MAI
tf A estéordonné aud. Le Conte que, suyuant le voulloir dud. (le Roi), il eust a faire leparron a Saincl Ladre deuant la l'ue qui va a Sainct Laurens, ou se doibt mectre led. Seigneur pour veoir venir au deuant de luy la Ville de Paris le jour de son entrée, et aussi de faire la charpenterye des arcs triumphalz qu'il conuient faire tant a la porte Sainct Denis, le Ponceau, la porte aux Painctres, du Rinoceros deuant le Sepulchre, le Cliastelet, que aux deux boulz du pontNostre Dame; et de ce ont faictz marché pardeuant deux notaires. Lequel Le Comte a promis rendre le tout prest en sorte que les painctres pourront auoir faict leurs ouvrages sur iceulx auant lad. entrée.
«Durant led. moys de may a esté enuoyé nions'' de Bobigny et plusieurs sergens es maisons des Enfans de Paris qui auoient promis venir esd. entrées, pour sauoir s'ilz faisoienl leur deuoir eulx aprester ou nom, et ceulx qui n'auoient encore riens commencé, a esté enuoyé garnison en leurs maisons, et pareillement ont osié mandez les liabilaiis du pont Nostrc Dame, ausquelz a esté leue une lettres patentes du Hoy par laquelle il veull et ordonne que mesd. s" de la Ville mectent en leurs premières chambres ou ouurouers des plus notables personnages de Paris, dames et damoiselles, et a leur reffuz que commandement leur soil faict de vuider
leursd. maisons et les bailler a d'autres. La plus grande partie desquelz sont comparuz et ont (lit qu'ilz voulloient obeyr au Roy et a lad. Ville.''
5 JUIN lôig.
rc Le mardi [sic) v" jour de juing mil cinq cens quarante neuf ont esté receues lettres de monseigneur le Connestable, par lesquelles il mande a lad. Ville d'aller au deuant de mond. seigneur le Daulphin bonorablement, lequel arriuera en ceste ville mardi prochain. Et incontinant lesd. lettres receues a esté aduisé au Bureau de lad. Ville qu'on deuoit mander mess" les x\inj Conseillers et seize Quarteniei's auec six des plus honnestes Bourgeois de lad. Ville de chascun quartier pour acompaigner mesd. seigneurs a aller au deuant dud. Dauphin, et furent incontinant expédiez les mandemens.''
1 1 JUIN lôig.
Fol. lis V".
Entrée de Monseigneur le Datilj)liin à Paris.
frEt led. jour de mardi xj""" jour dud. moys, mesd. s" de la Ville et lesd. Conseillers, Quarteniers'^) et Bourgeois, auec trente archers, xxx arbalestriers et xxx hacquebutiers, mesd. seigneurs les Preuost des Marchans, Escheuins et Greflier, vestuz de leurs robbes my parties des coulleurs de lad. Ville, leurs dix sergens devant eulx, partirent de l'Ostel de lad. Ville, enuiron deux heures de releuée, et s'en allèrent au deuant dud. Seigneur jusques a la maladerye du Roolle (■-), ou ilz feirent la reuerence a mond. seigneur le Daulphin, qui estoit bien acompaigné de plusieurs grans seigneurs et dames; et marchèrent mesd. s" de la Ville deuant luy jusques a la porte Sainct Honnoré, ou il y auoit plusieurs pièces d'artillerye qui feurent tirées a son entrée et feirent grand bruyt, et de la le menèrent jusques au Palais ou il deuoit loger. w
i6 JUIN 1549.
Fol. i44 v°.
Entrée du Roy a Paris.
ttL'an mil cinq cens quarante neuf, le dimenche xvj* jour de juing, enuiron huit heures du matin, le clergé de l'Université de Paris se myst en chemyn pour aller au deuant dud. Seigneur ou il estoit, a Sainct Ladre, ou lad. Ville auoil faict faire iing parron de boys deuant la rue
Prévôt : Claude Guyot, notaire et secrétaire du Roi, élu en i5/i8; armes : d'or à 3 canettes de sinople.
Echevins : Nicole le Girier, d'azur à 3 licornes d'or. — Michel Vialart, d'azur au sautoir d'or acconi])agné de. 4 croisettes potencées du même. — Guichard Courtin, de Naples au chef de gueules chargé d'un lévrier rampant d'argent. — Guillaume l'oinmereau, d'azur au chevron d'argent accompagné de 3 pommes d'or.
