchands.
Comme il ne l'este, avant Philippe-Auguste, aucun acte de la compagnie des Meixatores aquœ Parisius, la pi'euve matérielle que nous avons pour le commencement du xm*^ siècle nous manque pour les temps antérieurs, et il est difficile de fixer l'époque où le sceau à l'effigie du bateau commença d'être employé.
On peut cependant supposer avec quelque raison que celui du temps de Philippe-Auguste n'est pas le premier, car les Marchands de l'eau et les Nantes, leurs prédécesseurs probables, durent sans doute posséder constamment un sceau coiiimnii pour authentiquer leurs actes, puisque les uns et les autres formaient un cor])s. C'est surtout dans les temps anciens que l'emblème de ce dernier dut être l'image la plus simple, la plus fidèle de la nature de leur commerce; et peut-on en trouver une plus simple et plus vraie que le bateau de rivière ?
Conclusion. \()us pouvoiis doiic conclure, avec une certitude morale suflisanle, que le na-
vire, pièce principale des armoiries de la Vdie de Paris, a pour origine le bateau qui, de tout temps, servit d'emblème aux Mercatores kqvm Parisius, et fut ])robablement aussi celui des Naut;E Parisiaci de l'époque gallo-romaine.
Ces actos sonl conserves aux Archives rie l'Empire, section historique, et au cabinet des titres de la Bibhothèque impériale, section des
manuscrits. Nous en mentionnons plusieui's dans le chapitre suivant.