Grcfïier : M* Pierre Pcrdrier.
Conseillers : Vivier, Croquet, Viole s' d'Alhis, Prévost, de Bragelonne, Perdrier, de Jumeauville,
de Livres, Le Comte, Berthelemy , Du Drac, de Tliou, Paillart, Bouchart, Baillel, Larcher, de L'Hospital, Leiieur, Leiièvre, de Montiniiail , Luillier, Tronson, Courtin, Hennequin.
Quarteniers : Bazannier, Maciot , df Saint-Germain, Danès, Parfait, Ilac, Lescalopier, Boucher, Kerver, Pellerin, Le Lorrain, Le Jay, Gohory.
La rmialaderye" du Roule était un hôpital fondé, dans le village de ce nom, par les ouvriers de la Monnaie de Paris, et pourvu d'une chapelle pour le service des malades. Sur l'emplacemeut de la chapelle s'élève actuellement l'église Sainl-Philippe-du-Roule.
Sainct Laui'cns , ou le Roy nostre sire pouoit vcoir venir et passer pardeuant luy tous ceulx de lad. Ville. Après Icd. clergé passé el le Recteur de lad. Uniuersité, mous'' le Preuost des Ma rchans, M'" Claude Guyot, feist uiarcher les jjeus de pied, qui partirent de l'Ostel de lad. Ville enuiron unze heures du matin. Et y auoit deux des sergens de lad. Ville a cheual, vestuz de leurs robbes niy parties et leurs nauires d'orfauerye sur l'espaule.
rrA])rcs niarclioient les cappilaines de gens de pied des Mestiers de lad. Ville, bien armez et richement acouslrez selon leur estai, auec les porte enseignes, sergens de bande, lieutenans et autres appointez qui mectoient en ordre lesd. gens de pied, les dressoient et faisoient marcher lesd. gens de pied des Mestiers de lad. Ville, bien vestuz et equippez et qui estoient en nombre, c'est assauoir :
ffLes Paticiers, cinquante homes;
ffLes Vitriers, vingt cinq hommes;
ffLes Vergers, iiiiit hommes;
rt Les Mareschaiilx, (piaranic hommes;
ffLes Tonneliers, quarante hommes;
ff Les Chandeliers , quarante hommes ;
ff Les Fourreux , trente hommes ;
riLes Layetiers, dix hommes;
ffLes Rourreliers, huit hommes;
ffLes Coutepoinctiers, vingt cinq hommes;
ffLes Chercuitiers, quinze hommes;
ffLes Cousleliers, quinze hommes;
ffLes Chappelliers, vingt homes;
ffLes Natiers, vingt hommes;
ffLes Poullaillers, quinze homes;
■fLes Esplingliers, trente homes;
•fLes Taillandiers, quinze hommes;
Les Pourpoinliers, huit; fLes Menuysiers, cinquante; ffLes Serruriers, soixante; ffLes Gantiers, quinze; ffLes Charrons, dix; f'Les Orlogeurs, dix;
ffLes Libraires, cinquante (ilz ne lindreut pas promesse);
ffLes Orbateurs (batteurs d'or), (piatre; ffLes Tourneurs de boys, huit; ff Les Vinaigriers , vingt cinq ; ffLes Potiers d'estain, vingt cinq; 'fLes Peigners et tabletiers, cinq; ffLes Foulions de draps, cinq; ffLes Courroyeurs, quinze; ffLes Arlillers, cinq; ffLes Sauetiers, quarante;
ffLes Roursiers, trente;
ffLes Couureux, trente;
ffLes Rôtisseurs, vingt cinq;
ffLes Tixerandz, trente;
ffLes .lardiniers, cinquante;
ffLes Esteuuiers, quinze;
ffLes Gaisniers, vingt;
ffLes Potiers de terre, cinq;
fîLes Pcrchcmynicrs, cinq;
ffLes Selliers, Lormiers, Coffretiers, Malletiers, trente;
ffLes Cordiers, quinze;
ffLes Cordonniers, quatre vingtz;
ffLes Vennicrs et Roisseliers, dix;
ffLes Roucliers, soixante;
ffLes Roullengers, cinquante;
ffLes Freppiers, soixante;
ffLes Tainturiers de toille, dix;
ffLes Tondeurs, soixante;
ffLes Tainturiers de cuyr, cinq;
ffLes Chauderonniers, quinze;
ffLes Saincturiei's , vingt cinq;
ffLes Musniers, vingt;
ffLes Fourbisseurs d'espées, quinze;
ffLes Tainturiers de soye, dix;
ffLes Rubenniers, trente;
ffLes Ronnetiers, quatre vingtz;
ffLes Rauldroyeurs, dix;
ffLes Maçons, Tailleurs de pierres et Charpentiers, deux cens;
ffLes Imprimeurs, deux cens cinquante;
ffLes Cousturiers, Tailleurs de robbes, deux cens
ff Après marchoient trente Porteurs de bled,
Les Passementiers oublier. — Les Tallenieliers. — Les Bouchonniers. — Les Passementiers d'or. — Les Plombiers. [Note écrite en bas du feuiUel.)
vestuz de robbes ou cazaqiies de rouge et bleu, tcnans chacun ung baston blanc en leur main ;
tf Après, six Porteurs de charbon;
cf Après marchoient douze Porteurs de sel;
'rApi'cs, quatre Rriseurs de sel;
fr Après, seize Mosleurs de boys;
r Après, quatorze \ ondeurs de vins; ff Apres, douze Courtiers de vins; «Après, douze Crieurs de corps et de vins; rr Après, six Mesureurs de charbon; rf Après, vingt Mesureurs de grains.
ft Api'ès marchoient huit Mesureurs de sel, tous vestuz de lad. liurée de lad. Ville.
ff Après lesd. Officiers de lad. Ville marchoient les cent hacquebulicrs de lad. Ville, portans hacquebutes, vestuz de leurs hocquetons de liurée faictz tous de neuf, blanc, vert et noir, ayans deuant eulx trompettes et derons et tabourins de guerre, auec leurs enseignes desploye'es.
Après marchoient les six vingtz archers d'icelle Ville a cheual, vestuz de leurs hocquetons des liuré[e]s du Roy et de la Royne aux armoiryes de lad. Ville d'oi'fauerye , tenans et portans chascun une jaueline de barde, leurs enseignes et guidons desployées, et deuant eulx trompettes et tabourins.
Après marchoient les soixante arbalestriers d'icelled. Ville, portans javelines de barde et richement vestuz de la mesme liurée, leur cheuaulx bardez et caparassonnez bien richement, et deuant eulx enseignes desployées auec trompettes et clairons sonnans mélodieusement.
Après marchoient les nobles Enffans de lad. Ville jusques au nombre de cent a six vingtz, lesquelz estoient si magnifiquement montez de cheuaulx bardez et caparassonnez de broderye, de mesmes leurs habitz couuers de perles et autres pierreryes taillées en petitz croissans, Tare et les trousses de Cupido auec H rommaines enti-elasséos et autres deuises du Roy, que c'estoit une chose admirable et excelente de les veoir. Hz portoient le morion en teste tout d'argent, le petit croissant d'or audessus, la chemise de maille sur le pourpoint, et le hocqueton de broderye loul couuert comme lesd. caparassons auec feuUes d'oliuier d'or de Cipre rehaulsé de broderie des couUeurs du Roy, les petitz croissans de perles remplys dedans de boutons d'or et toute manière d'orfauerye, en sorte que aucunz desd. acoustremens ont esté estimez cinq cens escuz chascun, sans les chesnes d'or qu'ilz auoient au col et les bagues pendantes ou estoient gros diamans, rubys, esmerauldes que on pouoit estimer valloir a aucuns desd. Enflans de Paris la somme de vingt mil escuz. Et aùoient une belle enseigne et porte guidon qui alloit deuani Germain Roursier, cappitaine desd. Enffans de Paris, et Drouet Parent, lieutenant; a laquelle enseigne et guidon estoient peintes les armes du Roy et de la Royne et deuises du Roy et les armes de lad. Ville. Et faisoient merueilles de piquer leurs cheuaulx de leurs espérons dorez deuant le Roy et les Pi-inces, dont ilz furent très contens et joyeulx de les veoir.
tf Après eulx marchoient les maistres des euures de Maçonnerye et Charpenterie de lad. Ville et le cappitaine de l'Artillerye, a cheual, bien montez, et estoient vestuz de beaulx cazaquins de velours noir couuert de broderye, et pardessoubz le pourpoint de salin blanc, le bonnet de velours et la plume blanche, la seinture de velours noir et l'espée au fourreau de mesmes, auec les petites botines blanches doublées de velours noir.
tf Après marchoient les sergens de lad. Ville, vestuz de leurs robbes my parties des couleurs de lad. Ville, doublées de vellours et aucunes de damas, le saye de damas dessoubz et leur nauire d'orfauerye sur l'espaulle et bien montez.
tr Après, mess" les Preuost des Marchans et Escheuins et Greffier de lad. Ville marchoient par ordre après les dessusd. , et estoient vestuz de belles robbes my parties de velours cramoisy, rouge brun et lanné , et bonnet de velours^^\
Ces derniers mots sont soulignés dans le texte.
tfLe Procureur marchoit après, vestu d'une robbe toute de velours craiiioisy rouge sans autre coulleur. Et n'y estoit le Receueur de lad. Ville, parce qu'il tumba malade, ne le Contrerolleur, |)arce que mess" les Conseillers de lad. Ville ne le voullurent souffrir aller deuant culx.
rr Après marclioient mesd. s" les Conseillers jusqucs au nombre de seize, tous vestuz de longues robbes de salin noir doublées de velours.
tf Après suyuoient les seize Ouarteniers, tous vestuz de satin tanné, et a leur dos estoieiit les maislrcs jurez des marchandises de lad. Ville, en nombre de quatre pour cliascun estai; c'est assauoir : les ({uaire maislres jurez et gardes de la Drapperye, vestuz de velours noir; les cjualre maistres de l'Espicerye, vestuz de velours tanné; les quatre de la Mercerye, vestuz de velours violet; les quatre maistres de la Pellelerye, vestuz de robbes de velours pers fourrées de loups ceruiers; les quatre Bonnetiers, vestuz de velours tanné, et les quatn; maistres jurez Orl'eues, vestuz de velours cramoisy. Lesquelz maistres jurez desd. marchandises estoient suyuys et aconi- |)aignez d'ung gros nombre des plus riches et plus apparans de leurs eslalz, marchans et bourgeois de lad. Ville, bien montez et habillez très richement, chascun selon sa qualité.
tt Cependant que la trouppe de la Ville marchoit, mess" des Cours souueraines et de la Preuosté de Paris enuoyoient leurs huissiers et sergens sauoir quand mesd. s" les Preuost des Marchans et Escheuins partiroient de l'Oslel de lad. Ville, pour les suyure après leurd. trouppe, (}ui mist plus de six heures a passer. Et quant mesd. s" sortirent de la place de Greue après tous les dessusd. qui alloient deuant, vint le cheualier du Guet ayant deuant lui la compaignée de ses Sergens, tous a cheual, tenans chascun sa jaueline de barde au poing, vesluz de leurs becquetons d'orl'aueryc.
tr Après marclioient les unze vingts Sergens a cheual du Chaslek't de Paris, richement acoustrez, qui esloient suiviz des Notaires, Commissaires, Greffier, Scolleur et autres officiers dud. Chastelet, Lieuxtenans civil, criminel et particulier de mons"^ le Preuost de Paris, Aduocalz et Procureurs du Roy en sa juridiction, vesluz d'escarlalte et menans après eux grant nombre de Conseillers, Aduocalz et Procureurs aud. Chaslelel, tous honnestement vestuz, bien montez et en bon équipage; led. Preuost de Paris vestu d'une riche robbe de drap d'or, et si richement acousiré qu'il l'est possible d'estre, acompaigné par ied. Chastelet jusques au lieu ou estoit le Roy, ou il le salua et feist sa harangue après la Ville, mais ne retourna pas auec led. Chastelet, mais se mist en la compaignée des gentilzhommes de la chambre du Roy et retourna auec eulx.
rf Après suyvoient les Generaulx des Monnoyes, leur Président deuant vestu de velours noir, et lesd. Generaulx de satin de lad. coulleur.
fr Après eulx marclioient mess" les Generaulx et Conseillers des Aydes, auec leurs Presidens vestuz de velours noir, et lesd. Generaulx de robbes rouges d'escarlate, portant chascun le chapperon sur l'espaulle, noir et bourrelet; deuant eulx marchoient leurs huissiers, puis leur Receueur et Payeur auec le Receueur des amandes, Aduocat et Procureur du Roy en leur jnrisdiction.
tf Après eulx alloient les Esleuz de Paris et autres villes, auec autres plusieurs Receueurs des Aydes, tailles et gabelles, grenetiers, conlrerolleurs, fermiers et autres manyans finance.
te Après eulx suyuoient mess" des Comptes, les Presidens vesluz de robes de velours noir, les Maistres et Correcleurs de satin noir, les Auditeurs, Procureurs et Aduocat du Roy en lad. chambre parez de damas noir, les Receueur? et Greffiers de taffetas noir, tous bien montez et précédez de leurs huissiers.
'f Après suyuoit la Court de Parlement souueraine de Fiance.
tt Premièrement, les huissiers alloient deuant.
tt Après, le Receueur et le Payeur d'icelle.
trPuis les quatre Notaires deux a deux.
ff Les Greffiers dos présentations et criminel ensemble, vestuz de robbes d'escarlate, ayans a leurs ceintures escriptoires dore'es, et cbapperons fourrez sur leurs espauUes.
ffApi'ès eulx, le Greffier civil tout seul, aussi vestu de robbe de escarlate et paré de son espitage.
tfSuyuoil après le premier Huissier, vestu de robbe d'escarlate, portant sur sa teste son mortier de drap dor fourré d'bermines et tenant sa verge en sa main.
ff Consequemment mess" les quatre Presidens de la Grande Chambre, deux a deux, vestuz de robbes d'escarlate et de leurs manteaulx par dessus, portans en teste mortiers de velours noir el ung gect de drap d'or tout autour, suiuant Vancienne coustume; ilz estoient suyuis des Presidens des autres Chambres el Conseillers d'icelle Court en ce garde l'antiquité, ordre el réception de leurs personnes, tous portans robbe d'escarlate et chapperon de mesmes foui'ré de menu ver, pompe vénérable et admirable a raison que tel Sénat ne cède a aucun autre de la terre.
ff et singulièrement par nions"" M* Claude Guyot, Preuost des Marchans, pour tout
ie Corps de la Ville, lequel s'aprocha dud. Seigneur en grande humilité, le salua tenant les clefz de lad. Ville en sa main pendantes a ung cordon de soye faict exprez des couUeurs dud. Seigneur; et après ce que led. Preuost fut monté sur les degrez dud. tribunal auec les Esclieuins de lad. Ville, acompaignez des Greffier, Procureur et plusieurs Conseillers d'icelle Ville, s'aprocha encores plus près dud. Seigneur, et se myst a genoux et proposa ce qui ensuit : «Sire, eic.n
tfLe sire Germain Boursier, cappilaine desd. Eniïans de Paris, auoit auparauant. en marchant en son ordre, salué le Roy et lui auoit dit ce qui ensuit : «Sire, etc.-n
«Geste harangue a esté enregistrée durant que led. sire Germain Boursier estoit escheuin.r
(Suitla relation de l'Entrée et la description des stations et des arcs de triomphe.)
Fol. lig.
f- En vérité les Gentilzhommes et Dames acouldées aux fenestres'^\ sur des tappis diuers
d'excelente manufacture, rendoient une beaulté si grande que jamais on n'en vist la pareille, el par especial les Dames aux visaiges angeliques, tant bien parées de carquans, jaserans, chesnes, bagues et autres dorures par dessus leurs atours et robbes de velours ou de soye, que l'on eust plus tost estimé dans ung petit paradis que une cité ou ville terrienne. Aussi, sans point de double, les seigneurs et gentilzhommes qui suyuoient Sa Majesté trouuerenl assez de quoy contempler leurs yeulx mesmes pour monstrer que leurs ouvrages estoient esmeuz par les vrayz aiguillonnemens d'honneur mondain qui n'est que folye et vanité, et neantmoings les plaisans obieclz des demy déesses terrestres, ilz faisoienl voltiger, bondir, pennader et brauer leurs cheuaulx de telle sorte quec'estoit une merueille, et sembloit que ces bestes domestiques entendissent qu'il esloil lors temps ou jamais de faire seruice a leurs maistres : a l'occasion de quoy toute l'assemblée demoura tousjours rauie comme en extase depuis que la Maison du Roy trium- ])hanle se print a monstrer sur les rens jusques a ce qu'il feust a Nostre Dame de Paris.
Fol. i5o v°.
îtToutesfoys il ne fault obmectre que les quatre Escheuins de la Ville, en toute humilité et
Les maisons du pont Noire-Dame, ainsi que nous favons dit, appartenaient à la Ville, qui les louait à des marchands ou à des artisans; mais ceux-ci, moyennant une indemnité, devaient four-
nir des places aux fenimes et aux tilles des rr bonnes maisons» de Paris, c'est-à-dire aux invités de la Ville. (Vov. ci-dessus, p. 967, sons la date du mois de mai i5i8.)
l'euercnco, Icuerent sur la tesle de Sa Majesté ung riche ciel de parement dont le f'ons et les quatre pentlies doubles estoient de velours azuré' tout semé de fleurs de lys de fil d'or traict a franges de mesmes, ennobly des armes, chiffres et deuise d icelle sacrée Majesté, le tout l'aict de la plus excelente broderye que oncques on en veist en Phrigie, et n'estoit pas jusques aux manipulles soustenans les quatre coings du carré de ce poésie qui ne fussent tous recouuers de pareil velours et fleurs de lys.
rLes quatre Escheuins donc a pied, les testes nues, le portèrent sur le chef de Sa Majesté depuis lad. porte Sainct Denis jusques deuant Teglise de la Trinité, ou le receurent de leurs mains les quatre gardes de la Drapperie de Paris, secondz en ordre, pour en faire autant que les premiers jusques deuant l'église Sainct Leu Sainct Gilles, ou ilz s'en deliurerent aux maistres Espiciei's, qui le portèrent jusques a Sainct Inocent, et la les Merciers le receurent, qui en feirent leur deuoir jusques deuant Saincte Opportune, ou ilz le consignèrent aux Pelletiers, lesquelz s'en acquicterent jusques deuant le Chaslelet que l'on dit l'Apport de Paris, ou les Ronnetiers le vindrent prendre pour le porter a Sainct Denis de la Chartre, et la le rendirent aux Orfeures. qui en couurirent Sad. Majesté sans discontinuer jusques a Nostre Dame, mesmes a son yssue le reprindrent encores et en eurent la charge jusques au Palais, ou les laquaiz du Roy le départirent entre eulx.
i8 JUIN 10/19.
Fol. i58.
Entrée de In Roijiie.
('Le dix huitiesme jour dud. moys de juing, la Royne après auoir esté couronnée a Sainct Denis en France en la manière acoustumée, enuyron douze ou quinze jours auant l'Entrée du Roy, arriuée cejourd'huy matin au prieuré de Sainct Ladre, marchèrent au deuant d'elle les quatre Mandians, le clergé et gens d'église, les gens de pied esleuz des Mestiers, les menuz ofliciers de Ville, archers, arbalesiriers et hacquebutiers. Et commencèrent a partir, de l'ordonnance de mes"^' les Preuost des Marchans et Escheuins, des huit heures du matin, les Enffans des bonnes maisons de lad. Ville, ou mesme ordre qu'ilz furent a l'Entrée du Roy, exceplé que, ou lieu que a lad. Entrée du Roy ilz auoient chemises de maille, ilz portoient aucuns d'eulx pourpoinlz de salin blanc chiqueté. Mons"" le Preuost des Marchans et mcss"^' les Escheuins et Greffier estoient vestuz de robes my parties de velours cramoisy de haulte coulleur et velours tanné, ou lieu (fu'ilz estoient vestuz a l'Entrée du Roy de velours cramoisy brun et tanné, acompaignez des (iOnseillers, Quarteniers, Rourgeois, Gardes des marchandises qui debuoient porter le ciel, et de toute la trouppe qui fut a l'Entrée du Rov, feirent marcher leurs gens de sorte que messeigneurs du Corps de lad. Ville se trouuerent deuant led. Prieuré de S' Ladre enuiron deux heures après mydi, ou trouuerent lad. Dame ou parron ou théâtre qui auoit seruy au Roy a son Entrée, acompaiguée de plusieurs Princes et Seigneurs et des Dames du sang royal. Incontinant niond. s' le Preuost des Marchans et mesd. s" les Escheuins descendirent a pied, montèrent les dcgrez dud, parron, aprocherent de lad. Dame et la saluèrent a l'entrée; puis mond. s"^ le Preuost s'aprocha d'elle et luv feist la harengue qui ensuit :
Prévôt et Kcheviiis : les mêmes personnages ([u";i rKiiIrée de Henri H; voy. ci-dessus, p. •^118,
1 9 JUIN 1 54g.
Fol. 1 09.
[Feslln donné et servi à la Reine]
::Le landemain iad. Dame alla oyi' messe en l'église Noslie Dame de Paris, ou mons"^ le Preuost des Marchans, acompaigné des Escheuins, Greffier, Conseillers et plusieui's des Enfîans de la Ville, la vindrent très humblement supplier que son bon plaisir feust leur faire ceste grâce de prandre sa relTection en une grande salie de la maison de monseigneur le Reiiorendissime Cardinal du Bellay'^', que mesd, s" de la Ville auoient faict pour ce magnifiquemenl apareiller : ce que lad. Dame liberallement accorda, et pour ce faire monta par ung escaillicr beau et riche a merveilles, commençant dès l'issue de la porte d'icelle église et régnant comme ung pont jusques au logis de mond. seigneur le Cardinal.»
rf Tel estoit l'ornement de lad. salle préparée pour lad. Dame, laquelle, quant bon luy sembla, print l'eaue pour lauer et puis se mist a table auec les Princesses du sang, ou sa Magesté fut seruye de toutes les viandes exquises que produisoit nature eu sa saison; et tini mond. s'' le Preuost des Marchans pour ce jour le lieu de son m" d'hoslel, estant suyuy a l'assiette des plalz par les genfilzhommes et officiers de la maison d'icelle Dame, qui se trouva grandement satisfaicte du bon deuoir qu'il feisl en la seruant.
tr Quant aux Dames tant de sa suicte que de Paris, elles s'assirent toutes a d'autres tables expressément pour ce dressées du long des murailles de la salle, et furent seruyes par les Escheuins, Greffier et pinncipaulx Officiers d'icelle Ville, ayans après eulx pour porter les viandes les Enffans des bonnes maisons, vestuz de leurs riches habitz qu'ilz avoient porté a TEntrée.
ffLe Roy assista en personne a ce festin et print le passetemps du bal après disner et par especial des Enflans de la Ville, lesquelz par son commandement menèrent danser les Dames de la court et s'en acquicterent de bonne grâce. Plus, led. bal finy, l'on redressa de nouvelles tables dessus lesquelles fut apporté la collation de tant de sortes de dragées et autres confitures qu'on ne sauoit ausquelles se prandre.
crCcla faict, mond. s' le Preuost des Marchans, avec mess" les Escheuins de la Ville, l'eist présent a la Royne d'ung buffet bien aconiply de vaisselle d'argent dore a deux couches, si qu'il sembloit que ce fut tout fin or semé de fleurs de lys auec croissans ('^'. Et fut ce présent trouué tant beau et riche mesniemeut par lad. Dame qu'elle feist démonstration de l'auoir on estime, mais encores print elle autant et plus a gré la harangue que luy feist a ce propos mond. s' le Preuost des Marchans v
Le premier des extraits que nous venons de reproduire donne lieu à une obser-
Jean du Bellay (1 492-1 56o), évêque de l*al'is. puis cardinal, ambassadour, lieutenant gi-néral du royaume cl conseiller pi'ivé du Roi. Aux éiiiinentes qualités d'homme d'Etat, du Bellay joignit celle de savant et de protecteur des lettres. De concert avec Guillaume Budé, qui exerça les plus hautes fonctions municipales, il persuada à François I" de fonder le Collège Royal ou Collège de France. Auteur de poésies latines estimées, le cardinal
couvrit de son appui les premiei's essais de Rabelais.
Il résulte de ce passage que le croissant et les carquois dont il est parlé dans FEiitrée étaient plutôt les emblèmes de la Reine que ceux de Diane de Poitiers. Ce fait vient corroborer l'observation toute technique faite sur les chifl'res du Louvre de Henri II , par feu Ad. Berly ( Topographie hislorique du rieur Paris, t. I, p. 2 -2 7, 228).
LK CORPS DE VILLE EN CÉRÉMONIE. 275 vation importanlo. On oiifrage avec insistance les Conseillers de la Ville à |)oi leides robes de (aniir, on des roljes noires, l^a même l'ecommandation est laile anx Quarteniers, (|ni ont toujours olx'i depuis lors.
Anciennement, le Bureau seul et ses Gardes ou Sergenls étaient astreints à se vêtii- de livrée. L'allocation d'une indemnité fît étendi'e celte injonction aux menus officiers et même aux six Corps.
La relation succincte de l'entrée du Dauphin nous fait connaître que, pour les princes dn saii{>, le Bureau de la Ville revêtait ses robes de livrée; mais alors il n'était pas entouré des menus officiers ou des conseillers, comme aux entrées solennelles des souverains.
L'entrée du Boi est la première solennité de ce fjenre où l'on voie défiler un cortège aussi considérable de gens de métiers autres rpie les six Corps. On ne sait pas exactement quelle était la tenue des artisans qui composaient ce cortège : elle est trop succinctement indiquée dans les monstres, ou revues d'inspection passées avant la cérémonie.
Ces groupes de corps de métiers se réunissaient en confréries, en devoirs, etc., et, comme au moyen âge, se l'endaient processionnellement aux offices de leur saint patron , aux conduites des compagnons voyageurs et aux grandes processions générales des châsses ou des cor|)s saints. Toutefois les Registres de la Ville ne le disent pas expressément.
Le nombre des ouvriers du bâtiment, maçons, tailleurs de pierres, charpentiers, est considérable. Après les imprimeurs et les tailleurs viennent les cr menus cf officiers, n vêtus des couleurs de la Ville et suivis du cortège spécial de la Municipalité parisienne.
La relation dit que les Haquebutiers de la Ville sont crvesluz de leurs hoquefc tons de livrée faitz tous de neuf, blanc, vert et noir.n Ces couleui's ne sont pas celles de la Ville, mais sont probablement celles du Roi et de la Reine, dont il est parlé à propos des autres compagnies.
Il faut remarquer (|ue les Haquebutiers de la dernière création de François P'" portent leurs armes ordinaires, et qu'il n'est pas fait mention des armoiries de la Ville. Pour les Archers et Arbalestriers, au contraire, il est dit formellement qu'ils avaient les armoiries de la Ville rrd'orfaverye, et, comme armes, des javelines, c'est-à-dire de petites hallebardes garnies. Il est donc certain que les trois compagnies des Gardes de la Ville n'avaient pas le même uniforme, tout en portant une livrée unique, celle de la Ville, ou celle du souverain qui faisait son entrée.
C'est la première fois que les trois Maîtres des œuvres de la Ville, Maçonnerie, Cliarpenlerie et Artillerie, sont mentionnés avec détail dans une entrée. Du l'esté, ils n'occupent leur rang dans le cortège qu'à titre d'attachés au service de la Ville, et non pas comme faisant partie des Corps de Métiers, qui sont placés ailleurs.
Le Registre dit expressément que les Conseillers de Ville avaient refusé de prendre place derrière le Receveur et le Contrôleur. On avait contesté aussi au Procureur le droit de marcher en avant, par la raison qu'il ne faisait point partie des Officiers de la Ville. Le Receveur eut aussi beaucoup à lutter pour obtenir son rang et sa couleur, qui fut plus tard noire ou brune. Le Greffier était, à cette époque, le seul membre du Rureau, non élu, qui eût droit de préséance sur le Conseil, eu égard à sa responsabilité. En effet, les Receveurs, Contrôleurs, etc., de la Caisse de la Ville, étaient encore, sous François I*"'", des auxiliaires du Greffier, et, antérieurement, du Clerc, seul responsable des actes que celui-ci était chargé de faire et de rédiger. La couleur de la robe était donc alors le signe extérieur de l'importance de l'office.
Dans cette circonstance, les Conseillers se présentèrent, pour la première fois, uniformément vêtus de robes de satin noir, doublées de velours. Ils étaient seize, et sans doute de robe courte, ceux qui étaient dans les Cours ayant le droit de choisir, dans le cortège, le groupe qu'ils préféraient. Dans les discussions qui précèdent les entrées royales, sous Louis XII et François F'', on constate que les membres des Cours souveraines usaient souvent de cette prérogative.
Les seize Quarteniers portent le tanné; ils sont le trait d'union entre le Bureau de la Ville et la Marchandise.
Pour les robes de la Ville, il n'y a pas de variation dans les couleurs, mais seulement dans les nuances. Toutefois il faut observer que la nuance des robes de Ville s'éloigne de celle des robes des Cours de justice; les robes de Ville deviennent plus foncées et se rapprochent du tanné brun. Quelle intention a présidé à ces changements? Les Registres ne le disent pas; mais on peut supposer que la distinction tendait de plus en plus à s'établir entre la bourgeoisie marchande et la noblesse de robe. Nous n'avons que peu d'observations à faire sur l'entrée de la Reine et le festin qui lui fut offert le lendemain de son arrivée. Les membres du Rureau, lorsqu'ils allèrent au-devant de la Reine, portaient des robes de velours mi-parties cramoisi et tanné. Le service du banquet fut attribué au Bureau, suivant l'ordre hiérarchique : le Prévôt des Marchands servait la Reine, c'est-à-dire
LE CORPS DE VILLE EN CEREMONIE. 277 recevait de ses "eiililsliornuics les plats qu'il déposait lui-même sur l;i lable;les Éehwins, le Credier et les principaux Officiers en faisaient autant aux tables des princesses et des dames de la suite de la Reine.